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Quelles évolutions des programmes TV entre 2004 et 2009 ?

RTBF : une législature anti « service public »

par Bernard Hennebert, Le journal du Mardi, 5 mai 2009

jeudi 14 mai 2009

Limitons-nous à comparer les programmes télé que la RTBF diffusait
durant la précédente campagne électorale de 2004 à ceux qu´elle
nous concocte aujourd´hui. Le bilan audiovisuel de l´actuel
gouvernement de la Communauté française (PS - CDH) est peu
concluant. Une vraie législature anti-service public.

Plus de talk-shows, moins de débats de société

Sur La Une, les changements sont moins radicaux que sur La Deux.

Il y a cinq ans, l’ « Ecran Témoin » avait déjà disparu,
laissant la place à « Chacun, son histoire » animé par Thomas Van
Hamme en seconde partie de soirée. Puis, il y eut « Opinion
Publique » présentée chaque lundi soir par David Lallemand, une
émission peu prioritaire dans les choix de la direction
ertébéenne : son décor ne fut livré que plusieurs mois après son
premier enregistrement ! Après ce pénible démarrage, elle sera mise
au frigo pendant six mois, pour reprendre, en 2008, un jeudi sur deux
pendant quelques mois avant de disparaître. Aujourd’hui, il n’y a
donc plus de débat de société hebdomadaire. Quelques soirées
spéciales sur l’un ou l’autre thème spécifique et le mensuel « 
C’est la Vie » présenté par Corine Boulanger, qui s’apparente
davantage à un talk-show sociétal « à la Delarue ».

« Questions à la Une » a pris la succession d’ « Actuel » et
cette option est heureusement bétonnée par l’actuel contrat de
gestion au moins jusqu’en 2012 puisque la RTBF est obligée de
diffuser « un programme télévisé hebdomadaire d’investigation,
d’enquête et de reportage, en dehors des périodes d’été et de
congé ».

Par contre, ce contrat a omis de reprendre une obligation figurant
dans son prédécesseur qui couvrait de 2002 à 2007. Il prévoyait la
production et la diffusion en télévision « d’un journal
d’information régionale, du lundi au vendredi au minimum,
rediffusé dans une boucle de nuit ». En lieu et place, on a donc
droit désormais à un talk-show de proximité, « Au Quotidien ».
Des efforts ont été réalisés en ce qui concerne les programmes
d’information : la création de programmes courts (« Le 6 minutes
 », « Le 12 minutes ») et le mensuel « Répondez @ la question ».

Début 2004, nombre d’émissions à contenu de « service public »
furent rayées de la carte non pas parce qu’elles n´intéressaient
plus le public mais parce qu’il semblait à la direction que
d’autres programmes plus à la mode pourraient toucher davantage de
téléspectateurs, ce qui s’avèrera inexact dans les faits : « Au
Nom de la Loi », « Faits Divers », « Droit de Cité »... Cinq ans
plus tard (que de temps perdu !), certains de ces magazines
réapparaissent au prime-time sous un autre nom, comme « Dossier
Noir » régulièrement programmé à 20H45. Mais dans cette liste
d’émissions sacrifiées, « Autant Savoir » et « Cartes sur
Table » resteront définitivement perdus corps et âme, ce qui
signifie la disparition des programmes réguliers qui faisaient le
suivi des droits des consommateurs.

Côté jeux, « Forts en Tête » permettait à Barbara Louys et
Jacques Mercier d’aborder des thématiques culturelles, semaine
après semaine. Désormais, l’on nous propose des « collections »
d’émissions diffusées sur une petite dizaine de semaines. Par
exemple, la thématique des sciences avec « J’ai Pigé » mais dont
la mission de vulgarisation pousse la RTBF, elle qui refuse de
diffuser tout concept de télé-réalité, à inviter sur son plateau
Mathhias, le lauréat de « Secret Story 2 », « ... parce qu’il
faut faire venir les jeunes téléspectateurs vers le programme »
comme l’indique son animateur Thomas Van Hamme (Sud Presse, 04/04/09).
Depuis trois ans déjà, la série « Y’a pas pire conducteur »
s’efforce de sélectionner non pas le meilleur mais bien le pire
conducteur. Est-ce bien dans l’esprit de la mission définie par
l’actuel contrat de gestion de la RTBF qui indique qu’elle doit
proposer « des programmes réguliers de divertissements attractifs,
misant sur la qualité, la différenciation et l’ancrage en
Communauté française », des jeux « mettant en valeur notamment
l’imagination, l’esprit de découverte ou les connaissances des
candidats » ? Souvent, la direction ertébéenne met en exergue cette
mission de divertissement, mais sans rappeler ce texte qui en
spécifie la nature !

Le 19 mai 2007, la RTBF mettait fin à dix-neuf années de « Génies
en herbe », en annonçant qu’elle souhaitait conserver sur ses
antennes une case pour un jeu interscolaire... que, deux ans plus
tard, les écoles et les téléspectateurs attendent toujours.

Un lifting pour plaire aux annonceurs

Durant cette législature, La Deux a été reliftée. Anticipant le
projet d’engranger plus de recettes publicitaires qui fut votée le
17 juillet 2007 au Parlement, Alain Gerlache et Yves Bigot,
directeurs successifs de la télévision, ont décidé que cette
chaîne devrait attirer davantage les annonceurs. Autrefois dédiée
aux directs, aux rediffusions, à la culture, à la jeunesse et aux
sports, La Deux devrait donc évoluer pour s’approcher d’un Club
RTL, comme le signifia Yves Bigot à Vers l’Avenir (01/04/2006).
Quelques semaines plus tôt, Alain Gerlache déclarait au même
quotidien qu’il souhaitait que : "La Deux (puisse) devenir plus
divertissante et branchée" (23/02/2006).
C’est pourquoi La Deux a, par exemple, proposé pendant plusieurs
années en prime time, le talk show « Toute une Histoire » de Jean-
Luc Delarue. Le magazine Entrevue vient de publier le texte d’un
courriel que cet animateur-producteur aurait envoyé à son équipe
(et qui correspond bien au contenu de l´émission telle qu’elle
nous est présentée) : il faut plaire à tous avec « ... du balourd
et pas de psy pour gonzesse... Faut y aller fort avec de
l’infidélité, de la proximité, de la mère pédophile, de
l’inceste, de la trahison... ».
Sur La Deux, nous avons également droit à des multi-diffusions du
feuilleton de France3, « Plus Belle la Vie », ainsi que des films,
des séries et du sport. Par contre, la présentation des programmes
culturels a été reculée de 20H35 vers 22H50. Et comme la diffusion
en début de soirée du JT de 19H30 avec traduction en langue des
signes pour les sourds gênait cette mutation, celle-ci a été
reléguée dans la nuit sur La Une.

Cette stratégie qui a mis en sourdine nombre de missions
spécifiques de service public ne porte guère ses fruits. François
Tron, l´actuel directeur des antennes, vient de le confirmer à La
Libre Belgique (27/04/09) : la chaîne peine à séduire les jeunes ou
les amateurs de séries. Seul, le sport y fonctionne bien. Au mépris
des autres missions ertébéennes ? On assiste à un tel envahissement
sportif qu’il devient inadmissible en terme de droit à la
diversité. Surtout durant les week-ends, lorsque des compétitions
sont programmées simultanément sur La Une et sur La Deux.

Fin de « l’éducation populaire »

Comment faire illusion après que la culture ait été reléguée en
fin de soirée ? En finançant chèrement (plus de 2 millions
d’euros par an), en plus de la dotation, une fenêtre
décentralisée d’Arte pour y présenter au prime-time le magazine
quotidien d’Eric Russon, « Cinquante degré Nord ». Lorsqu’on
nous présente ses audiences (entre 20 et 30.000 téléspectateurs),
on omet souvent de nous dire qu’il s´agit de l´addition de la
présentation de cette émission sur Arte et de sa rediffusion sur La
Une, vers 0H30, et que cette dernière attire souvent plus des 2/3 du
public annoncé globalement. De plus, les rares téléspectateurs
branchés sur la chaîne franco-allemande appartiennent à « un
profil socioprofessionnel élévé ». On comprend donc que le public
ne se précipite pas pour assister sur les canapés à
l’enregistrement de ce talk-show culturel. Ainsi, des figurants y
bosseraient pour 45 euros la journée (selon Télémoustique,
25/03/2009).

Il n’est pas inintéressant de rappeler que pendant plus d’une
décennie, la RTBF avait produit en interne avec un budget dérisoire
« Javas », un agenda culturel hebdomadaire plus pointu et donc
complémentaire à « Cinquante degré Nord ». Une politique
intelligente de multidiffusions lui permettait d’être vu par
jusqu´à 200.000 téléspectateurs, selon les chiffres ertébéens,
et donc cette initiative touchait réellement un vaste public. Mais
pourquoi l’a-t-on donc supprimé ? Une autre conséquence indirecte
de l’arrivée de l’émission de Russon a été l’arrêt des
petits sujets culturels qui rythmaient « Hep Taxi », alors que La
Ministre Laanan faisait croire que cette innovation dite d’Arte-
Belgique ne viderait en rien le contenu de La Une et de La Deux : « 
Ce sera un plus » (La Libre Belgique, 05/05/2006).

Bien sûr, le créneau de seconde partie de soirée, celui qui reste
fertile en émissions culturelles à la RTBF, est judicieux car il est
accessible justement au public culturel, quand celui-ci rentre de sa
soirée cinéma ou d’un spectacle. Mais l’évolution de la RTBF
sous la présente législature a singulièrement rétréci l´offre
culturelle au prime time sur La Une et La Deux qui, elle, aurait
permis de sensibiliser des spectateurs qui ne constituent pas déjà
un public acquis. Ce travail dit « d’éducation populaire » est
donc désormais largement entravé.

La médiation TV a disparu

En 2004, « Qu’en Dites-Vous ? », le magazine de médiation, était
présenté par Françoise De Thier qui succédait à Jean-Jacques
Jespers. Pour Jean-Paul Philippot, l’administrateur général de la
RTBF, le nouveau format de ce programme « respectera les fondements
d’une émission de médiation ». Ce qui différencie la « 
médiation » d´autres émissions qui abordent l’actualité des
médias, c’est la résolution des conflits et ceux-ci ne manquent
pas comme l’avait si bien montré durant deux saisons l’ère
Jespers.

Depuis mars 2008, Alain Gerlache, ex-directeur de la télé, est
censé insérer cette préoccupation de la médiation dans le nouveau
programme qu’il présente, « Intermédias ». C’est un magazine
plus long que ceux qui l’ont précédé et il est diffusé un lundi
soir par mois vers 22H sur La Une. Mais depuis janvier 2009,
l’émission ne propose plus aucune séquence de médiation où les
téléspectateurs peuvent poser une problématique concrète
concernant la RTBF. Il n’y a donc désormais plus d’émission (ou
de séquence) de médiation. C’était prévisible puisque pareils
programmes gênent fortement les médias, et d’autant plus si ceux-
ci vivent une période de dérégulation accrue...Dans le contrat de
gestion 2002-2007, il était stipulé que la RTBF devait diffuser « 
au moins dix fois par an une émission de médiation dont l’objectif
est de répondre aux interrogations et réactions de son public ».
L’actuel contrat valable jusqu’en 2012 propose un texte plus
évasif où la périodicité de l’émission devra être décidée
par le conseil d’administration de la RTBF... Pourquoi pas une par
an ? On est bien parti pour.

Or, s’il y a bien un point sur lequel les chaînes publiques
devraient se différencier du privé, c’est précisément celui de
leur écoute et de leur dialogue avec leur public. Cette évolution
est d’autant plus paradoxale que l’actuelle majorité PS-CDH a
voulu inscrire, pour la première fois, dans l’actuel contrat de
gestion que « la RTBF assure un service performant de médiation ».
Il devrait donc y avoir d’autant plus de matière à traiter dans
une émission spécifique. Et celle-ci pourrait être le haut-parleur
qui permettrait au public de découvrir ce nouveau droit. Il n’en
est rien.

Encadré : Un(e) ministre de l´enseignement et de l´audiovisuel ?

Lorsque le 25 septembre 2007, le parlementaire Yves Reinkin (Ecolo)
demandait à Fadila Laanan (PS), la ministre de la Culture et de
l´Audiovisuel, la mise à l´antenne d´une émission sur la
parentalité revendiquée notamment par la FAPEO, celle-ci répondit
par la négative : « (...) Il n´est pas réaliste d´envisager la
RTBF comme une addition de demandes particulières de divers groupes
d´intérêts ».

Cette réponse est logique... sauf que cette demande était déjà sur
le tapis avec d´autres (sur l´Europe, par exemple) lors de la
préparation de l´actuel contrat de gestion. Et que la Ministre a
bel et bien fait un choix en imposant à la RTBF une seule nouvelle
émission : de 2007 à 2012, celle-ci devra proposer « un programme
de variétés, en télévision, destiné au grand public, à une heure
de grande écoute, mettant en valeur, notamment les auteurs-
compositeurs, les artistes interprètes et le producteurs de la
Communauté française ».Voilà sans doute pourquoi la RTBF a
maintenu si longtemps au prime time l´émission présentée par
Armelle et Jacques Mercier, « Bonnie & Clyde », malgré des
audiences « peau de chagrin ».

Aucune discipline n´est bien sûr jamais assez présente sur les
antennes, mais il me semble que s´il fallait faire un bilan, c´est
plus les émissions sociales (au sens très large) et les vrais
débats de société que les programmes culturels qu´il faudrait
réhabiliter au prime-time.

On connaît la force du lobbying des sociétés de droits d´auteurs.
Hélas, il n´y a pas d´équivalent pour le secteur social. Or, la
télévision doit être le reflet de la vie entière. C´est pourquoi
il me semble que l´idéal, pour la prochaine législature, serait de
nommer un(e) ministre qui s´occuperait plein-temps de
l´audiovisuel, et les dossiers à traiter ne manqueront pas !

Si la piste d´un ministre à plein temps s´avère impraticable,
pourquoi pas une compétence couplée Enseignement-Audiovisuel ?
Sans préjudice d´une « tournante » lors de la législature
suivante, avec un retour à une compétence couplée Culture-
Audiovisuel. Histoire de retrouver un certain équilibre.


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