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Carte blanche de Respire asbl

RTBF : contrat public ou publicitaire ?

Paru (sans les notes de bas de page) dans Le Soir du mardi 21 février 2006, p. 16

mardi 21 février 2006

Dans son édition du week-end des 11 et 12 février, Le Soir revient sur la place de la publicité commerciale à la RTBF.
Nous nous réjouissons que Le Soir ouvre enfin le débat et évoque quelques-uns des arguments avancés par les associations qui résistent à l’envahissement publicitaire. Ce premier pas est salutaire et doit être l’occasion de nouer un véritable dialogue entre la société civile et les responsables politiques, de sorte que les désirs des usagers soient entendus et que la RTBF dispose d’un contrat de gestion adapté, détaillant ses missions et obligations dans un cadre lui assurant une viabilité à long terme.

M. Philippot, administrateur général de la RTBF, les responsables de la RMB et les acteurs du monde publicitaire, souhaitent supprimer le plafond publicitaire, interdire la règle des 5 minutes (interdiction de diffuser de la publicité 5 minutes avant et après les programmes pour enfants), autoriser davantage d’interruptions commerciales, assouplir les règles du parrainage (pour l’instant l’entreprise qui parraine ne peut montrer son produit) et permettre de nouvelles formes de publicité plus insidieuses comme le placement de produit.
Au nom de qui ? Au nom de quoi ? Les publicitaires sont-ils élus ? Quels intérêts défendent-ils lorsqu’ils martèlent avec tant d’insistance que la publicité commerciale est utile au service public ?

Une étude réalisée en 2004 par la société Yankelovich nous enseigne notamment qu’aux Etats-Unis, 65% des consommateurs se sentent bombardés par un excès de publicité et pensent qu’il devrait y avoir davantage de limites et de lois encadrant ce secteur [1]. Selon le bureau de sondage Significant GfK, en 2003, 75% des Belges estimaient qu’il y a trop de publicité à la télévision [2]. Dans La RTBF est aussi la notre (Editions Aden, 2006), Bernard Hennebert montre, chiffres à l’appui, que les interruptions publicitaires intempestives font fuir les téléspectateurs. Il cite l’exemple de L’Hebdo, qui a perdu 100.000 spectateurs suite à l’ajout d’un tunnel de pub avant l’émission... L’excès de publicité commerciale sur la chaîne explique donc pour une bonne part la désertion du public. Ce ras-le-bol de la publicité doit dès lors être considéré comme un élément fondamental dans la renégociation du contrat de gestion de la RTBF.

Ces interruptions publicitaires sont d’autant plus agressives que leur contenu est nocif et témoigne d’un mépris de l’intelligence des citoyens. De par son influence sur le contenu éditorial de la RTBF et le choix des émissions programmées, de plus en plus dictés par l’intérêt des annonceurs, la publicité commerciale est par nature incompatible avec les missions de service public. La publicité commerciale présente les produits qu’elle vend sous des jours idéalisés sans jamais parler des effets que leur consommation implique. Elle impose à tous des modèles largement inaccessibles (il faudrait être jeune, blanc, beau, riche, en bonne santé, et tant pis pour les autres). Les valeurs qu’elle prône sont celles de l’égoïsme, du chacun pour soi, elle renforce les stéréotypes et dresse les gens les uns contre les autres.

Les publicitaires utilisent des techniques toujours plus sophistiquées et coûteuses pour manipuler le consommateur dans le but de lui faire acheter le plus possible, le plus souvent possible. Le 9 janvier 2006, Le Soir titrait : « Le Belge consomme trois terres ». Ces trois terres - rappelons que nous n’en avons qu’une - sont consommées par la somme de toutes nos consommations quotidiennes, dont une grande part est motivée par la pression sans relâche qu’exerce la publicité commerciale. Pour sortir de cette impasse écologique et sociale, il est donc vital de diminuer notre niveau de consommation. Dans ces conditions, est-il raisonnable que le service public, dont l’esprit doit être à la protection du bien commun, se fasse porteur de discours incitant à la surconsommation ?

L’enjeu est important : c’est rien moins que l’avenir de la RTBF qui est discuté. Si l’on ne prend pas garde aux décisions qui seront prises cette année, le contrat de gestion en cours de négociation pourrait bien être le dernier et la RTBF connaître un sort identique à celui de la SABENA. Si la RTBF venait à être financée pour moitié par la Communauté française et pour moitié par la publicité commerciale, y aurait-il encore beaucoup de voix pour prendre la défense d’un service qui n’aurait de public plus que le nom ?

Le nouveau contrat de gestion de la RTBF est en négociation au Parlement de la Communauté française. La ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan a déclaré qu’elle serait à l’écoute des citoyens jusqu’à Pâques. Si nous ne voulons pas que la RTBF, comme d’autres chaînes privées, ait pour mission de « vendre du temps de cerveau disponible » aux grandes marques, agissons, maintenant !

Des pistes pour agir sur : www.consoloisirs.be, la pétition de RAP pour le maintien de la règle des cinq minutes : http://5minutes.agora.eu.org la pétition de Respire pour libérer la RTBF de la publicité commerciale : www.respire-asbl.be

Les membres de l’asbl RESPIRE

Notes

[2Bernard Hennebert, La RTBF est aussi la nôtre, Aden, 2006, p. 55


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