Accueil > Documents > Décroissance de la consommation > Les Verts (parti français) se rassemblent autour de la « décroissance (...)

Ça bouge !

Les Verts (parti français) se rassemblent autour de la « décroissance soutenable de l’empreinte écologique européenne »

mercredi 17 septembre 2008

Le 20 août 2008, Noël Mamère (député), Yves Cochet (député), Denis Baupin (maire-adjoint de Paris), Marie Blandin (sénatrice), Jean Dessesard (sénateur), Mireille Ferri (vice-présidente de la région Île-de-France), Marie-Anne Isler-Béguin (députée européenne) et Alain Lipietz (député européen), signaient dans Les Échos une tribune appelant le parti écologiste français (Les Verts) à se rallier autour d’un projet de « décroissance solidaire ».

Le 13 septembre 2008, le Conseil National Inter Régional des Verts adoptait à l’unanimité un texte appelant à « Rassembler l’écologie » (de Bové aux amis de Hulot en passant par Les Verts, les régionalistes et d’autres courants) autour d’un projet opposé au productivisme et au libéralisme. Dans cette dynamique, les écologistes français déclarent ainsi :


Dans un cadre européen, il apparaît nécessaire à tous les écologistes de se rassembler autour d’une démarche politique commune. Elle aura pour but de proposer aux citoyens un changement de notre mode de développement qui permettra une décroissance soutenable de l’empreinte écologique européenne. Elle s’opposera aux politiques productivistes et économiques libérales mises en œuvre en Europe.

Lire le texte « Rassembler l’écologie » adopté à l’unanimité du Conseil National Inter Régional des Verts le samedi 13 septembre.

Ça bouge ! Les écolos français font un grand pas en avant pour dépasser leurs divergences et converger vers « la décroissance », chemin du nécessaire changement de cap et d’une vie plus sereine. La position antiproductiviste et anticapitaliste [1] dont ce texte fait écho est stimulante. Elle constitue une nouveauté paradigmatique pour tant de Verts embourbés depuis des lustres dans les dévoiements marchands du développement durable.

Espérons donc que les écologistes rassemblés bâtiront une coalition forte autour d’un projet clair et réellement - c’est à dire aussi réalistement - écologique.

Espérons-le, car cela constituerait sans aucun doute un signal extrêmement fort qui, s’il est bien porté, entièrement assumé (oubliant enfin les accusations de type « Khmers verts » issues de la bouche d’esprits hélas parfois plus prompts à l’insulte qu’à la réflexion), créerait enfin une ouverture réelle dans le champ politique, une bulle d’oxygène dans la chape de plomb rhétorique et argumentative du productivisme capitaliste, et des possibilités de solutions qui ne soient pas fausses comme le sont la « voiture propre », les « biocarburants », le Vélib’ (Mais pourquoi diable trouve-t-on le Vélib’ au cœur de la tribune du 20 août ?), le nucléaire, le « charbon propre », les « alicaments », l’agriculture « raisonnée », et tous les cauchemars qui sont le fond de commerce du « développement durable ».

Ne nous fourvoyons cependant pas dans un optimisme béat. Ça bouge chez Les Verts, mais le parti vient de loin et il est mis sous pression par des initiatives associatives (vive l’IEESDS), politiques (le NPA d’Olivier Besancenot) et citoyennes (par exemple les Faucheurs d’OGM, les Déboulonneurs ou le Réseau Éducation Sans Frontières) toujours plus nombreuses et radicales. C’est dire que, de lui-même, le parti ne s’en sortait pas et que sa capacité de transformation dépendra beaucoup de son aptitude à écouter les militants. C’est dire encore que ce rassemblement autour d’une ligne plus forte se met tout à coup en place avant l’échéance électorale européenne de 2009.
C’est peu dire enfin que certains des signataires de ce texte ne sont pas d’ardents défenseurs historiques de la « décroissance » et que leur signature dans le cadre de ce projet peu donner l’impression d’avoir la couleur du calcul politicien à courte vue plus que de la stratégie politique à long terme.

Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Avec cette résolution, de bonnes choses sont dites, et c’est une bonne chose.

Tout reste maintenant à faire. Commençons donc par faire un vœu : que tous les partis verts européens se réunissent autour d’un projet écologique solidaire, antiproductiviste et radicalement opposé à l’économie capitaliste de la dévastation.

*
* *

« Pour une décroissance solidaire », Les Échos, 20 août 2008. Extraits :


Ouvrons n’importe quel journal imprimé, audiovisuel ou Internet. Pas un numéro qui n’évoque, à la rubrique Environnement, l’ampleur de la crise écologique sous toutes ses formes (dérèglement climatique, crise pétrolière, pollution de l’air, fuites radioactives, émeutes de la faim, cyclone en Birmanie, etc.), et à la rubrique Economie ou social, la crise du pouvoir d’achat et ses conséquences (moral des ménages en berne, manifestations des pêcheurs et des routiers, saison touristique morose, chute de la Bourse, licenciements massifs dans l’automobile et l’aéronautique, etc.).

Pas un, ou presque, ne se pose la question : et s’il ne s’agissait que d’une seule et même crise ? Celle d’un modèle de société bâti sur une croissance érigée en Graal de plus en plus inatteignable en raison de l’épuisement de nos ressources - notamment énergétiques - qui font maintenant l’objet d’une concurrence acharnée pour s’en assurer la maîtrise et la distribution. Les limites d’un tel système sont évidentes. Le "logiciel" des Trente Glorieuses ne fonctionne plus. C’est l’humanité tout entière qui est concernée, riches comme pauvres, chaque écosystème qui est gravement menacé, chaque Etat qui doit répondre à de nouveaux défis... "Nous n’avons qu’un seul monde", jamais ce slogan des écologistes n’a été autant d’actualité.

Il faut donc apporter des solutions aux deux crises, écologique et sociale, en parvenant à dépasser enfin la contradiction entre réponses à la crise environnementale qui apparaissent élitistes, voire anti-sociales, et réponses à la crise dite "du pouvoir d’achat" qui apparaissent anti-environnementales en ce qu’elles tendent à perpétuer des logiques énergétivores et gaspilleuses.

(...)

Les réponses techniques existent, nous les connaissons. A eux, à nous d’expliquer maintenant que chacun peut prendre sa part dans cette mutation, que cette mutation peut être équitable et qu’elle peut réduire l’injustice sociale là où la crise l’aggraverait. C’est un vrai défi politique qui passe par la construction de nouveaux schémas mentaux, d’une nouvelle culture, au sens global du terme, permettant d’analyser et surtout de dessiner ce nouvel avenir.

C’est autour de ce projet de décroissance solidaire, d’une société plus humaine, plus conviviale, plus sûre aussi que doivent dorénavant se rassembler les écologistes s’ils veulent que leurs idées se traduisent en politiques publiques. Ne ratons pas cet enjeu de civilisation pour le XXIe siècle.

Lire l’entièreté de l’article « Pour une décroissance solidaire », Les Échos, 20 août 2008.

*
* *

« Rassembler l’écologie », texte adopté à l’unanimité du Conseil National Inter Régional des Verts le samedi 13 septembre. Extraits :


(…) En effet, les suites de l’élection présidentielle et du Grenelle de l’Environnement ont mis en évidence les entraves systématiques à la transformation d’un débat environnemental omniprésent, et la mobilisation des citoyens en politique publique volontariste en France. Dans un cadre européen, il apparaît nécessaire à tous les écologistes de se rassembler autour d’une démarche politique commune. Elle aura pour but de proposer aux citoyens un changement de notre mode de développement qui permettra une décroissance soutenable de l’empreinte écologique européenne. Elle s’opposera aux politiques productivistes et économiques libérales mises en œuvre en Europe.

Face à la montée des difficultés économiques et sociales dans tous les pays d’Europe, ces listes de l’écologie porteront une volonté commune de lier les réponses aux urgences environnementales et sociales. Des réfugiés climatiques aux victimes de la précarité, elles proposeront un nouveau modèle pour les premières victimes de la crise environnementale que sont les populations les plus défavorisées.

D’autre part, tant au niveau européen que dans chacun de ses pays membres, les politiques de repli sécuritaire constituent une menace réelle pour la démocratie. C’est un terrain que les écologistes ne doivent pas déserter. Il nous faut sans cesse opposer au nationalisme la diversité culturelle et rappeler la devise de l’Europe : « Unis dans la diversité ».

Dans cette dynamique, Les Verts sont prêts à participer à un comité de campagne au sein duquel ils délégueront leurs représentants qui prendront toute leur place comme composante active du comité de campagne du rassemblement de l’écologie.

Pour ce faire, le CNIR mandate le Collège exécutif pour participer à ce comité de campagne en y déléguant ses représentants. Il prendra donc toute décision nécessaire à la bonne marche de ce comité de campagne. Cette démarche s’inscrit dans le cadre du Parti Vert Européen et de ses listes présentées dans tous les pays d’Europe.

Le programme se déclinera autour de l’affirmation d’un projet de société dont l’écologie de transformation constitue l’axe central, avec pour objectifs la décroissance de l’empreinte écologique au niveau de l’Europe et la promotion des valeurs de justice sociale, d’égalité, de solidarité et d’approfondissement démocratique.
(…)

Lire l’entièreté du texte Rassembler l’écologie Texte adopté à l’unanimité du Conseil National Inter Régional des Verts le samedi 13 septembre.

Notes

[1Assimilons ici l’économie libérale au capitalisme, pour ne pas tout jeter en même temps : le libéralisme philosophique a bien peu à voir avec le capitalisme, qui est un avatar pourri du courant de pensée qui compte également H.D. Thoreau, Montesquieu, Tocqueville et les A. Smith de la Théorie des Sentiments moraux ou le Hume de Traité de la Nature humaine, entres autres.


Suivre la vie du site Articles | Suivre la vie du site breves | Contacts | Confidentialité