Accueil > Documents > Décroissance de la consommation > Nicolas Hulot déclare qu’il "n’aime plus trop" le développement (...)

Interviewé dans Libération

Nicolas Hulot déclare qu’il "n’aime plus trop" le développement durable

vendredi 11 septembre 2009

On lit dans une interview fort intéressante de Nicolas Hulot dans Libération du 7 septembre qu’il "n’aime plus trop" le développement durable.
Disons que c’est logique.

Scoop : le développement durable n’est pas durable !

Il n’y a pas de raison de faire un procès d’intention à Nicolas Hulot : son engagement en faveur de la planète doit être sincère. Justement, cette sincérité doublée de ses efforts de communication importants buttent radicalement sur une aporie grosse comme la Terre : a force de plaider pour le développement durable, on ne peut que faire durer le développement, précisément parce que le développement durable a été inventé pour faire durer le développement, et certainement pas pour développer la durabilité. Un doute ?
C’est simple : s’il s’agissait de développer la durabilité, on commencerait par développer des biens qui durent, non ? Des biens qui durent, c’est à dire des biens de qualité, conçus pour ne pas vous lâcher au bout d’un an, des biens que l’on peut réparer, bricoler, recycler, etc. Bref, plutôt que le GSM hyper-polluant qui fonctionne sur batterie au lithium, les entreprises qui se réclament du développement durable seraient restées au téléphone à fil, infiniment moins énergivore et polluant. Et il coûterait moins cher de réparer un téléphone à fil que d’en acheter un nouveau. Même chose pour un lecteur CD, qui devrait être réparable plutôt que jetable, etc. Dans ce cas on observerait une volonté de développer la durabilité.
De la même façon, si le développement durable voulait vraiment développer la durabilité, les gouvernements qui s’en réclament arrêteraient de subventionner les industries les plus polluantes, comme par exemple : le nucléaire, l’industrie du pétrole, les constructeurs auto, etc. C’est l’inverse qui se passe, et pourtant tout le monde se dit ardent défendeur du développement durable ! Fichtre et bigre, mais que se passe-t-il ?
Le développement durable fait durer "le développement", qui est celui de la marchandisation et de la croissance économique : l’obsolescence programmée et la surconsommation sont toujours au cœur de ce système économique qui se présente comme pouvant croître à l’infini, ce qui n’est absolument pas durable sur une planète aux ressources finies, comme le dit la formule.

Bref, Nicolas Hulot "n’aime plus trop" le développement durable "parce qu’il est utilisé à toutes les sauces, c’est devenu parfois une camomille mielleuse pour nous faire ingérer tous nos excès de civilisation".
C’est une bonne nouvelle, encore un effort et on y sera, serait-on tenter de dire.

Scoop : le libéralisme économique n’est pas compatible avec la transition écologique !

Autre évolution significative dans le discours de l’aventurier de TF1 : la mutation écologique nécessaire est incompatible avec le libéralisme.
Sisi : "C’est incompatible parce que le libéralisme, au sens où je l’entends, c’est l’absence de limites. Il en est des sociétés comme des enfants, sans limites pour s’appuyer, ils basculent. Ce qui pose problème dans nos sociétés, ce sont tous nos excès.".
Comme quoi tout arrive.

Il reste un hic ou deux.

- Le premier :

A la question : "Vous devenez gauchiste ?" ?, Il répond : "Au risque de vous choquer, je ne sais pas où je me situe. Je ne sais pas s’il y a un protocole de gauche ou de droite. Les contraintes sont telles que le réalisme prime sur l’idéologie. Il me semble que dans le contexte de gravité et de complexité actuelle, ce clivage là n’est plus opérant. J’ai beaucoup lu ou rencontré des gens comme Joseph Stiglitz, Nicholas Stern ou bien d’autres des gens qui ont été dans le système et qui voient bien que ce n’est pas tenable. Tant mieux si l’on y vient par la réalité des choses.".

Autant l’on ne s’étonnera pas que la pseudo-opposition gauche-droite ne convienne pas au globe-trotter, elle ne correspond d’ailleurs plus à grand chose tant le consensus productiviste est partagé tous azimuts sur l’échiquier de la (mal)représentation politique. Soulignons en outre que la formulation de la question ("gauchiste") donne difficilement envie de répondre autrement que par la négative, mais soit, c’est du libé (Groupe Rothschild).

Autant si l’on affirme que le libéralisme n’est pas compatible avec la transition écologique, le curseur est placé : il faut disqualifier tous les partis qui ne rompent pas en discours et en pratique avec le dogme du libéralisme économique. Pour la France, sont par exemple hors-jeu : le PS, le MODEM, l’UMP, et Europe Ecologie [qui n’est pas opposé au traité de Lisbonne, pivot du libéralisme économique européen]. Que Nicolas Hulot ne le dit-il avec force ? Ses centaines de milliers de sympathisants pourraient se faire une idée plus précise quand viennent les jours de scrutin.
Il y a en tout cas là matière à savoir plus précisément où l’on se situe...

- Deuxième hic :

Nicolas Hulot n’aime plus trop le développement durable ni le libéralisme, mais sa fondation est subventionnée notamment par EDF (les déchets nucléaires pour les enfants de vos enfants de vos enfants...), L’Oréal (une couche de crème sur la misère du monde, parce que vous l’avalez bien) et TF1 (professionnel de la vente de temps de cerveau humain disponible à Coca-Cola). Fichtre alors, on cherche en vain un début de cohérence et de clarté dans le message envoyé à toute puissance à des millions de français et autres francophones.
Éclaircissements de M. Hulot :

"Ca fait des années que j’assume que pour agir il faut des moyens. Plutôt que d’aller les chercher seulement auprès des citoyens ou des particuliers, je souhaite aussi me tourner vers les entreprises, pour nouer un dialogue. Ne diabolisons pas les entreprises, ce qu’il faut, c’est changer de modèle économique, inventer un moyen de poursuivre l’activité sans détruire les ressources. Pour faire du lobby et des campagnes il faut des moyens. A la condition expresse que mon indépendance de parole ne soit jamais prise en défaut. On est dans une forme de guerre. Et il faut utiliser les moyens du bord, sinon le système sera plus fort que nous. Le système je le travaille aussi de l’intérieur. je me refuse à me tenir à l’écart dans une attitude de puriste."

Mais Nicolas Hulot a besoin de moyens fournis par les entreprises les plus irresponsables...

On comprend bien que Nicolas Hulot veuille nouer le dialogue, c’est une bonne chose. Mais il y a un pas entre nouer le dialogue et nouer les fils de la bourse, un pas à d’ailleurs ne pas franchir si l’on veut maintenir le dialogue ouvert, pensons-nous.
Certes, ne pas diaboliser les entreprises est utile, d’ailleurs il ne sert à rien de diaboliser les entreprises, d’ailleurs des entreprises il y en a de toutes sortes, tiens, prenez le boulanger bio du coin et TF1 par exemple : ça n’a rien à voir. Donc, ne pas diaboliser les entreprises, OK. Mais pourquoi ne pas dire que certaines entreprises sont nocives, et qu’elles doivent tout simplement cesser leur activité intenable ? Cela n’implique aucunement de diaboliser toutes les entreprises.
Prenez TF1 au hasard par exemple (le hasard fait bien les choses). Franchement, le monde s’en porterait-il plus mal ? Mais il faut "poursuivre l’activité sans détruire les ressources" dit encore M. Hulot. Comment cela pourrait-il être possible avec l’EDF qui finance la fondation N. H. ? EDF a besoin d’Areva pour se fournir en matériaux nucléaires, et Areva pille l’Afrique pour voler son uranium, qui in fine est une ressource détruite qui génère des déchets ingérables (cadeau pour les milliers de générations à venir). Même chose pour TF1 qui ne cesse de vendre des 4x4, des tours du monde en avion et des sodas dans ses millions d’heures de pub.
Bref, ces sponsors détruisent les ressources. On ne voit donc pas en quoi leurs activités devraient durer, puisqu’elles ne sont pas durables. Par conséquent, on ne voit pas non plus pourquoi, sans les diaboliser (ces entreprises sont humaines, trop humaines), il ne devrait pas être dit que ces entreprises doivent cesser leur activité, condition pour que de meilleures activités voient le jour.

Le hiatus est patent, et Nicolas Hulot qui en appelle à l’économie de guerre devrait savoir que ce n’est pas en utilisant les moyens que les champions du désastre se réjouissent de lui fournir qu’il changera le système de l’intérieur...

Quant à dire que ne pas pactiser avec ce type d’entreprise nuisible est une attitude de "puriste", cela est parfaitement inconséquent. Le double amalgame est en outre grossier et politiquement très faible, pour ne pas dire plus.
"Ne pas collaborer avec une entreprise irresponsable = Ne pas collaborer avec une entreprise = diaboliser toutes les entreprises = attitude de puriste".
Refichtre, et rebigre !
Proposons une autre de ces équations magiques, dépolitisées et déraisonnées, pour indiquer à quel point elles sont trompeuses et nocives pour la pensée :
"Ne pas collaborer avec un gouvernement dictatorial antidémocratique = Ne pas collaborer avec un gouvernement = diaboliser tous les gouvernements = attitude d’anarchiste irresponsable".
Arrêtons-nous un instant pour nous demander où ce genre de procédé peut-il bien conduire l’intelligence, et par conséquent l’action des Hommes ?

Après cette petite pause réflexive, revenons à nos moutons qui ne sont au demeurant pas loin du tout. Interrogeons-nous de façon simplement imaginaire sur la façon dont M. Hulot pourrait s’extraire de cette contradiction qui pervertit le cœur de son message, et fait le jeu du développement durable qui n’est pas durable et qui est mielleux ? Une proposition vient à l’esprit, toute simple : M. Hulot devrait arrêter de rouler en 4x4 lorsqu’il se rend dans sa villa Corse, annoncer publiquement qu’il refuse désormais de polluer en prenant l’avion (et l’hélicoptère), déclarer ouvertement qu’il faut moins consommer et par conséquent stopper la propagande pour la surconsommation (la pub), inviter poliment ses concitoyens à faire de même, affirmer sans relâche que le développement durable est une arnaque à la camomille mielleuse et insister sur le fait que le libéralisme n’est pas compatible avec la transition écologique.
Même sans adopter l’attitude de puriste qui consiste à diaboliser "les entreprises", sans remettre en cause donc le lien de sujétion qui le lie à ses sponsors, il y a fort à parier que certains ajustements seraient effectués.
Devinez lesquels ?


Suivre la vie du site Articles | Suivre la vie du site breves | Contacts | Confidentialité