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"Les déboulonneurs refont le procès de la publicité"

dimanche 6 juillet 2008

PROCES - L’avocat général marmonne au moment de requérir : "le parquet aurait peut-être mieux fait de s’abstenir de faire appel : il leur a offert une deuxième tribune". Devant lui, deux militants des Déboulonneurs, collectif en lutte contre les mécanismes publicitaires, viennent d’énoncer leurs arguments au cours d’une audience très pédagogique. Ils étaient accusés d’avoir "barbouillé" sur un panneau Decaux les deux mots "Consomme, pollue", en janvier 2007. Ils assument pleinement. En première instance, le tribunal les avait déclarés coupables, tout en prononçant une dispense de peine. Le parquet a fait appel, et les voilà donc, mercredi 14 mai, devant la cour d’appel de Lyon, où ils renversent une nouvelle fois les rôles, et proposent un procès éloquent et argumenté de la publicité...

Bertille (29 ans) prend la parole la première. A voix haute, sans arrogance audible, elle détache clairement ses mots : "J’ai effectivement barbouillé un panneau, dit-elle. En plein jour et à visage découvert, de façon symbolique et non violente, et en sachant très bien que je pouvais pour cela arriver devant vous". Alors pourquoi a-t-elle fait cela ? Parce qu’elle estime que le système publicitaire "est devenu dangereux". Pour illustrer cette conviction, elle explique : "Les gens savent aujourd’hui que les transports émettent un quart des gaz à effet de serre. S’ils sont incapables de changer leurs comportement alors qu’ils savent que la terre qu’ils transmettent à leurs enfants n’est pas viable, c’est parce qu’une idéologie leur est martelée, avec des moyens que nous n’avons pas". Elle-même se dit victime de la publicité, "qui impose une norme, un rapport au corps, un modèle qui n’existe pas".

L’avocat général écoute, sans paraître à ce stade très convaincu. Il demande à la militante : "Il me semble que c’est la société Decaux qui subventionne les véloslib (sic) dans certaines villes". Elle répond : "Le vélo est financé à Lyon par la publicité pour la voiture. N’y a-t-il pas un paradoxe ?". Le magistrat fait la moue, mais il ne s’aventure pas plus loin.

(...)

L’avocat général ensuite alors la parole, pour résumer l’audience : "Il s’agit d’une action publicitaire anti-publicité. On trouve une tribune publique et l’on vient avec ses petits moyens faire le procès de la publicité." Il trouve cependant "ces deux petits jeunes gens sympathiques". Il ajoute même : "On sait qu’une partie des arguments qu’ils développent ne sont pas faux". Mais voilà, il est avocat général, et pense qu’il ne peut pas requérir de dispense de peine. Il aurait bien demandé un ajournement de peine, le temps qu’ils remboursent les frais de nettoyage de Decaux. Mais ils ont précisé d’emblée que cela ne faisait pas du tout partie de leurs projets à court terme. Alors, le représentant du ministère public cherche une peine "dissuasive". Et requiert 300 euros d’amende avec sursis pour chacun.

François Roux, l’un des deux avocats des "jeunes gens sympathiques", prend ensuite la parole, pour s’adresser très directement à la présidente. Celle-ci griffonne sur une feuille, pour esquiver l’interpellation directe. Il lui explique que la Justice, au travers d’elle, est "le dernier espace où les lobbys ne s’immiscent pas". Il défend l’"état de nécessité" de ses clients : leur infraction répondrait à un danger, ne serait pas "disproportionnée" par rapport à celui-ci, et une condamnation "n’aurait aucun intérêt pour la société". Puis il conclut, comme il avait commencé sa plaidoirie : "Je vous envie Madame la présidente. Je vous envie, parce que vous allez peut-être prononcer une relaxe". La cour dira le 11 juin si elle saisit cette chance.

Lire l’entièreté de l’article "Les déboulonneurs refont le procès de la publicité", LibéLyon, 15 mai 2008.

Et la suite, deux semaines plus tard... :

Il n’aura pas fallu longtemps aux Déboulonneurs pour tenir parole. Il y a deux semaines, après la condamnation par la Cour d’appel de Lyon de deux de ses militants, le collectif en lutte contre l’invasion publicitaire avait promis de nouvelles actions. Samedi, il a remis le couvert avec le soutien de Vélorution, réseau militant pour une ville sans voitures. Une fois encore, c’est un panneau de la société Decaux, installé depuis moins d’une semaine, qui a été « barbouillé ». Le message, écrit à la peinture blanche, fait écho aux 200 euros d’amende infligés par les juges le 11 juin dernier : « légitime réponse ». Les deux auteurs ont été immédiatement arrêtés par la police. Il était 17h15…

« Ta bagnole pue ». Tout avait commencé à 15 heures près de l’opéra. Comme convenu, ils arrivent au compte-goutte, sans faire de bruit. A vélo, comme tout militant de Vélorution qui se respecte. Les chasubles jaunes sont de la partie. Les banderoles et les slogans aussi : « ta bagnole pue », peut-on lire. Comme chaque quatrième samedi du mois, ils se rassemblent pour quelques heures de revendications à bicyclette. Cette fois-ci, la thématique s’est adaptée à l’actualité. «  Nous avons choisi de soutenir les Déboulonneurs dans leur action, précise une militante. Récemment, Gilles Vesco – vice-président chargé au Grand Lyon des nouvelles utilisations de l’espace public - a affirmé que les 3 millions de pertes annuelles de Vélo’V vont pousser Decaux à renégocier le contrat qui le lie à la communauté urbaine. Tout cela est malhonnête. C’est la preuve que Vélo’V n’est pas un simple service, mais également une occasion pour vendre de la publicité. Nous voyons clair dans leur jeu ». Départ du peloton dans un concert de sonnettes.

(...)

Lire l’entièreté de l’article "Les Déboulonneurs reprennent les hostilités", Libélyon, 29 juin 2008


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