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Respire se retire de la fédération IEW

Explications et lettre

vendredi 11 juin 2010

Nous reproduisons ci-dessous le message que l’asbl Respire a adressé à IEW pour signifier son retrait de la fédération.

Nous avons jugé utile de publier cette lettre (laquelle a également été adressée aux membres de la fédération) sur notre site Internet :
- pour d’une part faire connaître notre désaccord sur certaines dérives observées au sein du mouvement environnemental et sur lesquelles nous n’avons malheureusement aucune prise, et
- en espérant d’autre part que ce message pourra contribuer à l’émergence d’un dialogue vivant, respectueux et direct au sein du mouvement environnemental associatif.

Cette page web nous donne l’occasion d’avancer quelques développements complémentaires qui n’auraient pas convenu au format du message adressé. Les voici à titre de préalable au courrier en question.

La crise systémique actuelle met la société dans son ensemble face à un défi extrêmement ardu : nous savons que notre mode de vie est insoutenable et qu’il n’est pas universalisable (il n’y a tout simplement pas assez de ressources sur Terre pour que tout le monde surconsomme comme nous le faisons). Pourtant nos dirigeants, avec l’approbation tacite de la majorité des citoyens, poursuit dans la même voie ; et le monde entier entre dans la danse, sous la pression d’institutions occidentalo-centrées (FMI, BM, OMC, Commission EU notamment). Nous sommes donc engagés sur une voie suicidaire et aucune volonté et puissance dirigeante n’émerge pour proposer un autre cap.

Nous savons que nous devons profondément changer, sous peine de réduire à néant la possibilité de vivre une vie humaine digne sur Terre, voire peut-être de vivre, simplement.

Les changements nécessaires sont radicaux, et ils doivent être rapides (ainsi les conclusions du GIECC indiquent qu’une diminution des émissions de CO2 de 40% d’ici 2020 est indispensable pour ne pas entrer dans une zone extrêmement dangereuse).
Il est évident que les décisions à même d’initier ces changements ne viendront pas des dirigeants actuels, lesquels sont intellectuellement et politiquement soumis à des intérêts privés qu’ils font passer avant la défense du bien commun, comme ils n’ont eu de cesse de le prouver au cours des dernières années et encore aujourd’hui de manière criante en Belgique.

L’initiative doit donc venir des peuples, des organisations citoyennes mobilisées pour résister à la "barbarie qui vient" et promouvoir des solutions viables qui sont déjà expérimentées en une multitude de lieux. Le mouvement environnemental, qui a joué un rôle historique déterminant dans la prise de conscience écologique, doit continuer à jouer son rôle d’éclaireur et proposer des solutions. Celles-ci doivent être à la hauteur des enjeux, sous peine de n’être pas des solutions, voire de se transformer en pièges.
Imagine-t-on se satisfaire de la conduite d’un pilote au volant d’une voiture folle qui se veut rassurant en promettant de réduire sa vitesse de 20 km/heures alors que son bolide est lancé à 200 km/h sur un mur ? Pour éviter le crash, il n’y a pas trente-six solution : freiner très fort puis tourner ou sortir de la route. Les autres options ne sont pas des solutions, elles ne peuvent endormir la conscience des passagers éveillés et ne devraient pas plus rassurer le pilote. Pour les passagers qui ne sont pas en mesure de voir ni le mur ni le compteur par contre, l’affirmation du pilote provoque un effet qui garantit la collision : les maintenir ignorants et passifs dans leur fauteuil avant l’accident.

Au diable les fausses solutions, insuffisances vendues comme calmants ou, pire, des moindre-mal.
Des solutions radicales sont absolument nécessaires, leur émergence dépend de la mobilisation citoyenne dans laquelle le mouvement environnemental tient une place déterminante. Pourtant, on observe un ramollissement préoccupant de la mobilisation écologiste, qui sous couvert de réalisme (!) ou de stratégie (?) propose rien d’autre que d’accompagner la course de la machine emballée, tentant de se persuader qu’à force de petits pas ou d’évolutions lentes, on parviendra à s’extraire de l’ornière qui s’approfondit à vue d’œil.

Commode manière sans doute de s’accommoder d’une réalité complexe et des choix difficiles pourtant attendus, mais manière qui condamne aussi le message et l’action écologiste à la non-pertinence puis l’inanité.

La société est à un croisement : continuer dans la même direction tout en prétendant faire autre chose (repeindre l’économie en vert), ou bien changer de cap en faits et en actes. Le mouvement environnemental se trouve au même carrefour : il est aujourd’hui partagé entre les accompagnateurs qui misent sur le "développement durable" et la "croissance verte", parfois avec des nuances dans les détails, et les tenants d’une écologie politique de transformation qui vise à changer le système pour prendre l’orientation difficile mais heureuse de la joie de vivre.

L’écologie politique est née radicale, car sa nature est la nature, aujourd’hui détruite à un rythme ahurissant. Après mai 68, une génération, celle des trente glorieuses, n’a eu de cesse de diminuer la force du message écologique tout en améliorant le traître confort symbolisé par la voiture individuelle et l’écran de TV. Cette génération arrive à la pension. La suivante - qui n’aura sans doute pas de pension - doit renouer avec la force du message originel de l’écologie politique, c’est plus que jamais une question de survie.

L’écologie politique originelle reste étonnamment absente des discussions au sein du mouvement environnemental, lorsqu’elle n’est pas ostracisée et dénoncée comme irréaliste.

Pour notre part, nous nous réclamons de cette filiation, qui est aussi celle, nous semble-t-il, du simple bon sens. Voilà pourquoi nous dénonçons l’affadissement de la posture environnementaliste, et pourquoi nous quittons la fédération IEW qui nous semble prendre sans le dire clairement une direction qui l’éloigne des origines du mouvement environnemental et de ses finalités premières.

Nous ne souhaitons pas cautionner par notre présence ce que nous considérons être une dérive.

*

Ci-dessous la lettre adressée à IEW :

Bruxelles, le 10 juin 2010

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,

Cher Gérard, Cher Christophe,

Par la présente, je vous informe que l’Assemblée générale de Respire a décidé du retrait de notre association de la fédération IEW, estimant que le mode de fonctionnement, les options stratégiques et certaines positions de la fédération ne correspondent plus à ses attentes.
En particulier, et sur base notamment du rapport que le soussigné a fait de son exercice interrompu d’administrateur de la fédération, notre Assemblée générale a estimé incompatible avec les visées de Respire :

- Les prémices, visibles à plusieurs endroits et qui semblent se renforcer, d’une dérive vers « la com’ » au détriment de la recherche de la cohérence et de l’engagement militant,

- La proximité excessive de la fédération avec les institutions de l’Etat de manière générale, des partis politiques également et du parti Ecolo en particulier, ce qui est particulièrement problématique pour une fédération sensée représenter la diversité des opinions et des engagements qui constituent le mouvement environnemental,

- Certains problèmes de fonctionnement interne dont un pouvoir excessif attribué au Conseil d’Administration, au détriment de l’Assemblée générale (et de l’équipe de salariés de la fédération également),

- Des choix stratégiques de plus en plus clairs qui orientent la fédération vers une écologie d’accompagnement (« croissance verte ») et le mode de fonctionnement top-down qui la caractérise, plutôt que vers une écologie de transformation (sortie de l’économisme) et le mode de fonctionnement bottom-up cultivé par ses « nouveaux militants ».

Au moment où nous sommes tous confrontés à une crise profonde et multidimensionnelle, l’Ag de Respire est convaincue que le secteur associatif et singulièrement le mouvement environnemental et l’ensemble de ses composantes, doivent converger vers des prises de positions très fermes et claires pour remettre en cause l’idéologie dominante (caractérisée notamment par le productivisme, la croissance économique et le développement industriel) et proposer des alternatives véritables qui existent déjà et sont de plus en plus cultivées « hors des sentiers battus ».

Constatant que la direction de la fédération s’oriente progressivement dans une voie qui nous semble non seulement peu souhaitable mais même contre-productive, notre Assemblée générale a décidé de se retirer de la fédération.

Nous saluons le travail de très grande qualité réalisé par les salariés de la fédération et restons convaincus de la nécessité et de l’utilité d’une association qui s’efforce de fédérer le mouvement environnemental dans le respect de toutes ses composantes. C’est pourquoi nous quittons la fédération en formulant le souhait sincère de pouvoir la réintégrer dès que des garanties pourront être apportées quant à son indépendance, son pluralisme et la nature de son engagement militant.

Vous assurant de notre haute considération et restant à votre disposition pour vous fournir d’éventuelles explications complémentaires,

Sincères salutations,

Pour l’Assemblée générale de Respire,

Jean Baptiste Godinot,
Président

PS : ce courrier sera publié sur le site Internet de Respire et transmis aux membres pour communication utile.


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