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RTBF : le débat interdit ?

Le Journal du Mardi - 14 mars 2006

jeudi 16 mars 2006

Extraits de l’article :

Le Journal du mardi - 14 mars 2006

"La négociation du contrat de gestion quinquennal de la RTBF est cruciale à plus d’un titre. D’abord, parce que comme son nom ne l’indique pas, ce document traite de bien davantage que la « gestion » au sens strict. Les objectifs du service public de radio et télévision y sont consignés, de même que certaines missions précises et parfois même les moyens concrets d’y parvenir. C’est la contrepartie de l’autonomie dont cette institution, financée à 75 % par la Communauté française, dispose. La discussion d’un nouveau contrat de gestion est, en pratique, le seul moment ou les téléspectateurs - les « usagers » de ce service public, si l’on préfère - peuvent faire valoir leurs vues autrement qu’en votant avec leurs pieds. Pour le monde politique également, c’est le moment où jamais : même la ministre de l’Audiovisuel, Fadila Laanan (PS), n’a aucun droit de regard sur les décisions de la direction de la RTBF. Pour autant que celle-ci respecte, précisément, son fameux contrat de gestion. On pourra évidemment relever que le caractère très politisé du conseil d’administration permet à la majorité absolue socialiste qui y règne de faire valoir ses vues avec un certain poids, mais c’est une autre histoire, qui n’est d’ailleurs pas aussi simple qu’il n’y paraît. On l’a encore vu récemment avec le caviardage clochemerlesque des propos critiques du sénateur libéral Alain Destexhe à propos du Plan Marshal : accusée d’être partisane, la RTBF a pu répliquer qu’elle avait contribué à révéler le scandale de la Carolorégienne, entre autres...

Les objectifs et missions de service public qui doivent être définis dans le contrat de gestion de la RTBF dépassent cependant, et de loin, les petites querelles partisanes. Malheureusement, si ces dernières font facilement la « une » des (autres) médias, il n’en va pas de même du débat de fond, qui reste désespérément relégué (dans le meilleur des cas) aux pages « médias » de certains quotidiens. C’est qu’en réalité, hormis les usagers, peu ont envie qu’il démarre vraiment. Et ce, parce que des logiques contradictoires parasitent le processus. Au premier rang desquelles, la logique budgétaire. "

(...)

"En acceptant l’audimat comme mètre-étalon, le service public cède à la facilité (les chiffres sont disponibles gratuitement) et crédite ce système d’une objectivité qui n’est apparente. Mais cette apparence lui suffit, car la course à l’audimat rejoint les intérêts à court terme de son portefeuille, qui a besoin d’argent publicitaire frais. A moyen terme, c’est à voir : rien ne dit que ce genre de « Ministère du divertissement » (selon l’expression de Théo Hachez) soit capable de battre le privé dans son core business... En réalité, en voulant le beurre (la dotation publique) et l’argent du beurre (des recettes publicitaires en augmentation grâce au divertissement), la RTBF risque bien de se retrouver au pain sec et à l’eau, rétive qu’elle serait de remplir ses missions de service public, et incapable de réellement concurrencer le privé. Un peu comme les quotidiens de qualité, trop dépendants de l’argent de la pub (70 % pour certains), et malades d’avoir fait trop longtemps le choix de contenter les annonceurs plutôt que les lecteurs.

Cette question publicitaire gangrène littéralement la discussion du contrat de gestion 2007-2011. Dès lors que la RTBF considère la dotation publique comme un acquis, ses efforts visent surtout à pouvoir engranger des recettes publicitaires. Et elle voit les fameuses « missions de service public » qu’on veut lui assigner comme une charge à alléger, afin d’avoir les coudées franches pour puiser à pleines brassées dans l’Eldorado supposé du divertissement. C’est le sens de l’audition récente de M. Philippot par le Parlement de la Communauté française, au cours de laquelle il a demandé qu’on lui fixe seulement des objectifs généraux, tout en le laissant libre des moyens à employer. Implicitement, cela revient à mettre sous le boisseau un certain nombre d’exigences très concrètes que sa ministre de tutelle, Fadila Laanan, avait annoncé vouloir inclure dans le contrat de gestion il y a trois mois. On pourrait accorder cette « confiance » à la direction de la RTBF, si ce n’est qu’elle l’a déjà déçue à plusieurs reprises par le passé (certaines obligations expresse des précédents contrats de gestion n’ont pas été remplies ou l’ont été de mauvaise grâce), et si ce n’est que la logique intrinsèque du système la poussera encore davantage à l’avenir à trahir cette confiance au nom d’impératifs commerciaux et financiers."

(...)

"Mais pour que la société civile et politique puisse choisir en connaissance de cause entre les inconvénients d’une télé publique davantage commerciale et par exemple un impôt communautaire pour sauvegarder un vrai service public (quel tabou !), encore faut-il qu’il soit informé, que le débat puisse avoir lieu. Or tout indique que la RTBF et le monde politique ne veulent pas de ce débat, afin de mieux pouvoir entériner avec un maximum de discrétion un compromis boiteux."

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