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La pub, l’internaute et son cyberciblage

par Bertrand Le Gendre

mardi 8 juillet 2008

Phorm est un logiciel particulièrement intrusif, l’un de ces "trucs" dont raffolent les publicitaires. Rien ne lui échappe de notre navigation sur Internet. Vous préparez des vacances en Grèce. Vous tapez "vols Paris-Athènes" et "Cyclades" sur Google... Vous abandonnez provisoirement vos recherches et, surprise !, alors que vous vous connectez sur Facebook, des pubs surgissent sur votre écran, d’Olympic Airways et de Mykonos.

Phorm, à moins que ce ne soit NebuAd ou Frontporch, vous a repéré et ne vous lâchera pas. C’est la mésaventure qui est arrivée à des dizaines de milliers de clients du fournisseur d’accès à Internet British Telecom. Ils n’avaient pas été prévenus de l’accord passé par BT, "à titre expérimental", avec Phorm. Et ne se doutaient pas qu’ils étaient espionnés. Phorm a passé des accords, depuis, avec d’autres fournisseurs d’accès du Royaume-Uni, TalkTalk et Virgin Media. Comme l’a rapporté The Economist, ces accords suscitent un certain émoi outre-Manche où Sir Tim Berners-Lee, le co-inventeur du Web, a annoncé qu’il changerait de fournisseur d’accès si celui-ci s’acoquinait avec Phorm ou l’un de ses semblables.

Les utilisateurs de Google et des autres moteurs de recherche sont habitués à voir surgir sur leur écran de telles annonces ciblées, en rapport avec la requête qu’ils formulent. La différence avec Phorm, c’est que ces liens "sponsorisés" disparaissent quand l’internaute quitte le site de Google ou de Yahoo !. Phorm, NebuAd ou Frontporch, eux, sont tapis dans les ordinateurs des fournisseurs d’accès et pistent en continu les internautes, quels que soient les sites qu’ils visitent.

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Au début de l’année prochaine, un quart de la population mondiale aura accès à la Toile. Le partage de cette manne publicitaire attise évidemment les convoitises. Le braconnage de British Telecom et de Phorm sur le terrain de chasse de Google est une escarmouche à côté de la guerre qui s’annonce. Davantage d’internautes à l’horizon, une exigence identique : le "tout gratuit". Ceci expliquant cela, le ciblage des internautes à des fins publicitaires a toutes les chances de s’intensifier.

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Dans un article retentissant paru en mars dans le journal en ligne Wired, Chris Anderson, le rédacteur en chef, affirme que tout ce que touche le numérique évolue irrémédiablement vers la gratuité. Son "papier", en forme de manifeste, a pour titre : " Free ! Pourquoi 0,00 $ est le futur du business".

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Si Chris Anderson voit juste, la publicité virale a de beaux jours devant elle. En attendant, elle suscite de fortes résistances. Au Royaume-Uni, l’Information Commissioner’s Office (ICO, l’équivalent de la CNIL) a déclaré que Phorm était légal à condition que l’internaute souscrive explicitement à ce "service".

C’est toute la différence qui existe entre la possibilité de désactiver un tel logiciel (opt out) et celle de l’activer volontairement (opt in). Dans le premier cas, les étourdis tombent dans les filets des annonceurs ; dans le second, ils savent à quoi s’en tenir, sachant que ce n’est pas un individu précis que les logiciels espions suivent à la trace, mais l’utilisateur de l’ordinateur, quel que soit cet utilisateur.

La vigilance de l’ICO ou de la CNIL a ses limites. Trois pays sur quatre n’ont aucune législation encadrant l’exploitation et la conservation des données personnelles qui circulent sur le réseau mondial. C’est ce Far West qui encourage la publicité virale. Ne sachant pas ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, chacun y va de sa trouvaille, de plus en plus indiscrète.

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Voir l’article complet dans Le Monde du 28.06.2008


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