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France : un mouvement de désobéissance civique à l’école

lundi 28 septembre 2009

L’éducation nationale française est un lieu habituel de conflagration sociale outre-quiévrain. Rien de surprenant si l’on en juge par l’importance capitale que constitue l’éducation dans la vie de chacun et dans la construction de la société.

L’ex-Ministre de l’éducation nationale X. Darcos a initié une réforme qui est très mal passée, et pour cause. Une ample mobilisation en réaction à cette réforme a vu le jour, composite, multiple et variée.
Cependant que les syndicats lâchaient du lest sur certaines questions cruciales dont celle de la suppression massive de postes, certains professeurs ont initiés une autre forme de mobilisation, directe et non-violente, qui se réclame ouvertement de la désobéissance civique.

L’une des mesures qui a cristallisée cette résistance est celle dite « de l’aide personnalisée », qui selon les professeurs entrés en désobéissance, sous couvert d’encadrer de plus près les élèves « en difficulté », stigmatise ces derniers, permet à l’État de justifier la disparition de milliers de postes d’enseignants, revient à renoncer à repenser les programmes pédagogiques des professeurs et constitue un nouveau boulet pour l’école publique qui aurait plutôt besoin d’oxygène.

L’un des points de départ de ce mouvement fut sans conteste la décision suivie de sanction d’un professeur toulousain. Refusant l’application d’une mesure ministérielle tout en accomplissant en conscience sa mission d’enseignant, un professeur, M. Refalo, s’est vu convoquer par la commission disciplinaire pour « service non fait ». M. Refalo a décidé de désobéir [1], malgré les sanctions et de lancer un appel, dont voici la fin :

(…)

J’appelle, avec tous les enseignants du primaire en résistance, à une insurrection des consciences de la société civile pour sauver l’école de la République aujourd’hui menacée.

J’appelle les enseignants à se ressaisir en refusant cette attitude de soumission permanente et aveugle qu’une hiérarchie abusant de son autorité veut nous imposer au mépris de toute confiance et de tout respect envers les professeurs des écoles confrontés à des difficultés inégalées au quotidien.

J’appelle les syndicats d’enseignants à jouer pleinement leur rôle en organisant dès la rentrée un mouvement de résistance puissant à ces réformes scélérates qui aggravent une situation d’enseignement délicate et tout particulièrement à ces dispositifs pédagogiques qui trahissent l’esprit de notre mission qui est la réussite de tous les élèves.

J’appelle les parents d’élèves, les citoyens et les élus à se mobiliser pour défendre le service public d’éducation que le pouvoir veut démanteler alors que nous avons plus que jamais besoin d’un système éducatif cohérent, outillé pour affronter les défis de l’échec scolaire et de la violence juvénile.

Un mouvement de désobéissance civique a vu le jour : considérant qu’appliquer les "mesures Darcos" est contraire à l’intérêt des enfants, de l’éducation nationale et à leur mission de professeur, des enseignants désobéissent. Ils poursuivent leurs missions d’enseignement mais entrent en « désobéissance pédagogique ». Ils se sont nommés les "désobéisseurs", et ne cèdent pas à la pression qui est pourtant forte : retenues de salaires, avertissements, menaces de blâmes et révocations (Voir la sanction infligée à A.Refalo).

Ci-dessous le témoignage de M. Refalo, parmi ceux d’autres « désobéisseurs », recueillis par Libération :

Alain Refalo, 45 ans, instituteur à Colomiers (Haute-Garonne), salaire 1800 euros mensuels.

« Je suis un objecteur de conscience pédagogique. Mon passage à la désobéissance est dû aux réformes de Xavier Darcos. Elles favorisent la compétition au détriment de la coopération. A cela s’est ajouté le mépris et l’absence d’écoute du ministre. "Le professeur n’est pas un simple exécutant" : c’est écrit dans les programmes. C’est pour ça que je suis enseignant.

Je suis rentré en résistance à la rentrée 2008 en remplaçant les 2 heures d’aide personnalisée par un atelier de théâtre collectif, tout en mettant en place des dispositifs de soutien sur le temps obligatoire. Je l’ai fait savoir à mon inspecteur. Etre "désobéisseur", c’est afficher et assumer sa résistance. C’est une démarche loyale et responsable.

Les rencontres de Montpellier permettront de structurer un réseau essentiellement présent sur le net. Ce mouvement ne s’est pas relâché à cause des sanctions. Les enseignants qui signeront sur Internet la Charte que nous allons rédiger pourront afficher leurs positions avec moins de risques. »

(…)

Lire l’entièreté de l’article "Etre "désobéisseur", c’est une démarche loyale", Libération.fr, 26 août 2009.

Les désobéisseurs se sont dotés d’une Charte de la résistance pédagogique et organisés en un « réseau des enseignants
du primaire en résistance »
.

La désobéissance civique a de beaux jours devant elle.


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