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"Villo" à Bruxelles : extraits de l’avis de la Commission Royale des Monuments et Sites

dimanche 31 mai 2009

En sa Séance du mercredi 18 mars 2009, la COMMISSION ROYALE DES MONUMENTS ET DES SITES (CRMS) remettait son avis sur une demande de permis d’urbanisme qui "porte sur l’installation de 57 stations (58 selon l’annexe I jointe à la demande de permis d’urbanisme) pour un total de 1386 vélos."

Un avis au vitriol, qui n’a pas empêché la Commission de concertation de rendre son avis favorable en un temps étrangement record et au Conseil communal d’avaliser l’implantation des chevaux de Troie à roulettes de JC Decaux.

La Commission de concertation de Bruxelles a donc vu plusieurs participants opposer des points de vue argumentés contre le système de financement aberrant et totalement déséquilibré de ces vélos qui ne sont pas plus "en libre service" que n’importe quelle pompe à essence.

Alors qu’aucun permis n’avait été accordé, le ministre Régional P. Smet avait déjà fait sa publicité électorale avec "villo" et JC Decaux déjà mis en ligne un site pour verser de l’argent à cette multinationale publicitaire, site qui comprend d’ailleurs le logo de la Région et qui est sous copyrignt JC Decaux...

Comme bien trop souvent, cette concertation n’aura donc été qu’un alibi pour enregistrer un grand accord de partenariat-public-privé-pro-publicitaire (les PPPPP’s !) ficelé sur le dos du citoyen qui va payer les vélos via la pub d’une part et via ses impôts d’autre part, le tout dans un manque de transparence complet et en subissant un matraque publicitaire renforcé.

Que voilà une politique de la mobilité cohérente et honnête !
A ceux qui ne verraient dans la pub qu’un "mal nécessaire" pour ce système villo, rappelons au passage que les constructeurs automobiles sont de fidèles clients de JC Decaux et qu’ils payent le prix fort pour vous matraquer de propagande pro-voiture. JC Decaux le leur rend d’ailleurs bien, car cette multinationale adore les embouteillages :

Extrait du site Internet de JC Decaux :

"Toujours plus de voitures sur nos routes, c’est toujours plus d’audience pour la communication extérieure et, logiquement, plus de files laissant plus de temps aux conducteurs et à leurs passagers de lire les messages publicitaires."

Avec villo, le vélo risque donc devenir une arme redoutable pour vendre plus de voitures (car ce n’est pas villo qui va résorber ces embouteillages) !

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Extraits de l’avis de la Commission Royale des monuments et site :

Aménagement de 57 stations de location de vélos avec bornes publicitaires . (...)
La demande, qui émane du Cabinet du Ministre Pascal Smet, s’inscrit dans le cadre de la création d’un vaste réseau de 200 stations « cyclocity » en Région bruxelloise, permettant la mise à disposition au public de 2500 vélos de location. La demande de permis d’urbanisme concernant la Ville de Bruxelles porte sur l’installation de 57 stations (58 selon l’annexe I jointe à la demande de permis d’urbanisme) pour un total de 1386 vélos.
La Commission est interrogée en raison de la localisation de 24 d’entre elles en zone de protection de biens classés,
D’autres stations se situent à proximité de biens classés (dont certaines existent déjà, voir plus loin) :
n°15 : à proximité de la Bourse ; n° 18 : en bordure du parc de Bruxelles ; n°26 : en bordure de l’église Notre-Dame de la Chapelle ; n°27 : en face de l’église Notre-Dame du Sablon ; n° 36 : en face de la Porte de Hal ; n°217 : en face du parc Léopold ; n°340 et n°346 : en bordure et en face du Bois de la Cambre ; n°422 : en bordure du Palais des Beaux-Arts.
Trois stations sont également comprises dans le périmètre Unesco de la zone tampon définie autour de la Grand-Place : n° 11 : rue Montagne aux Herbes Potagères, n°24 : rue du Lombard, n°426 : place Agora.
La demande de P.U. propose que les stations cyclocity, installées en 2006 à l’initiative de la Ville de Bruxelles, soient remplacées par de nouvelles infrastructures plus performantes pour répondre aux besoins des cyclistes.

(...)

- Remarques générales

[Nous soulignons]

La principale remarque formulée par la CRMS concerne l’impact des dispositifs de publicité sur l’espace public, en particulier dans les zones de protection de biens classés et là où des enjeux patrimoniaux se présentent. En effet, la CRMS constate que l’initiative sera financée en grande partie par des dispositifs de publicité commerciale qui apparaîtront un peu partout dans la ville (maximum 2m2 autorisés par le RRU).

La Commission regrette qu’une telle initiative, relevant pourtant d’une politique globale menée par la Région bruxelloise, doive recourir à des dispositifs publicitaires et ne puisse être financée par un autre système (paysage urbain, etc.).
Elle signale que d’autres grandes villes européennes ont également mis en place une politique de location de vélos où l’ampleur des dispositifs publicitaires est sans commune mesure avec la présente proposition (ex : Paris, Lyon, Helsinki, Barcelone, etc.). A Paris, par exemple, l’installation de stations vélos est soumise à l’autorisation des Architectes des Bâtiments de France à proximité des monuments historiques.
Renseignements pris auprès de la Conseillère patrimoine de la Mairie de Paris, il s’avère que les négociations menées par la Mairie de Paris avec la firme Decaux dans le cadre de l’opération ‘Vélib’ en 2006 ont débouché sur une réduction de 20% de la publicité dans la totalité de l’espace public.

Outre le fait que la règlementation nationale distingue différentes zones comme chez nous (interdites, restreintes, élargies), le règlement de publicité permet des adaptations locales de la part des municipalités qui peuvent être plus restrictives. La CRMS encourage une telle politique. La CRMS s’oppose donc vivement à la présence de MUPI [1] publicitaires, en particulier dans les zones de protection ou à proximité d’édifices classés. Pour ces zones, elle préconise le placement des simples bornes, sans publicité.
La CRMS signale, par ailleurs, qu’elle a été informée par la Direction de l’Urbanisme qu’une des clauses du marché prévoit une compensation de 1,5 planimètre avec affichage publicitaire pour chaque dispositif publicitaire qui serait refusé. La Commission estime qu’un tel accord, particulièrement léonin, est totalement inacceptable ! Elle ne peut croire que le demandeur du P.U., Monsieur le Ministre Pascal Smet, ait accepté un tel marché et demande à la D.U. la confirmation de ce point.
Cet accord est d’autant plus inacceptable qu’une deuxième phase de l’opération serait prévue. Celle-ci prévoit l’ajout de 200 stations supplémentaires (avec MUPI de 2m2), 75 planimètres dissociés et 35 panneaux de 8m2.

Outre l’impact des publicités sur les édifices protégés, la CRMS demande également de ne pas encombrer visuellement des lieux stratégiques de la ville où aboutissent des axes de circulation majeurs et où convergent des perspectives visuelles importantes. Or, la CRMS observe que les stations, qui occupent une emprise au sol d’environ 40m2, s’accompagnent d’une prolifération d’objets, comme les bornettes, les bornes, les panneaux d’information, les MUPI, etc., qui accusent leur présence dans le paysage urbain.
La CRMS demande donc de réduire au strict minimum le nombre et les dimensions du mobilier qui équipe ces stations. Elle demande d’adopter une plus grande sobriété dans le choix des couleurs pour les fondre au maximum dans le paysage urbain (éviter les couleurs criardes).
Elle demande aussi d’adapter l’implantation de certaines bornes et panneaux de façon à ne pas porter atteinte à la lisibilité de l’espace public. A cette fin, l’implantation en biais des grands dispositifs de publicité à l’entrée d’axes structurants, sur des carrefours ou devant des arbres doit être particulièrement évitée (ex : n°3, n°350, etc.).
La CRMS demande aussi de veiller à implanter de préférence les stations sur la chaussée et de ne pas amputer l’espace piéton (ex : n°6 : Rogier, n°30 :Lemonnier, n°5 : porte de Flandres, n°213 : parc du Cinquantenaire, etc.).

Outre les considérations générales formulées ci-dessus, la Commission demande explicitement de revoir l’implantation des stations suivantes qui se situent dans une zone de protection ou à proximité d’un édifice classé : (...)

Notes

[1MUPI = mobilier urbain plans-informations (120x176 cm). Ce sont les traditionnelles "sucettes" comportant une affiche publicitaire d’un côté et un plan de la ville de l’autre (si ce dernier n’a pas déjà été remplacé par une deuxième pub).


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