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« Changement climatique : les lobbies de l’armement se lèchent les babines »

Par David Cronin (UK), 16 février 2010

jeudi 18 février 2010

Traduction de Respire, avec l’aimable autorisation de The Samosa.

Lisez l’article de David Cronin dans sa version anglaise originale sur le site de “The Samosa” :

Arms lobby licks its lips over climate change, The Samosa, 16 février 2010.

Les marchands d’armes ne fabriquent pas seulement des instruments de mort. Ils sont également experts de la fabrique de consensus politique.

Il y a tellement de « think tanks » et lobbies à Bruxelles qu’il peut être difficile de jauger combien certain d’entre eux peuvent être efficaces.

Mais un de ceux qui a certainement eu un impact au cours de son histoire longue de 8 ans est « Security and Defense Agenda » [ndlr : http://www.securitydefenceagenda.org/.], un forum sponsorisé par les plus grands manufacturiers d’armes d’Europe, y compris BAE [ndlr : http://www.securitydefenceagenda.or....] (oui, le même BAE qui a récemment payé des amendes pour un total de 287 millions de livres sterling pour éviter des poursuites sur charge de corruption). Giles Meritt, le directeur de SDA a été nommé l’année dernière par le Financial Times parmi les 30 personnes les plus influentes à Bruxelles.

Chaque mois le SDA accueille un pow-wow dans la Bibliothèque de Solvay, une bibliothèque du début du 20e siècle qui offre un répit bienvenu de l’architecture pompeuse des proches institutions européennes. C’est là que des diplomates confirmés, des politiciens et des stratèges militaires cherchent la façon d’adapter la politique pour qu’elle serve les intérêts de l’industrie de l’armement.

Peut-être que la seule chose à admirer dans ce groupe est qu’il est abominablement intelligent. Merritt, ancien lobbyist de l’également a-scrupuleuse industrie du tabac, a conseillé à ses clients « d’arrêter de faire de la pub macho avec les missiles et les avions de combat » et de présenter une image davantage bienveillante.

Son conseil a été pris en compte dans une certaine mesure. Au cours des dernières années, l’establishment de l’armement a souligne qu’il est profondément préoccupé par le changement climatique. Le problème est qu’il est préoccupé pour de bien mauvaises raisons.

Etant donné qu’il est attendu que le réchauffement climatique accroîtra la compétition entre les nations pour les ressources d’énergie, l’industrie de l’armement et ses faire-valoir ont réalisé qu’il y avait des contrats à gagner en transformant une question environnementale en problème de sécurité. Cela est clair depuis un sommet tenu par la SDA en 2009, au cours duquel un représentant de l’OTAN a décrit l’Arctique comme débordant de « richesses et de potentiel » et a annoncé une « ruée » sur les ressources et les territoires parmi les pays de la région (USA, Russie, Canada et toute la Scandinavie).

Sa déclaration recevra probablement une imprimatur plus officielle lorsque les dirigeants de l’OTAN se réuniront à Lisbonne au mois de novembre. A ce moment là, ils mettront à jour le « concept stratégique » qui guide les activités de l’alliance en y incorporant les problèmes liés au réchauffement et à l’énergie.

L’Europe est en avance sur l’OTAN de ce point de vue. En 2008, Javier Solana alors chef des affaires étrangères de l’UE – un ancien secrétaire général de l’OTAN – a publié un article dans lequel il notait que de nouveaux passages s’ouvraient en Arctique en raison de la fonte de la calotte glaciaire, et indiquait qu’il n’était plus qu’une question de temps avant qu’il n’y ait des affrontements pour savoir quel pays contrôle les différentes parties de cette région.

Considérant cette posture belliqueuse de Bruxelles, est-il surprenant que la Russie – clairement la principale nation à laquelle ces messages étaient adressés – a récemment identifié l’OTAN comme une menace sérieuse ?

L’industrie de l’armement a tout à gagner à monter en épingle les perspectives de guerre des ressources. De nouvelles données en provenance de l’Agence Européenne de la Défense – un matériel créé à la demande de BAE et de ses partenaires Français et Allemands – montre qu’alors que les dépenses collectives de défense des 26 états-membres a été à peu près constante à 200 millions d’euros (174 millions de livre sterling) au cours des dernières années, elles ont chuté de façon proportionnelle d’environ 1,8% de PIB en 2006 à 1,6% en 2008.

Si l’engagement de plusieurs pays Européens en Afghanistan ne conduit pas à l’augmentation des dépenses, alors il est simplement logique que les marchands d’armes prient pour des conflits plus lucratifs. Et si les choses se passent comme ils l’ont prévu, ils pourraient être parmi les bénéficiaires des catastrophes écologiques.

Je ne suis pas en train de suggérer que le changement climatique n’a pas d’implication au niveau de la sécurité. Mais permettre à l’industrie de l’armement de façonner le débat augmente la possibilité que l’attention de nos politiciens soit détournée des prises de décisions qui touchent à ses causes. L’énergie solaire et éolienne, l’isolation des bâtiments, de meilleurs transports publics et des méthodes de production alimentaire plus saines sont les mesures auxquelles nous devrions donner priorité, si l’élan qui a été saboté par les leaders mondiaux myopes à Copenhague devait être à nouveau bâti.
Faire résonner les tambours de la guerre est la dernière chose dont nous avons besoin.

Par David Cronin.

Illustration de Andy Singer

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