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Festival du cinéma d’ATTAC

Avant-première « FIN DE CONCESSION » de Pierre Carles

+ débat « COMMENT SE LIBÉRER DE NOS CHAÎNES… DE TÉLÉ ? »

jeudi 25 novembre 2010

dans le cadre du 11e Festival du Cinéma d’Attac
le dimanche 28 novembre à 20 heures 30,
au BOTANIQUE

GRANDE AVANT-PREMIÈRE
du dernier film de Pierre CARLES

« FIN DE CONCESSION »

un film explosif sur les médias
qui n’arrêtent pas de mentir…

avec, dans les rôles principaux
Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Christine Ockrent,
Patrick Poivre d’Arvor, Claire Chazal, Bernard Tapie,
Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert, Etienne Mougeotte,
Audrey Pulvar, Charles Villeneuve, Karl Zéro…

*
Dès 17 heures
LE GRAND DÉBAT :
« COMMENT SE LIBÉRER DE NOS CHAÎNES… DE TÉLÉ ? »

avec, notamment,
Bernard HENNEBERT
auteur de Il faut sauver la RTBF
Jean-Baptiste GODINOT
membre de l’association anti-pub RESPIRE
et Dirk BARREZ
cofondateur du nouveau journal en ligne
De Wereld Morgen.be

TÉLÉGITIME DÉFENSE…

Ces derniers mois, quelque chose a changé. En témoignent les réactions provoquées par la mise en ligne, sur internet, de deux extraits du film de Pierre Carles « Fin de concession ».
Dans le premier, le député socialiste Arnaud Montebourg explique devant une caméra qu’il croyait éteinte : « "Fin de concession"…, c’est pas mal votre truc. C’est le moment de taper sur TF1, et pour ça je vais vous donner un coup de main. Il faut leur mettre la tête sous l’eau ». Avant de qualifier la première chaîne de « télévision des idées qui détruisent la France », de « télévision de l’individualisme, du fric, du matraquage sur la sécurité ». Bien entendu, ces propos vont immédiatement faire scandale. Mais Montebourg, au lieu de se raviser, décide de les réitérer sur un ton définitif encore plus offensif (« C’est la télévision de la droite, c’est tout »).
La deuxième séquence met en scène le fondateur du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon. Invité à visionner un entretien réalisé en avril 2009, il sursaute à l’énoncé des questions que le présentateur du JT de France 2, David Pujadas, assène à Xavier Mathieu, le délégué syndical CGT de l’entreprise Continental. Ce jour-là, la colère des salariés de Clairoix les a conduits à saccager les bureaux de la sous-préfecture de Compiègne, après la décision du tribunal confirmant la fermeture définitive de leur usine.
[David Pujadas : « On comprend bien sûr votre désarroi, mais est-ce que ça ne va pas trop loin ? Est-ce que vous regrettez ces violences ? »…
Xavier Mathieu : « Vous plaisantez, j’espère ? On ne regrette rien… ».
David Pujadas : « Je vous pose la question ».
Xavier Mathieu : « Non, non, attendez. Qu’est-ce que vous voulez qu’on regrette ? Quoi ? Quelques carreaux cassés, quelques ordinateurs à côté des milliers de vies brisées ? Ça représente quoi ? Il faut arrêter là, il faut arrêter ».
David Pujadas : « Pour vous, la fin justifie les moyens »...
Xavier Mathieu : « Attendez ,"la fin"... On est à 28 jours de la fin, Monsieur. On est en train de nous expliquer que, dans 28 jours, le plan social sera bouclé et on va aller à la rue. Non, je ne regrette rien. Personne ne regrette rien ici parce que vous n’avez pas vu des casseurs, vous avez vu des gens en colère, des gens déterminés, des gens qui veulent pas aller se faire démonter, crever. On ne veut pas crever. On ira jusqu’au bout de notre bagarre. On a tenu cinq semaines. Pendant cinq semaines, j’ai réussi, on a retenu, on a réussi à retenir les gens. C’est fini, les gens n’en peulent plus. Le gouvernement nous a fait des promesses. Il s’est engagé à réunir une tripartite depuis le début, dans les trois jours. Ça fait une semaine que ça dure. Depuis, on se rend compte »…
David Pujadas : « Xavier Mathieu, on entend votre colère, mais est-ce que vous lancez un appel au calme ce soir ? »…
Xavier Mathieu : « Je lance rien du tout. J’ai pas d’appel au calme à lancer. Les gens sont en colère et la colère il faut qu’elle s’exprime. Il y a un proverbe des dernières manifestations qui dit "Qui sème la misère, récolte la colère". C’est ce qu’ils ont aujourd’hui. Il y a plus de 1.000 familles qui vont être à la rue qui vont crever dans 23 mois avec plus rien, qui vont être obligées de vendre leur baraque. Il faut que, tous, vous compreniez ça. On ne veut pas crever… »].
Commentaires de Mélenchon, devant la caméra ébaubie de P. Carles ? Pujadas est un « salaud », un « larbin » et un « lâche ». Cette sortie légitime mais poivrée déclenchera aussitôt une pluie de commentaires outragés. Mais comme Montebourg avant lui, Mélenchon va choisir de poursuivre l’esclandre contre des médias serviles, capitulards et révérencieux.
David Pujadas ? Dans l’une des scènes marquantes de son film, Pierre Carles lui décerne, au pied des locaux de France Télévisions, la Laisse d’or du journaliste le plus cire-pompes du PAF, tout en repeignant son scooter à la peinture dorée. Une scène qui fait du bien et confirme la réputation du cinéaste. Car Carles, on s’en souvient, avait déjà réalisé « Pas vu, pas pris » et « Enfin pris ? », deux documentaires corrosifs sur l’univers audiovisuel et la grande presse. Dans « Fin de concession », il s’attaque cette fois à la chaîne de Secret Story, de Navarro et du Droit de Savoir. Mais les animateurs vedettes des autres télés, notamment publiques, ne sont pas épargnés non plus –Pierre Carles souhaitant faire admettre à cette ligue d’adoubés « leurs mensonges, leurs erreurs et leurs compromissions, à avouer qu’ils censurent ou s’autocensurent ».
Salutaire œuvre à charge, Fin de concession soulève, de ce fait, souvent le rire. Toujours l’incrédulité et la stupeur. Le film expose notamment les pratiques odieuses par lesquelles TF1 parvient à ne respecter aucun des engagements contractuels qui la lie (notamment les 800 heures de programmes d’information que la chaîne est censée produire), avec la complaisance complice du CSA.

ENTRE PUB ET POUBELLE.

Le 4 avril 1987, Francis Bouygues soupire d’aise : son groupe de bâtiments et travaux publics vient d’obtenir le contrôle de la chaîne TF1, privatisée par le gouvernement français. « Francis avait le plus grand mépris pour les politiques, qu’il savait pouvoir acheter, rapporte l’un de ses proches. Avec une chaîne de télévision, il comprend qu’il n’aura plus à les solliciter, mais que ce sont eux qui viendront manger dans sa main ».
Deux décennies ont passé. Fils de Francis, Martin Bouygues entretient avec le pouvoir une relation apaisée : témoin de mariage du président de la République, l’actionnaire de référence de TF1 avait déjà employé Nicolas Sarkozy comme avocat d’affaires en 1997-1998, lorsque M. Vincent Bolloré effectuait un raid boursier sur la société Bouygues. « Martin, c’est pour moi la définition de l’amitié, de la droiture, de la fidélité, a confié le chef de l’Etat. Depuis vingt-cinq ans bientôt, nous nous parlons tous les jours ».
Conformément à l’intuition de son père, M. Bouygues n’a plus besoin de solliciter l’Etat pour que celui-ci fasse ruisseler le miel et le lait sur son front. Transfert des recettes publicitaires des chaînes publiques vers les chaînes privées, introduction d’une seconde coupure de réclame, remise en cause des seuils de concentration capitalistique, désignation du président de France Télévisions par l’exécutif : les annonces qui se succèdent combinent autoritarisme politique et déréglementation industrielle.
Il faut dire que la prévenance des pouvoirs publics envers les médias privés date d’un quart de siècle, en s’inscrivant dans une tradition inaugurée sous des auspices « socialistes ».
Gestes emphatiques ? Silvio Berlusconi, porté dès 1985, à la tête de La Cinq (une chaîne de pub, de jeux et de pub) par un François Mitterrand désireux d’ouvrir ainsi « un nouvel espace de liberté » (sic)… Puis, en 1986, la privatisation de TF1 afin de « faire entrer la France dans sa modernité ». Le Ministre de la Culture et de la Communication, François Léotard, précisera même : « Le service public est un astre dont la lumière nous parvient encore, mais qui est mort »
Quant à ceux qui jugent la somme déboursée (trois milliards de francs) exorbitante, Francis Bouygues rétorquera : « C’est la valeur du pouvoir d’influence que représente une chaîne comme TF1 ». Résultats : « la soumission au pouvoir de l’image, à laquelle avaient sacrifié tous les hommes politiques depuis 1985, va se doubler désormais d’une soumission au propriétaire de l’image ».
Dès lors, la maison Bouygues saura trouver l’oreille du législateur. En 1996, le Conseil supérieur de l’audiovisuel renouvelle l’autorisation d’émettre de TF1, « sans vote et par consensus », malgré un cahier des charges pour le moins rudoyé. Cela deviendra d’ailleurs une habitude : en 2007, l’Assemblée nationale adopte en faveur de la Une le principe d’une reconduction simplifiée jusqu’en... 2022 : durant trente-cinq années, la concession allouée à Bouygues aura donc échappé à toute remise en concurrence.
M. Chirac avait mangé son chapeau ; M. Lionel Jospin avalera une couleuvre.
Car, pour faire bonne mesure, la gauche plurielle (à ce moment au pouvoir) proposera une réduction du temps de la publicité diffusée sur les chaînes publiques –un heureux hasard, si l’on sait que les quotas de réclames autorisés sur TF1 avaient singulièrement augmenté l’année précédente. « Si on nous fait des cadeaux, je ne vois pas pourquoi on les refuserait, jubilait Patrick Le Lay, alors président-directeur général de la première chaîne. D’ailleurs, il y a plus de joie à faire un cadeau qu’à le recevoir ».

LEURRE DE VÉRITÉ.

Paris, jeudi 29 mars 2007, au bout du long couloir gris qui, au rez-de-chaussée de France Télévisions, mène au plateau du 19/20. Un à un, il fixe ses interlocuteurs. Regard panoramique, il les dévisage. Silences. « Longs et glaçants », se souvient un témoin de cette scène de western spaghetti. Et puis il dégoupille : « Décidément, il faut que les choses changent. Et croyez-moi, elles vont changer ». Encore une fois, Nicolas Sarkozy vient de s’engueuler avec Patrick de Carolis et Patrice Duhamel, les patrons de la télé publique. Là, c’est au sujet de l’Heure de vérité : alors candidat à l’élection présidentielle, il recommande fermement aux deux dirigeants de reprogrammer le vieux débat politique des années 80.
Plus de trois ans plus tard, croyez-le bien, les choses ont changé : c’est désormais le président de la République en personne qui nomme les patrons de l’audiovisuel public. Symbole ultime, effarant et inédit d’un Nicolas Sarkozy à la main constamment fourrée dans les affaires des médias, imposant un de ses bons amis à la tête de France 3, plaçant son ancien directeur de campagne à TF1, exigeant des excuses de RTL (et les obtenant), gourmandant, vitupérant, menaçant. En 1997, il énonçait sa stratégie en la matière : « Les médias ne sont ni alliés ni adversaires, ils n’ont ni cœur ni raison. Ils sont comme des chaudières. Si vous êtes celui qui met du combustible, vous existez ». Depuis, il l’a gavée jusqu’à la gueule et elle commence à se fissurer, la chaudière. Elle pourrait bien lui exploser à la figure : Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de payer son putsch médiatique ?
Loge de maquillage du 19/20 à France Télévisions, 30 juin 2008. Au pied du siège de la télé publique, Nicolas Sarkozy a été accueilli par des manifestants, dont certains portent un tee-shirt « Plus belle la vie sans Sarkozy ». A Carolis qui le salue dans la loge, Sarkozy, le cou bordé de mouchoirs en papier pour que le fond de teint ne tache pas sa chemise, lance furieux : « Cette maison n’est pas tenue. »
_ Et c’est une nouvelle engueulade entre Carolis et Sarkozy –lequel, à son habitude, fait mine de partir, arrachant les Kleenex de son col, qui volettent autour de lui. « On aurait dit Louis de Funès », raconte un témoin.
Alors, Nicolas Sarkozy va aller encore plus loin : il décrète tout bonnement la légalisation de son interventionnisme. A côté, ses esclandres d’antan seront bientôt peccadilles. Nicolas Sarkozy s’arroge, en juillet 2008, le droit de nommer les présidents de l’audiovisuel public. Et de les défaire aussi, sinon, c’est pas drôle. « La fin de l’hypocrisie », justifie-t-il en annonçant publiquement la nouvelle.
La fin de sa propre hypocrisie, en fait. Car maintenant, Sarkozy n’aura plus à exiger en coulisses que la télé publique diffuse tel programme qui lui tient à cœur, il désigne lui-même à la tête de France Télévisions qui bon lui semble. Dans Cartes sur table, une sorte de livre-thérapie, Patrice Duhamel (démissionné en août de cette année) dit tout haut ce qu’il soufflait alors tout bas aux journalistes, notamment « la vraie volée de bois vert » infligée en juin 2008 à l’occasion d’une cérémonie à l’Elysée où Sarkozy lui dit ce qu’il pense de France Télévisions : « "Tout est à revoir, tout est à refaire, du sol au plafond", me disait-il, ajoutant qu’il rédigerait lui-même le nouveau cahier des charges du service public ».
Autant dire qu’on doit s’attendre au pire.

(AUTO)CRITIQUE…

Où en est –dès lors– la critique radicale des médias en France, dix ans après la parution de Sur la télévision de Pierre Bourdieu, des Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi, ou du journal Pour Lire Pas Lu / Le Plan B ? Toujours d’attaque, à voir ce reportage incandescent. Mais au fur et à mesure que Pierre Carles (alias « Carlos Pedro », vrai-faux caméraman uruguayen) et sa bande de reporters pieds nickelés tentent de régler leurs comptes aux puissants de la télévision, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Les adversaires du réalisateur savent désormais esquiver, contrer et s’y prendre pour neutraliser ou ignorer l’ex-chevalier blanc du petit écran. Aussi, Carles en vient-il à se poser des questions sur son rôle de justicier, sur le contre-pouvoir, sur sa volonté de changer le monde. Une réflexion dialectique, ludique et bouleversante : « Que n’avons-nous fait pour que rien ne bouge vraiment ? La critique des médias aurait-elle fait son temps ? Ou bien faut-il envisager de changer de méthodes ? »…
Dorénavant donc, finies les concessions ! Sauf que ce n’est pas si simple que ça, comme l’illustre à merveille d’autres entretiens que le cinéaste parvient à mener avec bagout. Ainsi l’étonnante confession rétrospective de Jean-Marie Cavada, assez schizophrène entre son actuel statut de député européen centriste (tendance UMP) et son discours très lucide sur l’impossibilité d’un travail critique à la télévision, du fait des collusions avec les pouvoirs politiques et économiques…
Ou Bernard Tapie en média-trainer. Vingt-trois ans plus tôt, le futur ministre de François Mitterrand martelait partout que, sur TF 1, on devait pouvoir traiter l’anniversaire du compositeur Olivier Messiaen ou diffuser un match de pelote basque. « Avez-vous menti ? », voudrait demander Pierre Carles à Tapie pendant une bonne partie du film. Il n’y parviendra pas. Mais ce n’est pas grave. D’autres succomberont… « Fin de concession » a été réalisé grâce à la participation (plus ou moins volontaire) de Hervé Bourges, Jean-Marie Cavada, Jacques Chancel, Jacques Chirac, Michèle Cotta, Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert, Elise Lucet, Etienne Mougeotte, Audrey Pulvar, Nicolas Sarkozy, Bernard Tapie, Charles Villeneuve et Karl Zéro…


Jean FLINKER


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