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L’industrie publicitaire s’inquiète de la suppression de la pub à la RTBF

mardi 11 mars 2008

La suppression de la publicité commerciale sur le service public audiovisuel fait peur au lobby publicitaire. « La pub n’a pas d’effet, elle n’est que le miroir de la société » tente-t-il souvent de nous faire croire. Pourquoi alors le lobby ne veut pas laisser tranquille le service public que le contribuable finance ? Parce que c’est un média de masse qui permet d’empuber efficacement les cibles (c-à-d : usagers manipulés par la publicité).
Plus que jamais, il est temps de procéder à un désempubage cathodique.

Le BMMA, que nous avons eu l’occasion de rencontrer il y a quelques temps (Rencontre avec le Belgian Management & Marketing Association (BMMA)), organisait le 21 février dernier une rencontre intitulée : « L’économie belge peut-elle raisonnablement supporter une interdiction de la publicité sur la RTBF ? »

Diable, le BMMA n’y va pas de main morte dans le catastrophisme anxiogène ! Après Monsieur Philippot qui affirmait sans étude à l’appui que sans pub, la RTBF serait condamnée, voici maintenant venir le lobby publicitaire qui affirme que la Belgique ne résisterait pas à un retour au service public.
Quelle époque !

Pour discuter de cette éventuelle disparition du Royaume, donc, le BMMA avait invité :
- l’ancien Ministre Richard Miller, Député wallon et Président de l’Intergroupe Parlementaire MR et
- Christiane Dardenne, Administrateur Délégué de Space (mais aussi ex TF1 et ex RMB).

Le débat était ouvert... à ceux qui voulaient et pouvaient payer l’entrée de 127,05 EUR TVA incluse (réduction pour les membres : 102,85 EUR TVA incluse). C’est ce qu’on appelle une sélection discrète et néanmoins efficace, très pratique pour rester entre-soi lorsqu’il s’agit de discuter des sujets qui fâchent.

RTL-Info y était aussi et en a tiré les extraits vidéos suivants :

- Extraits du débat « Faut-il supprimer la pub sur la RTBF ? » - 21/02/2008

- Interview de Christine Dardenne

Mme Dardenne se déclare – reconnaissons au moins l’honnêteté - préoccupée par les intérêts des publicitaires et non ceux de la RTBF et de ses usagers.
Elle répète notamment l’antienne publicitaire qui veut que sans pub, la RTBF ferait des émissions « très service public », qu’elle risquerait bien de faire une télévision de niche et que « par conséquent il n’y aura pas d’audience ». C’est ce qui s’appelle (dé)penser avec les lunettes de la pub : la pub a besoin d’audience, sinon elle ne se vend pas. Donc si vous enlevez la pub, il n’y a pas d’audience.
C’est en tout cas ce genre de raisonnement qu’a l’air de tenir cette professionnelle reconnue du marketing. Les près de 80% d’usagers de la RTBF qui déclarent zapper quand arrive la pub se réjouiront de savoir que c’est également ce genre d’analyse qui a alimenté et continue encore d’alimenter la direction de Reyers et du PS. Ceux-là répètent à l’envi que l’on a le choix entre un service public bourré de pub ou une télévision élitiste, soporifique et ennuyeuse...
Une chose est certaine, là où il y a pub, l’imagination n’est pas au pouvoir !

Mme Dardenne se désole encore que l’éventuelle suppression de la pub à la RTBF entraînerait un transfert des investissements publicitaires vers les autres médias (dont internet), mais que« cela ne va jamais représenter autant de public potentiel parmi les cibles que nous devons toucher pour nos clients ». « Bienvenue dans le monde merveilleux de la pub » comme dit le slogan du BOZAR(naque) : vous êtes des cibles, et le lobby publicitaire n’a pas l’intention de laisser tranquille le service public que vous financez à hauteur de 75% de son budget, car ce service est un média majeur pour que la pub vous entube cathodiquement. C’est là une forme avancée de Partenariat Public-Privé (PPP), l’un des crédos du Parti Socialiste [1], qui se veut « moderne » et « gestionnaire ».

- Interview de Richard Miller

Le PS au scriptum, et suite à l’annonce de N. Sarkozy, c’est donc le MR qui tend l’oreille aux 75% des usagers qui trouvent qu’il y a trop de pub à la télé et prend la défense du service public contre les effets nocifs de la pub.

- Interview de Simon-Pierre De Coster

Le Directeur juridique de la RTBF affiche quant à lui clairement si ce n’est sa couleur politique au moins son approbation pour l’orientation pro-publicitaire de la politique audiovisuelle de la Communauté française (Ca n’est pas une première : voir Plainte au CSA : émission « Tout autre chose » du 23/10/2006 sur la publicité à la RTBF.), et poursuit l’opération que nous baptiserons « nuage de fumée et empubage » menée par le PS depuis 2 ans en déclarant qu’il n’y a pas plus de pub à la RTBF qu’avant (voir La Communauté française renforce la publicité commerciale à la radio-télévision publique - Lancement d’une plate forme associative.). M. De Coster « oublie » de mentionner que de nouveaux formats publicitaires plus agressifs sont autorisés, dont la publicité interactive qui ouvrira la porte à des programmes audiovisuels entièrement dédiés à la publicité commerciale sans limite de temps (accessibles à partir d’un écran de pub « normal »), que la durée des nouvelles techniques publicitaires sont très difficiles à contrôler et que le CSA a condamné dernièrement la RTBF pour non-respect des quotas de diffusion publicitaire.

Lorsqu’il s’agit d’envisager les possibilités de supprimer la pub à la RTBF, M. De Coster verse tout entier dans le populisme en déclarant qu’il ne faudrait pas aller prendre de l’argent dans les budgets de l’enseignement ou de la culture (ce qu’à notre connaissance, personne n’a jamais proposé dans le cadre de ce débat) et qu’« augmenter les recettes fiscales, c’est aller chercher ça chez les citoyens ». Formidable argument anti-démocratique : car la pub, c’est le consommateur qui la paye entièrement, bien que cette ponction au service d’intérêts privés soit invisible – mais bien réelle, environ 640 euros par ménage et par an - dans le prix des marchandises consommées. La redevance au contraire, est lisible et au service du bien commun. M. De Coster fait son choix. Quand il s’agit d’une éventuelle taxe, le juriste souligne que RTL-TVi s’est expatriée au Luxembourg et n’est donc pas taxable, et s’en tient là.
Comme si rien n’était possible, que le PS ne pouvait qu’être la chambre d’enregistrement de l’avancée de l’invasion publicitaire et de la destruction du service public audiovisuel (ce qu’il est pour l’instant, jusqu’à la caricature).
Une taxe fédérale par exemple, n’est-elle pas possible ? Cette option n’a visiblement jamais été envisagée, pas plus d’ailleurs qu’aucune autre solution sérieuse qui permettrait de supprimer la pub à Reyers. Encore un oubli de M. De Coster...

- Interview de Bernard Hennebert

Bernard Hennebert donne des exemples précis sur l’influence de la pub à la RTBF.

De l’évènement du BMMA on conclut au moins une chose : le débat s’installe et n’est pas prêt de s’éteindre. Le nœud du problème résulte pour l’instant tout entier de l’attitude de la majorité PS/CDH du Parlement de la Communauté française, qui refuse d’ouvrir la réflexion sur les possibilités pratiques de la suppression de la pub à la RTBF.
Un constat : cette position hautement régressiste est difficilement tenable jusqu’aux élections de 2009…


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