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L’olivier flingue la RTBF

jeudi 24 décembre 2009

Nous le soulignions ici et ici, l’olivier noie la RTBF dans la pub. C’est que crise aidant (une crise du surendettement, économique et écologique, précisément celle que promeut sans cesse la publicité commerciale), la nouvelle majorité rouge-orange-verte a dû réaliser des économies. Bien sur, la crise a bon dos et permet de faire avaler n’importe quoi.

Deux décisions, un coup fatal ?

La RTBF, ex-service public, en fait les frais. C’est parfaitement logique dans la mesure où Reyers a été plongé dans la pub dans les années 1980 par le parti socialiste et est dès lors devenue de plus en plus dépendante de l’argent publicitaire. Plus d’argent publicitaire, moins d’argent public. La crise, qui est aussi la crise de la pub (puisque la pub est un moteur du système en crise, répétons-le sur tous les tons) ne pouvait donc qu’aggraver les choses.

C’est chose faite grâce à l’olivier. Le seul point surprenant est la force du coup asséné à Reyers : on se demande comment la RTBF pourra jamais se relever de la décision de l’olivier.

Revenons rapidement sur cette décision. Dans un décret au titre particulièrement romantique et transparent [1] le PS, le CDH et Ecolo, ont décidé deux mesures dont les conséquences sont désastreuses :
1. geler la dotation de la RTBF et prévoir toute latitude pour la fixation de la dotation à la RTBF,
2. « en échange » autoriser plus de pub et des coupures publicitaires dans les films.

Au même moment arrive le « placement de produit », autorisé par le PS et le CDH sous la législature précédente. Autant dire que le coup risque d’être fatal. On se souvient des cyniques « je rêve d’une télévision sans pub » de la ministre Laanan, de son chef M. Di Rupo et de l’administrateur de Reyers M. Philippot. Reste la réalité. Entre les déclarations et les actes, un monde entier, celui qui explique la perte de confiance complète du citoyen en ses malreprésentants.

La RTBF perd toute sécurité de financement et s’embourbe dans la pub

Revenons donc sur ces deux décisions.
Dans le texte de 47 pages qui constitue le projet de décret-programme, on peut lire à la page 19 :

Art. 28

Pour les années 2009 à 2014 et par dérogation à l’article 8, §3, a du décret du 14 juillet 1997 portant statut de la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF), les dotations et subventions, à charge de la Communauté, dont bénéficie la RTBF peuvent être fixées dans le décret contenant le budget général des dépenses de la Communauté française.

Les clauses du contrat de gestion, conclu entre la Communauté et la RTBF, fixant les montants et déterminant les règles d’adaptation des dotations et subventions octroyées à la RTBF sont suspendues, pour l’année budgétaire au cours de laquelle il est fait application de l’alinéa premier du présent article.

L’application de l’alinéa 1er du présent article suspend l’article 8, §4, alinéa 2, 2e phrase du décret du 14 juillet 1997 portant statut de la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF), pour l’année au cours de laquelle il est fait application dudit alinéa.

A partir de l’année 2010 et jusqu’en 2014, lorsque le montant des dotations et subventions, tel que déterminé en application de l’alinéa 1er, est inférieur au montant fixé dans le contrat de gestion, un avenant au contrat de gestion pourra être négocié entre le Gouvernement et la RTBF afin d’adapter l’ampleur des missions de service public au financement public qui lui est attribué.

En clair, cela signifie que les mécanismes qui prévoient l’indexation de la dotation et le maintien d’un niveau de dotation suffisant pour que la RTBF puisse accomplir ses missions de service public ne sont plus d’application pour les années 2009 à 2014. Les dispositions du contrat de gestion concernant la dotation de Reyers peuvent être « écrasées » par un décret. Dans le cas où les moyens seraient diminués dans une mesure qui n’est pas précisée, les missions de service public de la RTBF pourraient être révisées et revues à la baisse.

Il s’agit là d’une attaque inédite du service public : en gros, la RTBF est à la merci du budget, lui-même à la merci de la crise que les gouvernants sont incapables de gérer comme ils l’ont prouvé à suffisance. Il est d’ailleurs utile de souligner que la période 2009-2014 mentionnée dans ce décret risque bien de s’éterniser. Mis à part les dirigeants et leurs économistes, plus grand monde n’imagine que la situation va s’améliorer à l’avenir. En particulier, les prix de l’énergie ne pouvant à terme qu’augmenter, la « crise » va plus que très probablement non seulement se prolonger mais également s’aggraver.

Dans ces conditions, cette disposition pourrait tout simplement signer l’arrêt de mort de la RTBF. Mais comme pour être bien sur d’achever la bête, l’olivier a prévu le coup de grâce : rajouter un peu plus de pub au cœur même des programmes.

En plus du placement de produit, la RTBF pourra désormais couper les films pour y incruster de la propagande commerciale (dont le rendement est naturellement décroissant, répétons-le encore et encore).

Ainsi peut-on lire à la page 20 du projet de décret-programme :

Art. 30

A l’article 18, § 2, du décret sur les services de médias audiovisuels coordonné le 26 mars 2009, il est ajouté un alinéa 3 rédigé comme suit :

« Par dérogation à l’alinéa précédent, jusqu’au 31 décembre 2012, la publicité et l’autopromotion peuvent interrompre les œuvres de fiction cinématographique diffusées dans les services édités par la RTBF. ».

Résumons : on enlève de l’argent public à la RTBF sans avoir jamais étudié la possibilité d’organiser différemment le financement du service public. On rajoute de la pub au cœur des films, pour certains produits, dans le même temps le placement de produit est autorisé.

Tout cela est fait notamment pour que Reyers puisse « rester compétitif » face à ses « concurrents », au premier rang desquels RTL-TVi exilé au Luxembourg : voyez-vous poindre le scénario ?

La RTBF pourra-t-elle maintenir ce qui lui reste de culture audiovisuelle non complètement dégradée par la logique publicitaire durant les années à venir, qui s’annoncent entièrement soumises à l’audimat ? Comment ?

L’olivier est pourri

En matière de pubtréfaction du service public audiovisuel, le PS est à la manœuvre depuis des décennies.

Le CDH suit.

Sous la législature précédente, Ecolo avait réalisé un travail d’opposition, faisant mine de s’intéresser à une RTBF sans pub. Lorsque l’opportunité de demander une étude sur le financement alternatif de la RTBF était arrivée (en bureau du parlement) Ecolo s’y était néanmoins montré opposé, prouvant sa position hypocrite sur le sujet. Désormais, il n’y a plus de différence entre le PS, le CDH et Ecolo en matière de service public audiovisuel et de protection des personnes face à l’agression publicitaire : Ecolo se fait ardent défenseur de l’invasion publicitaire à Reyers, comme ses coreligionnaires « progressistes ».

L’opposition quant à elle, constituée par le MR, ne donne pas confiance non plus si l’on en juge par la ligne brutalement capitaliste qui est la sienne et sa position ambiguë qui consiste à demander une RTBF sans pub mais à ne pas vouloir réfléchir à un financement alternatif [2].

Qu’y a-t-il encore à espérer de ce parlement ?

Consultez les comptes-rendus intégraux des séances plénières des 15 et 16 décembre 2009 via le ce lien. Faites ensuite une recherche sur le mot « RTBF » [3] : vous y lirez la trame de mensonge et de renoncement sur laquelle se sont déroulés les débats, comme c’est le cas depuis des années pour ce qui concerne le dézingage publicitaire du service public orchestré par le PS, avec l’appui du CDH et désormais de Ecolo. « Crise oblige », bien sûr.

Notes

[1Décret - programme portant diverses mesures concernant les établissements d’enseignement, les internats, les centres psycho-médico-sociaux, la réduction du nombre de chargés de mission à charge du budget de la Communauté, les bâtiments scolaires, la formation en cours de carrière, le traitement d’attente dans le cas de perte partielle de charge, le refinancement des universités et des hautes écoles, le statut des membres des personnels des universités, les dotations et subventions à certains organismes sous contrat de gestion, les services de médias audiovisuels, l’octroi de subventions aux collectivités locales pour les projets d’infrastructures culturelles, les conditions de subventionnement à l’emploi dans les secteurs socioculturels et la reconnaissance et le
subventionnement des musées et autres institutions muséales

[3Une fois le document .pdf chargez, tapez « CTRL+F » pour ouvrir la boîte de recherche, et tapez-y « RTBF », vous tomberez alors sur toutes les occurrences de ce terme dans les documents


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