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L’olivier noie la RTBF dans la pub

mercredi 14 octobre 2009

C’est la crise, et la crise a bon dos.
Il faut faire des économies, et tout le monde y passe surtout vous, mais pas les banques ni Electrabel, qui font du gras. Ne soyons pas populiste, il ne s’agit pas de crier à la "rage taxatoire" ou autre bêtises : payer son impôt est quelque chose de positif pour financer le bien commun, à la condition que l’impôt soit bien utilisé bien entendu, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

Mais "la crise" est décidément une arnaque himalayesque : le contribuable a payé le sauvetage de banques qui n’ont en rien changé leurs pratiques véreuses, l’Etat s’est mis KO en faisant porter sur les contribuables une dette devenue colossale, n’a pas pris le contrôle des banques sauvées grâce à l’argent public, et pire, nous fait payer une deuxième fois ce tout début de crise en élaguant les services publics.

Parmi ceux-ci, la RTBF trône en bonne place.
Après avoir autorisé plus de pub à Reyers, la Ministre Laanan (PS), reconduite dans ses fonctions de "gestionnaire" audiovisuelle, gèle la dotation, autorise des coupures supplémentaires dans les séries et la pub pour les médicaments de comptoir !

On voudrait définitivement tuer la RTBF que l’on ne s’y prendrait pas autrement : moins d’argent public, plus d’argent publicitaire, la RTBF ne peut que courir toujours plus derrière la pub et, pour ce faire, se plier toujours davantage à la logique de l’audimat qui fait dans le bas de gamme et le temps de cerveau humain disponible pour vendre un peu plus cher les écrans de pub.

"En guise de compensation" écrit la RTBF (voir ci-dessous), une troisième chaîne sans pub remplace RTBF Sat : sans doute un alibi cultureux pour affadir tous les canaux de Reyers sans trop de soucis de conscience ?

Après avoir introduit la pub à la RTBF en 1984, autorisé de nouvelles pratiques publicitaires intrusives en 2007, le Parti Socialiste définance le service public en 2009 et le soumet plus encore à la pression publicitaire.
La "politique" "socialiste" en matière audiovisuelle est clairement celle de la désintégration du service public pour en faire un service publicitaire.

Les enfants de la Communauté française qui ne verront plus bla-bla pourront par contre visionner les campagnes du forum nucléaire grâce à M. Magnette (Parti Socialiste) qui prolonge la durée d’exploitation des centrales nucléaires les plus vieilles du pays. Ils pourront également mettre leur temps de cerveau disponible au service des vendeurs de soda qui officieront un peu plus sur le service public, mais sans crainte car désormais ces mêmes enfants recevront sans l’avoir demandé et grâce à la redevance payée par leurs parents de la pub pour des médicaments qui n’en sont pas vraiment. Ca ne freinera pas l’épidémie d’obésité et de diabète qui est en passe de ruiner la sécurité sociale, mais au moins les multinationales de big pharma pourront continuer à rémunérer grassement leurs actionnaires.

La RTBF s’efface un peu plus, noyée dans la pub par un olivier aux fruits déjà pourris, alors qu’il y aurait d’autres voies possibles.

Ainsi, on nous expliquera pourquoi il est tout à coup possible de faire des économies à la RTBF alors que cela ne l’était pas durant la précédente renégociation du contrat de gestion.
On nous expliquera pourquoi l’étude sur le financement alternatif de la RTBF, demandée depuis 2006 et promise par le gouvernement suite à l’action de VAP !, n’a pas été réalisée alors qu’une réflexion approfondie aurait sans aucun doute permis de trouver des alternatives à cette situation calamiteuse.
On nous expliquera pourquoi l’option "réduction de la voilure" telle que suggérée par exemple par la VAP ! n’est jamais envisagée, alors qu’une offre supérieure aux moyens disponibles induit nécessairement l’augmentation de la pub et l’affaiblissement des contenus.

On nous expliquera donc pourquoi toutes ces décisions ont été prises dans l’ombre alors qu’il s’agit d’argent public et d’audiovisuel à destination de tous les publics.
Et on nous expliquera enfin comment cet olivier peut encore, de quelque manière que ce soit, se qualifier de "progressiste". Evolution n’est pas progrès !

Est-il nécessaire de rappeler que la pub incite à la surconsommation et pousse au surendettement. La crise actuelle fait suite à l’éclatement de la bulle des "subprimes" états-uniens, elle-même générée par la surconsommation de pétrole et le surrendettement des ménages américains et de leur Etat.
La logique publicitaire est exactement celle qui est à l’origine de la crise.

En rajoutant de la pub sur le service public, en noyant le bien commun sous la propagande commerciale, le PS et l’olivier annoncent clairement la couleur : avec eux le pire est à venir.

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"Communauté et Région économiseront 477 millions", RTBF, 13 octobre 2009. Extrait :

(...)

Economies à la RTBF

Dans les secteurs de la Culture et de l’Audiovisuel, les mesures budgétaires les plus spectaculaires concernent la RTBF, qui va toutefois pouvoir recourir à des formes de publicité nouvelle. En compensation, une 3ème chaîne de télévision exempte de pub est annoncée.

La dotation annuelle de 199,4 millions de la radiotélévision publique est gelée jusqu’en 2012. S’ajoute à cela un Plan Triennal de Solidarité (PTS), qui sera traduit dans un avenant au contrat de gestion de l’institution. Il prévoit 10 millions d’économies en 2010, puis 17,6 millions en 2011 et 23,5 millions en 2012.

Ainsi, il a été convenu que la RTBF pourra désormais faire de la publicité pour des médicaments "de comptoir" et les films de fiction seront coupés par de la publicité. Il s’agirait de compenser les pertes de revenus publicitaires dues à la crise et cela n’augmenterait pas la quantité de publicité diffusée. Des mesures que la ministre ne semble pas prendre de gaieté de cœur mais qu’elle assure être réversibles, dès que la situation budgétaire le permettra.

En guise de compensation, RTBF Sat est supprimée, pour faire place à une "vraie" troisième chaîne "must carry" dédiée aux programmes pour la jeunesse et à des films en version originale et sans publicité aucune.
D’autres mesures concernent le passage de 2 170 à 2 060 membres du personnel (en Equivalents Temps Plein) par des non-remplacements et un plan de départ volontaire à 60 ans, l’étalement de certains investissements ou encore la suppression des émissions en ondes courtes.

Le Conseil d’administration de la radio télévision publique s’est réuni mardi pour prendre connaissance des décisions. Elles seront expliquées mercredi matin aux représentants syndicaux.
Les opérateurs du secteur culturel, de la Santé et de l’Egalité des chances connaîtront aussi un gel de leurs subsides, le rythme des investissements dans les infrastructures culturelles sera ralenti, les 14 millions initialement prévus étant réduits de 2,5 millions pour chaque exercice mais l’Education permanente ne subira pas la réduction de 4 millions tant redoutée.

(...)


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