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Vil "villo" à deux euros : JC Decaux, une crédibilité berlusconienne

lundi 27 juillet 2009

La RTBF soulignait il y a peu que les publicyclettes installées en masse à Bruxelles par JC Decaux avec l’appui des pouvoirs publics sont fabriquées par des ouvriers sous-payés. L’enquête de Challenges.fr de laquelle le service public s’inspirait indique en outre qu’aux salaires indignes de ces ouvrier s’ajoutent des conditions de travail précaires combinant contrats de travails courts ("L’usine emploie 400 salariés - la moyenne d’âge est inférieure à 30 ans - de janvier à juin. Mais 130 seulement ont des contrats à durée indéterminée. Les autres ne restent que six mois, avant de revenir, pour 70% d’entre eux, l’année suivante.) et mise sous pression permanente ("A l’extrémité de chacune des huit chaînes de montage, des écrans affichent le nombre de bicyclettes fabriquées par chaque équipe. Une façon de maintenir la pression."). Bienvenue dans le monde merveilleux de la pub.

Une crédibilité berlusconienne

Le Soir a semble-t-il interrogé JS Decaux (le fils en charge de JC Decaux en Belgique et au Luxembourg) à ce propos. Réponse :

(...)

Pour Jean-Sébastien Decaux, administrateur-délégué de JCDecaux Belgique, ces « tarifs horaires sont certes bas » mais le « débat » serait « ailleurs » : « C’est le résultat d’un système de concurrence qui nous dépasse et qui nous oblige à être compétitif pour espérer emporter un marché ».

Ce ne serait du reste pas JCDecaux qui décide des tarifs mais, précise Jean-Sébastien Decaux, une société française qui sous-traite la fabrication des vélos. (...)

Villo zigzague entre les critiques, Le Soir, 19 juin 2009.

Bienvenu dans le monde merveilleux de la pub, comme dit la pub, où les héros parviennent à se penser responsable en rien de la calamité qu’ils répandent activement.

JC Decaux victime « d’un système de concurrence ». N’est-ce pas étonnant ?
L’afficheur pollueur de classe mondial n’impose-t-il pas à tous des messages publicitaires qui précisément mettent les produits des plus grosses entreprises en concurrence, et par conséquent les travailleurs qui produisent ces produits ? Le cœur même du métier de JC Decaux est la concurrence, qu’il ne cesse d’aggraver. Se déclarer « victime » de cette logique est un renversement des causes aussi stupéfiant de malhonnêteté intellectuelle qu’habituel dans l’industrie publicitaire. JS Decaux précise d’ailleurs qu’il est victime de ce système de concurrence « qui le dépasse et qui l’oblige à être compétitif pour espérer emporter un marché ». Suggérons à JS Decaux d’arrêter d’espérer emporter des marchés, puisqu’ils emportent également les employés dans une misère créée de toutes pièces par les entreprises du genre de celle que son papa s’apprête à lui léguer : il est temps pour JC Decaux de se tourner vers l’avenir, et l’avenir est à la raréfaction durable de la pub !

Revenons un instant sur les pratiques de dumping social de JC Decaux (desquelles JS Decaux est victime...). Ces façons de faire très peu compatibles avec les discours du Parti Socialiste et du SPa qui ont pourtant promu les vils villos, ne correspondent pas non plus au discours "éthique" de la multinationale de l’affichage. Celle-ci se présente en effet comme une « Entreprise citoyenne », qui donne « priorité à l’intégrité » (cf les titres de cette page du site web de l’antenne belge la multinationale).

JC Decaux dispose d’ailleurs d’ : « Un code de bonne conduite abordant les relations avec les fournisseurs et les clients ainsi que les relations des collaborateurs au sein du Groupe. »
Pour les vils villos, de deux choses l’une : ou bien ce code « de bonne conduite » n’a pas été respecté, ou bien JC Decaux considère que le dumping social est une bonne conduite à tenir avec ses fournisseurs.
Reste ensuite une question : quelle est la pire des deux options ?
Et une certitude : l’autorégulation publicitaire, qu’elle concerne la pub ou le fonctionnement interne de l’industrie publicitaire a un niveau de crédibilité berlusconien.

Certaines stations vil villo dangereuses : mais que fait la police ?

Le Soir s’interrogeait également (Le Soir ne prend pas position quand il s’agit de JC Decaux, allez savoir pourquoi…) sur la dangerosité de certaines stations de vils villo. C’est qu’outre le fait que certaines stations devancées d’un panneau de pub déroulant installé en zone interdite de pub, ce panneau de pub cache parfois les usagers de vils villos de la vue des automobilistes !
Un retour sur investissement publicitaire vaut bien un accident de la route. Bienvenue dans le monde merveilleux de la pub.

(...)

Autre grief qui agite certains milieux à Bruxelles : celui concernant le choix des emplacements des stations vélos, qui se ferait parfois au détriment de la sécurité. C’est notamment le cas avenue Louise (photo), où il n’existe pas de passage clouté pour effectuer la traverser vers la station.

Qui plus est, le panneau publicitaire est situé au début de la rangée de vélos, comme dans d’autres points de location, et constituerait donc un danger pour les utilisateurs, masqués au moment de leur confrontation au trafic routier. Du côté de la Ville de Bruxelles, on s’étonne, précisant que les recommandations des fonctionnaires, ayant notamment trait à la sécurité, sont généralement suivies.

Jean-Sébastien Decaux dit, pour sa part, être prêt à modifier l’installation s’il s’avère qu’elle présente un danger pour les utilisateurs. Concernant l’emplacement des panneaux publicitaires à l’avant des stations et « négociés avec les autorités publiques », il ne semble, par contre, pas prêt à revenir… en arrière.

Villo zigzague entre les critiques, Le Soir, 19 juin 2009.

Va-t-il falloir attendre un blessé ou un mort par pub « villo » pour que les autorités réagissent ? Par quel moyen extraordinaire, répétons-le, par quel moyen extraordinaire JC Decaux a-t-il pu obtenir de la Région qu’elle s’accorde à elle-même le permis d’installer des vils villos sous-traités à 2 euros, alors que tout le monde y perd sauf JC Decaux, que ces vils villos drainent de la pub jusque dans les zones interdites de pub, et que les usagers sont mis en danger direct dans plusieurs stations ?


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