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L’autoDErégulation publicitaire occupe le terrain en France également

lundi 21 septembre 2009

L’autorégulation publicitaire ne fonctionne pas en Belgique, comme la plate-forme VAP ! le soulignait dernièrement.
La situation est identique en France [1] : suite notamment au Grenelle de l’environnement, sommet caliméro qui ne débouche sur rien, le secteur publicitaire a ressorti ses vieilles techniques de manipulation pour faire croire qu’il est responsable.

L’ex BVP (Bureau de Vérification de la Publicité) a muté et est devenu l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité). C’est plus compliqué, mais c’est la même technique : le secteur capte l’attention et le mécontentement des consommateurs, il fait semblant qu’il les écoute, qu’il réfléchit et qu’il décide, qu’il pourrait même sanctionner, et finalement tout peut continuer comme avant et même empirer puisque les nouvelles techniques publicitaires ne cessent de se développer.
Cela s’appelle « l’autorégulation du secteur ».

Le 15 septembre, après un dur labeur témoignant de son engagement marqué en faveur de la planète (on peut bien rire), le secteur de la publicité commerciale a présenté à Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat, Ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer l’état d’avancement de son engagement pour la publicité éco-responsable…
Le secteur a décrété que tous ses engagements ont été tenus ! Peut-être n’y avait-il pas d’engagements véritables, bienvenu dans le monde merveilleux de la pub…

Beaucoup de bla-bla, des inconsistances grosses comme des maisons (à en croire l’Etat français, l’ADEME et le secteur publicitaire, faire de la pub pour un 4x4 hyperénergivore pourrait être éco-responsable si la pub n’est pas repeinte en verte…) et un constat accablant : l’Etat rampe devant l’industrie publicitaire.

Répétons-le, la publicité commerciale est un bon test en matière de politique environnementale, test qui peut se synthétiser comme suit :
- on ne sauvera pas la planète tant que seront imposés à tout le monde tout le temps des messages publicitaires manipulateurs incitants à la surconsommation,
- seules les autorités publiques peuvent limiter la propagande commerciale en imposant des normes strictes et en les faisant respecter,
- si les autorités publiques ne sont pas capables de limiter et restreindre la propagande publicitaire, elles ne seront pas capables de réellement agir sur les comportements car cela est plus dur politiquement, coûte plus cher économiquement et demande des alternatives plus délicates à mettre en œuvre.

Pour l’instant, en France comme en Belgique, comme presque partout dans le monde dit développé mais aussi de plus en plus dans le monde « en développement », les pouvoirs publics ne sont pas capables de limiter et de contraindre l’activité publicitaire, tout simplement car ils ne le veulent pas et n’en n’ont pas le courage.
Il est crucial que la mobilisation non seulement se poursuive mais s’intensifie, pour que l’échec des gouvernants actuels ne soit le nôtre à tous.

Nous reproduisons ci-dessous un communiqué de presse de l’ONG française « Agir pour l’environnement :

Agir pour l’Environnement - 15 septembre 2009

Publicité et environnement : Entre autocontrôle et autosatisfaction !

Paris, le 15 septembre 2009 : Alors que l’Etat, l’Ademe et les professionnels de la publicité s’apprêtent à tirer un premier bilan des engagements pris dans le cadre de la « charte pour une publicité éco-responsable », Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement regrette que « l’action de l’Etat se résume à tirer, une fois l’an, un bilan de son inaction en matière de contrôle de la publicité ».

La liberté laissée aux publicitaires de s’autocontrôler débouche régulièrement sur la diffusion de publicités faussement écologiques. La somme des exemples de greenwashing devrait amener l’Etat à mieux se faire respecter et mettre un terme aux discours lénifiants qui fleurent bon l’autosatisfaction.

Pour Yannick Vicaire, chargé Transports/Climat à Agir pour l’Environnement, « lorsque les professionnels de la publicité optent pour un autocontrôle inopérant, l’Etat sombre dans une autosatisfaction inacceptable. » Pour l’association, «  l’absence de sanctions alliées à un autocontrôle laxiste est une invite faite au petit monde de la pub à ne pas respecter des engagements, fussent-ils virtuels et peu contraignants. »

Le secteur des transports est particulièrement visé puisque un certain nombre de constructeurs automobiles cherchent à surfer sur la vague écologique en survalorisant une image verte peu conforme à la réalité. BMW, Audi, Mercedes, Peugeot… et même le groupe de BTP Vinci qui n’a pas hésité à considérer l’A19 comme une éco-autoroute… Pire, à l’heure où le ministre de l’Ecologie fait un premier bilan de sa « charte pour une publicité éco-responsable », le groupe APRR n’hésite pas à considérer, au travers d’un communiqué de presse, l’autoroute A39 comme une « autoroute verte » ! Rien de moins !!!

Constatant l’échec de cet autocontrôle, Agir pour l’Environnement appelle le ministère de l’Ecologie à sortir du règne institutionnalisé du juge et parti en matière publicitaire. Il est grand temps que l’Etat se fasse respecter en créant une haute autorité indépendante de la publicité encadrant strictement et avant toute diffusion, les publicités.

Photo : « Pigeon couronné occidental », mongabay.com

Notes

[1Rappelons que le lobby publicitaire est structuré internationalement et que ses stratégies de fond sont déployées dans plusieurs pays simultanément. « L’autorégulation » par exemple, est le « core-business » de l’EASA-Alliance, membre de la Chambre de Commerce Internationale, etc.


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