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Publicyclettes parisiennes : bientôt avec des roulettes

lundi 14 décembre 2009

A Paris, vélib’ de JC Decaux rencontre un assez bon succès auprès de la population qui est visiblement demandeuse de vélos en libre service. Mais vélos en libre service ne devrait pas vouloir dire vélib’ publicitaire… vélib’ rencontre en effet de nombreux problèmes : vandalisme très élevé, réparation insuffisante des vélos abîmés, taux de circulation des vélib’ insuffisants entre les stations, centrale de téléphone lente, statistiques d’utilisation et de vandalisme invérifiables, etc.

La solution ? Mais pardi, bienvenue dans le monde merveilleux de la pub : les pouvoirs publics se couchent devant la multinationale de la dévastation et sortent le chéquier (celui des contribuables français) pour assurer les arrières… de la multinationale (voir l’article des Echos français ci-dessous).

A Bruxelles, le réseau des vilains villo est en train d’être déployé, difficilement. Là aussi les statistiques sont douteuses, et l’on se demande bien qui pourrait les contrôler. Mais le pire est probablement à venir. Comme à Paris, les recettes publicitaires dégringolent avec la crise, ce qui était parfaitement prévisible.
Sur ce point d’ailleurs, Respire ne cesse de répéter que :
- le financement par la publicité est instable et
- économiquement périlleux dans la mesure où la pub a un rendement naturellement décroissant, ce qui implique une augmentation de la nuisance publicitaire avec le temps pour maintenir un niveau de recettes,
- le système publicitaire, totalement imbriqué à l’économie du tout-au-pétrole, est condamné à un avenir rabougri (ça c’est une bonne nouvelle).

Bref, les vilains villo promettent assurément de vilaines surprises dans un avenir peu lointain. Ce ne serait pas regrettable si les autorités publiques avaient un plan B. Ce qui revient à dire que c’est regrettable, car la Région (SP.a en tête, appuyé par le désormais olivier) s’est précipité dans la fausse solution publicitaire, garantissant ainsi le verrouillage des enveloppes budgétaires qui auraient dû être consacrées au vélo en ville.

On y reviendra, donc.

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« La facture salée du Vélib’ », Les Echos, 9 octobre 2009 :

(…)

En apparence, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, le torchon brûle entre les élus parisiens et l’opérateur. Depuis des mois, les deux camps luttent pied à pied pour renégocier les termes du contrat signé il y a deux ans. C’est que la donne économique a changé à plus d’un titre pour JCDecaux. Ainsi, le vandalisme a explosé avec plus de 8.000 vélos volés et plus de 16.000 détériorés. Dans les 15 ateliers parisiens de la Somupi, la filiale de JCDecaux, s’entassent des Vélib’ tordus, martyrisés, customisés, rouillés par un séjour prolongé dans la Seine. Et tandis que les coûts d’entretien explosent, les recettes tirées des panneaux publicitaires devraient chuter avec la crise aux alentours de 50 millions d’euros, contre 57 en 2008 selon la municipalité - l’afficheur se refuse à tout commentaire. « Last but not least », les critères de qualité fixés par la ville en matière de disponibilité, propreté, entretien des vélos, sont, aux dires de l’exploitant, trop ambitieux pour être atteints, générant au passage de lourdes pénalités. «  Au-delà d’un seuil critique, ces malus deviennent exponentiels. Alors JCDecaux nous menace de mettre la clef sous la porte ! », confie un proche du maire. Extrêmement prudent dans ses propos, tant le sujet est sensible, le directeur général stratégie de JCDecaux, Albert Asseraf, se contente d’évoquer la complexité de l’appel d’offres initial lancé par Paris et la nécessité d’évaluer la pertinence de certains critères.
Bref, l’opérateur veut rééquilibrer le contrat en sa faveur. Au cours de l’été 2008, déjà, JCDecaux a obtenu un premier avenant : la municipalité verse désormais une contribution de 400 euros par vélo à remplacer, dès que 4 à 20 % du parc est vandalisé. «  La participation des contribuables parisiens cette année pourrait s’élever à 1,6 million d’euros au rythme actuel des incivilités »,s’inquiète Annick Lepetit, l’élue en charge des transports à Paris.« JCDecaux est dans une logique de renégociation permanente, de crémaillère : il cherche constamment à gagner un cran », déplore un conseiller de Bertrand Delanoë. Des accusations auxquelles le courtois et imperturbable Albert Asseraf ne souhaite pas répondre.

Opacité des statistiques

La popularité de Vélib’ est un casse-tête pour l’équipe municipale, pieds et poings liés à son partenaire. Pas question de mettre en péril un service aussi apprécié des habitants, en balayant d’un revers de main les desiderata de Decaux. Mais pas question non plus d’en passer par les exigences de l’entreprise, d’autant que ce type de marché manque de transparence. Difficile, en effet, de vérifier les statistiques transmises par l’exploitant en matière de vandalisme : la municipalité se contente de contrôles aléatoires. Impossible, par ailleurs, de savoir quel est le prix de revient d’un Vélib’ pour l’opérateur. « En versant une quote-part de 400 euros, la ville compense probablement intégralement le coût des vélos à remplacer », admet-on dans l’entourage du maire.
Cette opacité ne facilite pas l’obtention d’un consensus entre les deux parties pour le nouvel avenant en discussion depuis près d’un an. Au terme d’une bataille féroce arbitrée au plus haut niveau entre Jean-Charles Decaux et Bertrand Delanoë, les bases d’un accord ont été trouvées : la ville accepterait d’étendre sa prise en charge jusqu’à 25 % du parc vandalisé, de solder les pénalités de JCDecaux autour de 2 à 3 millions d’euros (alors que, selon les interprétations possibles du contrat, elles pourraient théoriquement représenter aujourd’hui plusieurs centaines de millions d’euros !). Elle consentirait en outre à intéresser davantage l’exploitant aux résultats dégagés par Vélib’ : entre 14 et 17,5 millions d’euros de recettes, JCDecaux toucherait de un quart à un tiers du gâteau ; au-delà de 17,5 millions, l’afficheur en empocherait la moitié. La ville attend en retour un meilleur service, alors que 54 % des utilisateurs déplorent toujours le mauvais état des vélos, et que 56 % seulement se déclarent satisfaits de leur disponibilité et 42 % du nombre de places libres en station, selon une enquête TNS Sofres de mars ¬dernier.
Mais tout n’est pas réglé pour autant : car il faut maintenant que ce compromis (dont certains points doivent encore être affinés) soit soumis - probablement en novembre - au Conseil de Paris. Or le débat y fait rage, y compris au sein de la majorité.
En attendant, le feuilleton est suivi attentivement par les autres grandes villes, certains maires commençant à douter de l’efficacité du modèle « petite reine contre panneaux urbains ». Pour le challenger de JCDecaux, Clear Channel, les élus locaux ne doivent pas se leurrer : «  Au bout du compte, c’est la collectivité qui paie ses vélos. Soit elle finance leur acquisition et leur entretien, soit elle confie cela à un afficheur mais, dans ce cas-là, elle n’encaisse pas les recettes publicitaires  »,observe Ronan Mulet, responsable de sa division vélos en libre-service.
Si le troc vélo contre pub permet à une collectivité locale de se doter rapidement d’un parc sans grever son budget d’investissement, il ne constitue pas une panacée. « La plupart de ces contrats ont été signés juste avant les municipales. Pour les maires, il y avait un effet d’aubaine à annoncer ces équipements apparemment gratuits. Aujourd’hui, certains déchantent. A Strasbourg, notre service de location de vélo, adossé à notre opérateur de transports en commun et déconnecté de la publicité, coûtera 4 fois moins qu’un contrat VLS passé avec JCDecaux », note Alain Jund, adjoint au maire de Strasbourg. L’enquête « Tour de France des services vélos », menée par le Groupement des autorités responsables des transports (GART), souligne à quel point il est difficile pour les élus locaux de chiffrer la valeur du patrimoine publicitaire concédé et les coûts réels des services VLS, estimés généralement entre 2.000 et 3.000 euros par vélo et par an.

(…)


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