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Deux chroniques

dimanche 27 avril 2008

Dans le marasme médiatico-publicitaire quotidien qui mélange pour le pire et jamais ( ?) pour le meilleur l’info(rmation) et l’intox(la pub), on trouve de temps à autre quelques bulles de bon sens et d’aération synaptique. Ces petites oasis sont rares, certes, et l’on s’y arrête d’autant plus volontiers...

Voyez cette chronique de Claude Javeau dans La Libre du 20 mars 2008 :


Depuis quelque temps, l’amateur ringard - obsolète - vieux schnock - misonéiste de musique chiante (dite généralement "classique") que je suis s’est branché sur Klara, la chaîne radio "culturelle" de la VRT. Outre des extraits musicaux de qualité (je regrette évidemment qu’il ne s’agisse que d’extraits, mais dans de nombreux domaines le saucissonnage est devenu l’activité majoritaire), je peux ainsi me renseigner sur l’état des choses et des idées des peuplades septentrionales de notre pays, et cela ne manque certes pas d’intérêt.
Mais surtout, il n’y a pas de spots publicitaires sur Klara, alors que Musique (non, pas Musiq’) 3 est de plus en plus contaminée par cette infection. J’ai donc décidé, pour la radio, de m’expatrier en Flandre (je fais une ou deux exceptions, pour Michel Bero, par exemple, et il m’arrive parfois d’écouter France Musique ou France Culture qui ne sont pas non plus polluées par la pub). Il paraît qu’il existe d’autres chaînes, mais le brouet musique-de-variété-bavardages faussement décontractés me tape irrésistiblement sur les nerfs, et d’ailleurs elles sont elles aussi toutes pourries de pub. Je ne peux plus supporter que tous les matins l’on me parle d’un argent que je ne possède pas (on ne devient pas riche en faisant prof. d’univ : j’avais paraît-il quelques dons pour le mucic-hall, je serais peut-être passé le 15 mars dans l’émission de Drucker, la vraie gloire, et le fric qui va avec), d’une banque me demande en quoi elle peut m’aider, de mon corps qui ne demande pas mieux que de se mettre à mon service, de la voiture au moteur hybride qui ne fait aucun bruit, de celle qui réinvente le plaisir de conduire (dans les embouteillages aussi, sans doute ?), des sauces en pots qui donnent une immense envie de passer à table, et j’en passe tant et tant, sans oublier les accents, dont les Belges ont l’air si friands. Il en va de même, cela va sans dire, à la télé, qui me répète tous les soirs que telle marque de brosse à dents est "partenaire de la Société de médecine dentaire" (c’est quoi ce truc ?), que si je ne suis pas satisfait d’un yaourt, je peux me faire rembourser (et cela se prouve comment, que l’on n’est pas satisfait ?), sans oublier les affabulations qui sont peu éloignées du mensonge : "Deux femmes sur trois", "80 pc des scientifiques", etc.

(…)

La pub dans les médias de masse est un vecteur inlassable de mépris. Mépris pour ceux qui la subissent, et qu’elle prend nécessairement pour des imbéciles, et maintenant mépris pour l’école, ce lieu qui devrait être d’initiation aux trésors de la connaissance et qui devient de plus en plus un lieu de parcage pour jeunes déboussolés. Entre autres, par l’omniprésente publicité.

« Léo prolonge ses vacances ... », par Claude Javeau, La Libre 20 mars 2008.


A ne pas rater non plus, une étincelle de Marc Moulin dans le Télémoustique du 16 avril 2008 :


Sarkozy : un mariage contre nature

Sarkozy prononça donc un beau jour ce qui sera peut-être la phrase la plus indiscutable de son existence : "Si la télévision publique fonctionne de la même manière que les chaînes privées, je ne vois pas l’intérêt d’avoir une télévision publique". Si quelqu’un de gauche avait dit cela, ça aurait eu deux effets immédiats : 1) on n’en parlerait plus dès le lendemain ; 2) la suppression de la pub ne se ferait jamais. Mais ici, le contre-emploi fonctionne. La gauche se met à défendre le pouvoir marchand, la pollution et la malbouffe - avec des arguments lanaanesques. Et la droite attaque la pub, contre sa propre idéologie. Richard Miller reprend un refrain du siècle dernier sur les feuilletons américains, ignorant de toute l’évolution qui fait que depuis quelques années, avec Sopranos, Lost, West Wing et Heroes, les séries télévisées américaines sont désormais à la pointe de la créativité et de la qualité. Quand à la presse, eh bien elle ne répercute que les "idées" de ces Tom & Jerry sous-informés.
(…)

Les Gens Raisonnables

Les Gens Raisonnables disent que ce n’est pas raisonnable de vouloir supprimer la publicité sur les radios-télés de service public. Franchement, si nous ne sommes pas capables de faire une chose aussi facile que ça, je ne vois pas très bien comment nous allons faire des choses compliquées : sauver la planète de l’extinction des espèces, du réchauffement et du désastre climatiques, préserver l’énergie et l’eau potable, lutter contre la faim, la mort, la maladie, enrayer la violence, le terrorisme et la criminalité en col blanc. Les Gens Raisonnables pensent que c’est irréaliste de supprimer des programmes de télé et de radio qui promeuvent l’amoncellement exponentiel des déchets et la consommation à outrance, donc l’épidémie de diabète et d’obésité qui envahit et tue le monde. Parce que les Gens Raisonnables pensent que la télé publique n’appartient pas à la collectivité. Pour Eux, la télé publique appartient au lobby médiatico-publicitaire.


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