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Pub automobile : ne nous trompons plus d’objectif

L’autorégulation désavouée, le gouvernement mis en demeure. Quels objectifs maintenant ?

jeudi 30 avril 2009

Il en était question dernièrement sur ce site : à la fin du mois de mars 2009, l’Union Belge des Annonceurs réagissait aux propositions de loi de Jean Cornil (PS) visant à réguler la publicité pour les automobiles et s’étonnait de ce que le député ne se satisfasse pas du code d’autorégulation « révisé » du secteur. Le secteur associatif avait déjà souligné que ce code était un vaudeville. Il y a plus désormais : l’ultra libérale Commission européenne elle-même déclare que ce code d’autorégulation n’est pas conforme et que la loi sur la pub automobile n’est pas appliquée correctement en Belgique.

Pour autant que l’on en tire les conséquences qui s’imposent, c’est-à-dire que l’on accepte de ne pas rester au milieu du gué, l’avis de la Commission est intéressant en ce qu’il met à jour :

- la nature réelle de l’autorégulation publicitaire qui est en réalité l’organisation de l’autoDErégulation du secteur : ce principe d’autorégulation mis en avant par le secteur privé et singulièrement par l’industrie publicitaire, vise à capter le mécontentement des consommateurs en faisant illusion de régulation, à détourner le regard des pouvoirs publics qui se défaussent facilement sur les écrans de fumée mis en place par l’industrie et à retarder la mise en place d’un cadre légal contraignant, adapté aux nouvelles pratiques publicitaires et réellement appliqué par les pouvoirs publics.
Le code « révisé » de la pub automobile est un cas d’école en matière d’autoDErégulation : l’industrie proposait simplement ses propres règles qui étaient encore moins contraignantes que la loi !

- la malhonnêteté intellectuelle et économique naturelle des lobbies du secteur (en l’occurrence le JEP-Conseil de la Publicité, la FEB et la FEBIAC) : nous l’avions vu au printemps de l’environnement, ces lobbies sont prêts à tous les mensonges et trucages de la réalité pour poursuivre leur œuvre de désinformation. Les soi-disant « acteurs économiques responsables » créateurs d’emploi et « sponsors de la démocratie » foulent en réalité au pied les règles de la démocratie de droit. Quant à l’emploi dans le secteur automobile, on voit ce qu’il en advient. Il est plus que temps de passer aux transports doux et collectifs, qui sont eux potentiellement générateurs d’activité saine !

- l’absence criante d’un réel contrôle de la propagande commerciale. Le cas de la pub automobile l’indique clairement : les pouvoirs publics ne remplissent pas leur mission en matière de contrôle de la propagande commerciale [1]. C’est particulièrement préoccupant en ces temps de « crise » pour au moins deux raisons : 1) l’industrie publicitaire pèse environ 3% du PIB Belge, la pub est défiscalisée et prive l’Etat de recettes nécessaires pour réorienter le processus de production/consommation, tout en déresponsabilisant profondément les annonceurs et le secteur publicitaire, 2) la population est matraquée par la pub, propagande consumériste permanente et intrusive, qui pousse le consommateur vers des modes de consommation insoutenable, entretien et renforce un bain culturel consumériste et de ce fait, empêche l’émergence d’un changement culturel sans lequel l’évolution vers des sociétés soutenables est très peu concevable.

L’avis de la Commission est intéressant mais nous voudrions cependant attirer l’attention des lecteurs sur l’importance de ne pas se tromper d’objectif et de ne pas tomber dans le piège publicitaire de l’autoDErégulation, comme cela est souvent le cas et malgré le fait qu’il est connu – particulièrement dans le milieu environnemental – que les codes d’autorégulation publicitaire sont de la poudre aux yeux.

Quelle sera la suite donnée à ce dossier, notamment par les associations environnementales ?

Va-t-on demander la refonte du code publicitaire pour les automobiles, c’est-à-dire continuer à jouer dans le cadre fixé par l’industrie automobile et publicitaire, ou va-t-on reconnaître que la loi – singulièrement au niveau européen - est profondément influencée par les lobbies privés et que les revendications citoyennes et associatives doivent plus que jamais peser à plein pour promouvoir un changement significatif vers des sociétés démocratiques, solidaires et écologiquement soutenables ?
Autrement dit, va-t-on adapter nos revendications à ce que les lobbies veulent bien négocier pour pouvoir continuer à polluer plus longtemps, ou va-t-on assumer les positions qui découlent logiquement des constats scientifiques accablants sur l’état de la planète et qui indiquent les actions à entreprendre ?
Nous savons qu’il est absolument impérieux de réduire drastiquement et urgemment les émissions de CO2, sans quoi nous détruisons l’équilibre climatique. Nous savons que le pic du pétrole approche et que ses conséquences seront terribles. Nous savons que l’automobile est au cœur de cette double crise et que l’industrie auto est prise en sandwich entre ces deux pressions. Nous savons qu’il faut réorienter « vite et fort » cette industrie, comme l’ensemble du processus de production/consommation d’ailleurs.
Les conséquences s’imposent donc et pour ce qui concerne la publicité automobile, elles sont claires : il faut arrêter de faire de la propagande pour ce type de transport polluant et organiser un contrôle strict de la publicité commerciale par les pouvoirs publics. Qu’est-ce qui pourrait, encore aujourd’hui, en 2009, nous faire attendre d’assumer pleinement cette position ?

Continuerons-nous longtemps à faire nôtre cette remarque aux conséquences funestes formulée par le philosophe Jean-Pierre Dupuy : Nous le savons, mais nous n’y croyons pas ?

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Voir l’article de La Libre : Le "code Febiac" déclaré non-conforme, 29/04/2009. Extraits :

Cela s’appelle un coup de latte sur les doigts. Dans un courrier adressé à la Belgique, dont "La Libre" a pu prendre connaissance, la Commission européenne met en demeure les autorités belges de revoir leur législation sur la publicité automobile. Une décision qui fait suite à une plainte déposée l’an dernier par un groupe d’ONG environnementales (Inter-Environnement Wallonie, Friends of the Earth et Greenpeace Belgium).

(…)

Tant du côté de la Fédération belge de l’industrie de l’automobile (Febiac) que du Jury d’éthique publicitaire, on s’est longtemps retranché derrière cette formulation un peu floue pour justifier le fait qu’en pratique les mentions environnementales apparaissaient jusqu’il y a peu en mentions très très discrètes dans la plupart des annonces.
En accord avec le SPF Economie, en charge du contrôle du respect de cette législation, la Febiac avait néanmoins revu son code en matière de publicité, en septembre dernier, afin d’en préciser les critères. Un effort d’autorégulation qui reste insuffisant aux yeux de la Commission. Dans son courrier, celle-ci indique en effet que "ce code excède la marge d’interprétation dont disposent les Etats membres", notamment en ce qui concerne la taille des caractères s’appliquant aux données environnementales. Sur base de ces éléments, "il y a lieu de constater que la bonne application de la directive n’est pas assurée en Belgique". Et de souligner en outre que l’adhésion au "code Febiac" n’étant pas obligatoire, on peut s’interroger sur l’attitude qu’adopteront les autorités envers ceux qui ne l’ont pas signé et ne le respectent pas. Le gouvernement belge est invité à répondre à ces observations d’ici le 14 juin. On notera au passage que le même type de mise en demeure a été adressée à d’autres pays de l’Union.

(…)


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