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« Le gratuit et le gavage », Le Soir, 27 mars 2008

Par Pierre Hemptinne, Directeur des collections à la Médiathèque de la Communauté française de Belgique

mardi 1er avril 2008

« (…) La gratuité qui se développe actuellement comme diffusion légale de musiques est bien ambiguë : gratuité commerciale, gratuité conçue comme instrument de marketing. La musique permet d’aller très fort dans cette voie, elle est le fer de lance des hyperindustries culturelles. Ces hyperindustries qui ne se dédient plus uniquement à la diffusion de biens culturels mais à un ensemble de technologies qui garantissent une meilleure prise en charge occupationnelle du consommateur. Ces stratégies ne cherchent pas à promouvoir la relation aux musiques comme expérience de connaissance de soi et des autres mais comme flux d’informations ciblées vers la possession d’autres produits rentables qui se greffent et instrumentalisent le besoin de culture : iPod, téléphones…

(…)

Néanmoins, notre pratique [Note de Respire : la médiathèque] de 50 ans de prêt et de relations aux publics nous fait dire que la gratuité aujourd’hui vendue par les marques, est une fausse bonne solution. Offrir une vision d’ensemble de ce qui se crée comme musiques aujourd’hui dans notre société exige des moyens importants. Il faut une équipe de prospection (sinon on ne capte que les plus connus, les plus aptes à se faire connaître commercialement), il faut une équipe d’expertise pour constituer une base de données comme outil de connaissance, il faut des équipes d’analyses et de communication pour préparer une information professionnelle sur les musiques pour les dégager du langage publicitaire. Il faut aussi des lieux virtuels et physiques de rencontres entre professionnels et amateurs, des lieux actifs de médiations pour éviter la relation que prédomine exclusivement la relation immédiate entre publics et publicité. Qui va payer tout ça ? La publicité aussi ? Le peut-elle dans un respect authentique de la diversité et de la complexité des musiques ? En a-t-elle envie pour des musiques qui ne sont pas rapidement vendeuses d’autre chose, mais qui exigent lenteur, attention, ne semblent destinées qu’à de petites audiences et ne propagent que de l’incalculable, du symbolique !? Schématisons : le « gratuit marchand » va dispenser le plus facile avec des moyens promotionnels énormes, le « service public payant » se démènera pour créer des publics en faveur des œuvres plus exigeantes, avec des moyens promotionnels dérisoires. Le combat est-il bien égal ? Est-il envisageable de financer de nouvelles politiques culturelles publiques, axées sur la médiation, en taxant la vente de certains appareils, le rendement de certains produits qui, à long terme, ruinent la diversité culturelle ? Quels clivages, alors que l’on a semblé surpris de découvrir que l’école ne résorbait pas les inégalités culturelles, vont se creuser entre un public qui gardera la faculté de payer ses biens culturels (en plus de ce qu’il sélectionnera dans une offre gratuite) et un public qui ne consommera que du gratuit ? (…) »

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