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Pub clandestine à la RTBF ? VAP ! a déposé plainte, affaire à suivre…

mardi 21 juillet 2009

Le 17 décembre 2008, 7 membres et sympathisants de VAP ! (plate-forme Vigilance-Action-Pub ! ) ont déposé plainte au CSA contre la RTBF soupçonnée d’avoir diffusée de la publicité clandestine sous la forme d’un « placement de produit » apparemment illégal :

« 7 sympathisants ou membres de la plate-forme VAP ! ont déposé plainte collectivement auprès du CSA (conseil supérieur de l’audiovisuel) pour diffusion de publicité clandestine par la RTBF dans un épisode de son feuilleton « Melting Pot Café » présenté sur La Une, le 25 novembre 2008 vers 20H20 (vers la 20e minute). Il s’agit d’une séquence où l’on voit ostensiblement l’une des héroïnes présenter à la caméra une (fausse) couverture (créée pour le besoin de la fiction) de l’hebdomadaire « Le Soir Mag » dont le titre (réel) est bien reconnaissable. »

Voir la plainte au CSA sur le site de la VAP !

Le CSA a jugé cette plainte recevable et est en train d’instruire l’affaire. Le 28 mai dernier, la RTBF était appelée à présenter sa défense lors d’une audition publique organisée par le CSA. Deux compte-rendu de cette audition ont été réalisées par deux des plaignants, le premier par Bernard Hennebert, le second par Mathieu Debacker. Vous en trouverez des extraits ci-dessous, ainsi que les liens vers les textes originaux.

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Publicité clandestine dans « Melting Pot Café » : Compte-rendu de l’audition publique du 28 mai 2009, Bernard Hennebert, 8 juin 2009. Extraits :

Au cours de son audition publique du 28 mai 2009, le Collège d’Autorisation et de Contrôle (CAC) du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a entendu la RTBF à propos de la plainte adressée le 17 décembre 2008 par sept sympathisants de VAP et concernant une publicité clandestine diffusée au cours d’un épisode du feuilleton « Melting Pot Café » diffusé le 25 novembre 2008.

La RTBF y était représentée par Simon-Pierre De Coster, directeur du service juridique, par Paul Delruette, membre du service juridique, et par Arlette Zylberberg, directrice du secteur des fictions ertébéennes.

(…)

la séance sera houleuse (haussement de la voix à plusieurs reprises, essentiellement de Mr De Coster) et longue (plus d’une heure), émaillée d’incidents ( la RTBF demandera même et se verra accorder une suspension de séance).

De plus, le directeur du service juridique de la RTBF tiendra à indiquer qu’il est chargé par Jean-Paul Philippot, l’administrateur général de la RTBF, d’indiquer au membres du CAC que celui-ci considère que la thématique abordée ce jour-là était très importante…Il indiquera aussi, le ton menaçant, que la décision du CAC ne sera pas sans incidence sur le plan économique et engagera l’avenir . Mr De Coster : «  … Vous allez remettre en question tout le placement de produits qui finance le secteur des fictions ».

Tout citoyen doit s’interroger sur le fait de savoir si un service public doit respecter l’esprit ou/et la lettre de la loi. La RTBF s’affirme clairement sur ce terrain puisque Mr De Coster indiquera : «  Le cœur de ma réflexion est que tout ce qui n’est pas interdit (par la loi) est permis ».

L’essentiel de la première partie de l’audition fut un plaidoyer de la RTBF qui tenta d’assimiler la publicité clandestine à du placement de produit. Or, l’on sait que le placement de produit vient d’être légalisé à certaines conditions par le Gouvernement.

Il est donc bien utile de souligner que la diffusion de l’épisode de Melting Pot Café est antérieure à cette décision.

La publicité clandestine incriminée est une (fausse) couverture du « Soir Mag » imprimée avec le vrai logo bien voyant de cet hebdomadaire (du groupe Rossel).

Question de Marc Janssen, qui menait le débat en tant que Président du CSA : «  Il est difficile de ne pas voir madame Astrid lire Le Soir Mag… ».

Arlette Zylberberg, directrice du secteur des fictions, lui répond : « L’héroïne doit lire un écrit qui lui explique comment être enceinte rapidement. Pour l’ancrage réaliste voulu pour ce type de feuilleton, il faut utiliser un magazine avec un titre réel, sinon ce n’est pas crédible. Il convient de créer l’identification pour le spectateur. Comme il faut faire fabriquer une couverture avec un sommaire incluant cette thématique liée à la naissance et que notre partenaire était d’accord de nous le faire gracieusement, on a opté pour lui ».

(…)

Si la réalisation de cette couverture est gracieuse, il ne s’agit pas d’un acte gratuit ! Interrogé sur le rôle de Rossel qui participe à la production de Melting Pot Café par Marc Janssens, Simon-Pierre De Coster expliquera que son partenaire Rossel pourrait ainsi s’exprimer « … J’ai apporté autant, et donc je voudrais une visibilité de mes produits ». Pour le directeur du service juridique de la RTBF : «  Cela se négocie ».

Et d’ajouter : « La … (marque de bière) et la … (autre marques de bière) sont omniprésentes dans cette série. Bien plus que « Le Soir Mag » ! Pourquoi une plainte que sur ce dernier, et maintenant ? Déjà, dans notre série précédente, « Septième Ciel », il y avait une couverture de Télépro » dans chaque épisode… ».

Il est donc clair que la pratique de publicités clandestines, qui est illégale en Communauté française, est omniprésente dans les (co)productions de la RTBF depuis longtemps… et les citoyens doivent s’interroger pourquoi, d’initiative, le CSA ne s’est pas emparé plus tôt de ce sujet et ne l’a fait que lorsqu’il a bien été obligé de traiter la plainte déposée par les sympathisants de VAP.

Nouvelle sous question de Marc Janssen : « Rossel achète ça (la coproduction) comme une pub ? ».

Réponse de Simon-Pierre De Coster : « … Mais tous le font  ».

(…)

Lire l’entièreté de l’article sur le site de la VAP ! : Publicité clandestine dans « Melting Pot Café » : Compte-rendu de l’audition publique du 28 mai 2009, Bernard Hennebert, 8 juin 2009.

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“Publicité à la télé : une évolution insidieuse”, Mathieu Debacker, 4 juin 2009. Extraits :

(…)

Une audition qui a commencé fort, puisque, d’entrée de jeu, monsieur Decoster a incité les auditeurs du CSA à être prudents dans la décision qu’ils allaient prendre, car ils risquaient de “remettre en cause toute la pratique de financement des fictions en Communauté française par le placement de produits. L’administrateur général me charge donc de vous faire prendre conscience de cet enjeu.” Faut-il que les arguments des plaignants soient à ce point fondés pour que la RTBF use du chantage à l’emploi à l’égard du CSA !

Il faut reconnaître qu’en effet les éléments à charge étaient lourds… La ligne de défense de la RTBF reposera essentiellement sur l’argument “Ce n’est pas parce qu’il y a placement de produit qu’il y a publicité clandestine.” Le mot important ici étant “clandestine”, puisque le directeur juridique de la télé publique n’aura pas d’autre choix, face aux questions des auditeurs du CSA, que de reconnaître que “Oui, Rossel a bien acheté une publicité, comme le font tous les partenaires financiers de telles coproductions.” Monsieur Decoster ira même jusqu’à s’étonner que plainte ait été introduite auprès du CAS alors que, ajoute-t-il, la pratique a déjà été couramment utilisée par le passé, comme dans “7e Ciel Belgique”, où, “dans chaque épisode, apparaissait une couverture du magazine Télépro.” Si l’on suit le raisonnement jusqu’au bout, il faut donc conclure que la RTBF estime qu’une fois qu’elle a commis une infraction mais n’a pas été poursuivie pour celle-ci, il n’y a plus lieu de le faire pour des infractions ultérieures !

Pour la RTBF donc, la publicité (puisqu’il s’agit bien de cela) ne doit pas être considérée comme clandestine car le nom du partenaire figure au générique, ce qui, selon elle, suffit à faire comprendre au téléspectateur qu’il a été exposé à des messages publicitaires. En ce qui me concerne, je trouve l’argument fort léger… et cela démontre qu’il faut absolument légiférer en la matière. Dans l’audiovisuel comme dans bien d’autres domaines, l’autorégulation est un leurre.

Il y aurait encore bien des choses à raconter sur cette audition, comme le fait que la RTBF considère être exonérée de toute responsabilité éditoriale dans de telles coproductions, alors même qu’elle les finance à 95%… mais je m’en voudrais de faire décrocher mon lecteur avant la fin de ce billet. Je me contenterai donc de pointer un dernier élément essentiel à mes yeux : l’intervention de Simon-Pierre Decoster établissant une distinction claire entre les programmes de fiction et les autres, sous-entendant par là que le placement de produit ne peut “naturellement” pas être utilisé en dehors du champ de la fiction.

On m’accusera sans doute de pessimisme voire de médisance, mais mon petit doigt me dit qu’il ne faudra pas longtemps avant que les producteurs et diffuseurs, privés ou publics, changent d’avis sur cette question, et que l’on considère le placement de produit comme tout à fait acceptable dans les talk-shows, les émissions pour enfants ou les magazines d’information… tout comme ce l’est à présent devenu dans les programmes de fiction, alors que c’eût été impensable il y a 25 ans encore, à l’époque où toute forme de publicité était absente des programmes ertébéens. Vous avez dit “estompement de la norme” ?

Lire l’entièreté de l’article sur le blog de Mathieu Debacker.


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