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Carte blanche - Le Soir, 2 juillet 2009

L’autorégulation publicitaire ne fonctionne pas

www.vigilanceactionpub.org

jeudi 2 juillet 2009

La plate-forme VAP ! (Vigilance – Action – Pub), publie ce jour une carte blanche dans Le Soir :

Le 14 avril dernier, la Commission européenne a mis en demeure les autorités belges de revoir la législation sur les publicités automobiles. Cette décision fait suite à la plainte déposée l’an dernier par le collectif « Affichez le CO2 ! » [1], sur base du constat du non respect de l’Arrêté royal du 5 décembre 2001 (transposant la directive européenne 1999/94) par 99 % des publicités automobiles. Cette loi prévoit que «  les informations [consommations et carburants et émissions de CO2] doivent être facilement lisibles et au moins aussi visibles que la partie principale des informations » : son non respect quasi systématique nuit grandement à la bonne information des citoyens.

Cette mise en demeure pourrait sembler d’autant plus surprenante que suite à l’avalanche de plaintes générées par l’action « Affichez le CO2 ! », les lobbies publicitaires et automobiles avaient mis à jour en septembre 2008 un code dit d’autorégulation, prétendument destiné à faciliter la compréhension de la loi et en améliorer le respect.
Las, ce code vient donc d’être jugé... illégal par la Commission Européenne !

Le Jury d’Ethique Publicitaire (JEP), organe du lobby publicitaire chargé de l’application de l’autorégulation du secteur, avait pourtant constamment défendu ce code. Erreur d’appréciation ? Non ! Il faut, selon nous, considérer que le JEP a dans cette affaire parfaitement joué son rôle : sa mission n’est en effet pas de protéger le consommateur du matraquage publicitaire et de la manipulation marketing, ou encore d’améliorer l’application de la loi, mais bien de ralentir autant que possible l’adoption de dispositions légales contraignantes qui seules pourraient être à même de protéger le citoyen du harcèlement et de la manipulation publicitaire.

Comme ce code illégal l’indique clairement, le principe même d’ « autorégulation », qui a déjà dramatiquement prouvé son inefficacité dans le secteur bancaire (pensons au fameux « code Lippens » qui restera un modèle historique de malhonnêteté intellectuelle et d’artifice antidémocratique), est en fait une entreprise d’auto-dé-régulation.

Le JEP souffre d’un déficit démocratique tellement patent qu’il est décrié de toutes parts. Il faut dire qu’en matière d’éthique, de transparence et de responsabilité démocratique, thèmes particulièrement en vogue en ce moment, le Jury fait particulièrement fort. Ainsi peut-on lire sur son site Internet : « (...) Bien qu’il soit créé par le Conseil de la Publicité et que le financement de son secrétariat soit assuré par le secteur de la publicité dans l’esprit d’autodisicpline qui préside à sa mission, le Jury prend ses décisions en toute indépendance. Les membres du Jury siègent à titre personnel et décident « en âme et conscience » (...) » [2]. Ajoutez que le JEP «  a été créé en 1974 par le Conseil de la Publicité, (...) dont l’objectif est de promouvoir la publicité, facteur d’expansion économique et sociale. » [3], et vous aurez perçu l’étendue de la supercherie. Ceci n’est pourtant pas une farce.

Cet organe qui foule au pied le principe démocratique fondamental de la séparation des pouvoirs s’est offert une campagne de pub destinée à lui redonner un semblant de consistance. Le lobby s’est ainsi adjoint les services d’universitaires, de citoyens et de représentants de consommateurs qui ont rejoint son « jury ». L’association Test-Achats a accepté de jouer ce jeu, pensant sans doute pouvoir ajouter un supplément d’âme à un secteur qui en aurait bien besoin. Alors que le CRIOC refusait, estimant que les dés étaient pipés, Test-Achats jouait la prudence et déclarait au début de l’année 2008 : « Si les évaluations, que nous mènerons à échéances rapprochées, s’avèrent positives, nous poursuivrons cette collaboration. » [4]

La mise en demeure de la Belgique par la Commission européenne constitue une mise en cause radicale de l’autorégulation publicitaire, qui de toute évidence ne fonctionne pas plus dans ce secteur que dans le domaine bancaire. Alors que Test-Achats participait à ses travaux, le JEP a activement participé à la rédaction d’un « code de déontologie » publicitaire qui était illégal, et n’a cessé de le soutenir publiquement. Quelle sera la position de Test-Achats après cette mise en demeure ? L’association continuera-t-elle à cautionner ce « Jury », piloté par l’industrie publicitaire et dont les travaux débouchent sur des pratiques illégales, affronts au droit et à l’esprit démocratique ?

La participation de l’asbl de consommateurs à l’entreprise d’auto-dé-régulation publicitaire fournit un alibi à un lobby qui redoute l’application de la loi. Espérons que Test-Achats sache remettre les pendules à l’heure et reprenne son rôle associatif vigilant et incisif, en cessant de confondre protection du consommateur et protection de la consommation, comme le lobby publicitaire l’y engage.

La Plate-forme VAP ! www.vigilanceactionpub.org

Lire la carte blanche sur le site de Le Soir.

Lire la carte blanche sur le site de VAP !.

Notes

[4La Libre, 7 décembre 2008


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