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Dossier du Journal du Mardi n°341 - 5 février 2008

« La mort de l’audimat ne saurait être la fin de l’audience »

par Patrick de Carolis, PDG de France 2

lundi 18 février 2008

Dans son édition du 5 janvier 2008, le Journal Du Mardi consacrait un important dossier à la place et au rôle de la pub à la RTBF. Au cœur de ce dossier, une interview de l’actuelle Ministre (PS) de l’audiovisuel et l’ancien Ministre (MR) de la même compétence, document révélateur sur lequel nous aurons l’occasion de revenir.
Le Journal Du Mardi est le premier organe de presse à réellement ouvrir le débat « pub à la RTBF », posant les questions qui s’imposent et faisant apparaître clairement des enjeux et des questions que les décideurs éludent depuis de nombreuses années.

Ce dossier est (presque intégralement) reproduit ici, avec l’aimable autorisation du Journal Du Mardi.

Le dossier du Journal Du Mardi :
- « Demandeur de rien, vraiment ? »
- « La RTBF sans pub ? La Ministre (PS) contre l’ex-Ministre (MR) de l’audiovisuel »
- « La pub, vue par Test Achats et Respire : Réguler ou supprimer ? »
- « Derrière l’audience qui pour certains est un mot vulgaire, il y a le citoyen qui pour tout le monde est un mot très noble »
- « La mort de l’audimat ne saurait être la fin de l’audience »
- « Comment la pub peut saboter une émission »


La mort de l’audimat ne saurait être la fin de l’audience [*]

(…) Nous pouvons certainement aller plus loin encore ; la disparition de la publicité peut devenir un levier efficace pour accélérer et accentuer notre stratégie de différenciation éditoriale. Mais à condition que soient garantis notre indépendance éditoriale, notre périmètre actuel et un financement pérenne et dynamique. L’excellence culturelle française a un
coût, qui est au coeur de toute accélération de notre stratégie éditoriale. Un seul exemple : une « nouvelle » d’une heure de Maupassant coûte 1,2 million d’euros, un épisode d’une série étrangère à succès revient, quant à lui, à 80000 euros. Aujourd’hui, c’est la coexistence de ces différents
programmes qui permet à France Télévisions de maîtriser ses budgets.

Car une chose est certaine : il ne peut être question de proposer au téléspectateur de demain la télé d’hier. La France a cessé depuis longtemps de se rêver en noir et blanc et c’est pour cette raison
que la télévision publique doit garder les couleurs de la vie. Les Français aiment leur télévision publique. Ils la regardent car ils savent qu’elle ne les a jamais considérés comme de simples cibles commerciales.

Ce lien avec les téléspectateurs est essentiel.
Il doit être maintenu. Il légitime la notion même de service public. La mort de l’Audimat ne saurait être la fin de l’audience. Pour préserver ce lien entre le pays et sa télévision publique, il est indispensable de pouvoir continuer à rassembler l’audience la plus large. Le service public doit
continuer à pouvoir programmer les grands événements nationaux, patrimoniaux, sportifs ou artistiques qui rythment la vie de notre collectivité. En effet, ces événements populaires forment le ciment qui permet de souder les différentes composantes de notre société, surtout lorsqu’ils contribuent à dessiner l’identité du pays.

Accepter que demain, faute de moyens, la diffusion de ces grands événements nous échappe serait non seulement abdiquer définitivement devant la marchandisation de la société française, mais reviendrait à privatiser des pans entiers de notre vie sociale. Au-delà des intérêts de
France Télévisions, c’est l’esprit même du service public qui serait atteint de plein fouet.

France Télévisions doit pouvoir continuer à diffuser de grands événements nationaux mais elle doit aussi continuer à programmer tous les genres : fictions, cinéma, documentaires, programmes jeunesse,
magazines, sports, variétés, jeux, divertissements, séries françaises ou étrangères, dès lors qu’aucun de ces programmes ne porte atteinte à l’éthique et à la dignité du service public.

Si un seul de ces genres devait être interdit à France Télévisions, le service public se couperait d’une large partie du public.
Rien ne serait pire qu’une télévision publique qui déciderait de ne s’adresser qu’à une petite élite déjà saturée de références et qui abandonnerait le reste des téléspectateurs à la télévision commerciale.

En revanche, ce nouveau modèle économique peut offrir à France Télévisions l’occasion d’amplifier encore sa créativité et favoriser la prise de risques dans ses contenus et à tous les niveaux de sa grille de programmes. Si l’on souhaite que le service public continue à jouer un rôle central, il doit aussi voir son périmètre maintenu. Conserver la pluralité de ses antennes, avec cinq chaînes au positionnement
complémentaire, c’est lui permettre de continuer à satisfaire tous les
publics.

Le téléspectateur doit avoir le choix entre une diversité de chaînes publiques et une diversité de chaînes privées. C’est là le modèle anglais de la BBC, qui compte huit chaînes. Si demain le téléspectateur devait choisir entre une offre commerciale multiple et un service public confidentiel, il n’aurait aucun véritable choix.
Assurer au service public un financement pérenne, c’est d’abord compenser intégralement, et de façon dynamique, les pertes liées au tarissement de la ressource publicitaire. C’est ensuite financer les programmes qui viendront remplacer les écrans publicitaires. C’est enfin permettre au service public de continuer à conduire une politique de diversification adossée à la qualité et au succès de ses programmes.

L’État doit aller jusqu’au bout de sa logique et autoriser France Télévisions à bâtir une vision patrimoniale de ses programmes avec l’ensemble des créateurs.

En un mot, l’investissement public dans la création doit permettre de soutenir notre présence sur tous les réseaux, comme c’est le cas de la BBC. (…)

Notes

[*extrait d’une tribune parue dans le quotidien Le Monde du 17 janvier 2008.


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