Accueil > Dossiers > RTBF > La pub, vue par Test Achats et Respire : Réguler ou supprimer (...)

Dossier du Journal du Mardi n°341 - 5 février 2008

La pub, vue par Test Achats et Respire : Réguler ou supprimer ?

Interview croisée par Bernard Hennebert.

lundi 18 février 2008

Dans son édition du 5 janvier 2008, le Journal Du Mardi consacrait un important dossier à la place et au rôle de la pub à la RTBF. Au cœur de ce dossier, une interview de l’actuelle Ministre (PS) de l’audiovisuel et l’ancien Ministre (MR) de la même compétence, document révélateur sur lequel nous aurons l’occasion de revenir.
Le Journal Du Mardi est le premier organe de presse à réellement ouvrir le débat « pub à la RTBF », posant les questions qui s’imposent et faisant apparaître clairement des enjeux et des questions que les décideurs éludent depuis de nombreuses années.

Ce dossier est (presque intégralement) reproduit ici, avec l’aimable autorisation du Journal Du Mardi.

Le dossier du Journal Du Mardi :
- « Demandeur de rien, vraiment ? »
- « La RTBF sans pub ? La Ministre (PS) contre l’ex-Ministre (MR) de l’audiovisuel »
- « La pub, vue par Test Achats et Respire : Réguler ou supprimer ? »
- « Derrière l’audience qui pour certains est un mot vulgaire, il y a le citoyen qui pour tout le monde est un mot très noble »
- « La mort de l’audimat ne saurait être la fin de l’audience »
- « Comment la pub peut saboter une émission »


La pub, vue par Test Achats et Respire : Réguler ou supprimer ?

Le 7 décembre 2007, Sandrine Sépul, qui représente le Jury d’Ethique
Publicitaire (JEP), est invitée à s’exprimer, sans réel contradicteur à ses
côtés en studio, dans Médias Première sur La Première.
Jean-François Ducart, le porte-parole de Test Achats, participe à cette émission. Cette association de consommateurs vient d’intégrer le jury du JEP. J-F.Ducart va y déclarer : «  (…) Supprimer (la pub), c’est un peu un combat d’arrière-garde ». Et ceci, sans réaction ou sous-question de la part des deux animateurs de la RTBF, Alain Gerlache et Jean-Pierre Hautier.
N’étant pas invité en studio, Respire, le groupe de réflexion et d’action pour libérer l’espace public de la publicité commerciale, avait opté pour l’interactivité proposée aux auditeurs en transmettant son témoignage aux responsables de Médias Première. Jean-Pierre Hautier n’en fera aucun résumé pour les auditeurs, lançant laconiquement
à Mme Sépul : « Le JEP n’a pas que des amis… On a reçu un texte de Respire… On n’a pas le temps de le lire : on vous le donnera ».

Les jours qui suivirent donnèrent lieu à quelques vifs échanges entre les représentants de Test Achats (TA) et de Respire, en ce qui concerne leur façon de se positionner par rapport au JEP ainsi que leurs stratégies respectives pour contrer l’envahissement publicitaire.
Nous voulions mieux comprendre ce qui peut différencier ces deux acteurs qui défendent chacun à leur manière les intérêts du public. Nous leur avons donc demandé un double exercice. Dans un premier temps, chacun d’eux posera trois questions à l’autre interlocuteur. Ensuite, nous avons redispatché les questions et ramassé les copies quelques jours plus tard.

Respire interroge Test Achats

De nombreux sondages indiquent un ras-le-bol très marqué face à la publicité. N’estimez-vous pas que la protection du consommateur passe aussi par la diminution du matraquage publicitaire, et si oui, quelles actions comptez-vous entreprendre en ce sens ?

La question me semble rhétorique et théorique. Oui, il faut éviter le matraquage publicitaire. Oui, ce type de discours est facile à tenir en théorie. Le phénomène publicitaire est omniprésent et l’on peut procéder de différentes manières pour lui imposer des règles démocratiques : interdire, limiter, réguler,… Test Achats (TA) a depuis toujours utilisé les moyens légaux et démocratiques à disposition. À l’époque en 1991, et par la suite, TA a, par exemple, participé à l’élaboration d’un cadre général limitant ou interdisant certaines publicités, en l’occurrence la loi du 14 juillet 1991 relative aux pratiques du commerce. Chaque fois que nécessaire, en cas d’infractions ou de constats de mauvaises pratiques
(notamment au travers de ses enquêtes), notre organisation dénonce, dépose plainte, introduit des actions judiciaires (coûteuses et longues) ou encore demande aux autorités d’intervenir ou au législateur de modifier le cadre légal. Notre participation au JEP n’y changera rien. Nous restons entièrement libres d’utiliser ces leviers de défense du consommateur et nous le ferons.

La publicité commerciale est une incitation efficace à la consommation. Or, si tout le monde consommait comme nous, « il faudrait trois planètes ». Quelle est la position de TA face à l’idéologie du « toujours plus » ? Comment protéger les consommateurs des dangers de la surconsommation ?

Les conséquences négatives de la surconsommation sont intégrées depuis longtemps dans nos analyses. La recherche du meilleur ,qui a pour objectif de donner aux consommateurs des outils d’appréciation et de comparaison. Nous ne cessons pas de sensibiliser et d’informer sur le « consommer mieux » plutôt que sur le « consommer plus » dans toute une série de domaines de la consommation. Nous pensons sincèrement que la publicité n’en est qu’un symptôme et que les problèmes de mauvaise qualité des produits ou de mauvaise consommation doivent être attaqués à la source, à la racine, le plus en amont possible. Nous ne croyons pas plus dans le postulat de la décroissance, source d’autres effets pervers et de régression sociale.

TA met souvent en garde ses affiliés contre des escroqueries commerciales. N’estimez-vous pas que l’essentiel des publicités sont des escroqueries tant elles affirment des mensonges et des contrevérités tombant sous le coup de la loi ? TA ne défendrait-il pas mieux les
consommateurs en luttant pour le respect de la législation plutôt qu’en se joignant au monde publicitaire via le JEP ?

Sous peine de me répéter, je crois que j’ai répondu à cette question précédemment sur notre rôle par rapport au phénomène publicitaire. Que la publicité soit parfois une véritable escroquerie, notamment intellectuelle, ne fait pas de doute. Quand la loi est enfreinte ou contournée, TA utilise les moyens décrits plus haut … Je peux vous faire la liste des actions entreprises par mon organisation ces dix dernières années, je ne suis pas sûr que le « palmarès » de certaines organisations qui se disent « antipub » soit aussi fourni. Quant à la participation (premier test pendant 3 mois) au JEP, c’est un moyen supplémentaire d’agir qui ne change rien à nos principes : proximité,
indépendance et expertise.

Test Achats interroge Respire

La logique de Test Achats est de donner des outils d’information et de comparaison pour faire le tri entre les offres de produits et de services, avec la conclusion qu’il y en a de très bons (Maître-Achat), de bons et de très mauvais ou futiles. Notre organisation recherche donc le plus en amont possible où se trouvent les problèmes. En aval, la publicité, et symptôme de notre société de consommation, mais ce n’est qu’un symptôme. Alors soigner le mal ou ses symptômes… La publicité est-elle réellement la source de tous nos maux ?

La publicité commerciale n’est bien entendu pas la source de tous nos maux. Nous sommes par contre certains que la publicité commerciale est un problème majeur notamment en ce qu’elle constitue une atteinte à la liberté individuelle (de réception de messages privés) et une pression agressive à la surconsommation (alors que l’on sait que nos modes de vie consuméristes ne sont pas soutenables). Dire que la publicité est un simple symptôme de notre société de consommation est une vue de l’esprit. Les annonceurs en Belgique n’investiraient pas plusieurs milliards d’euros par an en publicité si ces messages ne leurs étaient pas bénéfiques. S’ils le sont, c’est que la publicité a bien une efficacité, qu’elle agit effectivement sur les ventes. Elle n’est pas donc pas seulement le symbole de notre mode de vie consumériste insoutenable, elle en est également un vecteur. Pour ces raisons, et considérant qu’il est absolument nécessaire de consommer moins et mieux (qu’il s’agisse de « maître-achats » ou d’achats futiles, nous savons que nous consommons beaucoup trop, notamment d’énergies fossiles), nous pensons qu’il est indispensable de limiter drastiquement la propagande commerciale.

Test Achats a tendance à vouloir réguler les phénomènes publicitaires et, en 50 ans, a obtenu des avancées et des changements dans le domaine. Cela peut se faire parfois par l’intermédiaire de restrictions ou interdictions particulières. C’est une question de stratégie… Alors réglementer ou supprimer ?

Réglementer ET supprimer. Chacun a le droit de se promener dans la rue, par exemple, sans être soumis à tel ou tel message conçu pour manipuler et promouvoir les intérêts privés d’une grande entreprise. Respire demande donc l’interdiction de la publicité commerciale dans les espaces publics qui comme leur nom l’indique doivent être au service du public et non d’intérêts privés marchands. Cependant, les personnes qui le souhaitent devraient pouvoir recevoir la publicité qu’elles désirent – il ne s’agit pas de tout interdire. Mais étant donné le caractère manipulateur de la publicité, le droit à l’information des citoyens et des consommateurs et les impératifs sociaux et environnementaux, il est également nécessaire de réglementer strictement tout contenu publicitaire et d’interdire la publicité pour certains produits et services. Respire demande par exemple l’interdiction de la publicité commerciale pour les produits et services les plus polluants (pétition et proposition de loi www.stoppubauto.be).

Test Achats, organisation respectable et adulte, utilise tous les moyens légaux disponibles pour faire entendre la voix des consommateurs. Faire changer les lois, se concerter en toute indépendance avec les autorités et les secteurs concernés, introduire des actions en justice, informer et sensibiliser… Voilà autant de tâches d’une organisation de consommateurs… Mais peut-être que d’autres organisations ont d’autres moyens « miracles » pour défendre ses intérêts et ses membres ? Mais quels sont-ils ?

À l’origine du présent « entretien croisé » : une émission de la RTBF consacrée au contrôle de la publicité et au JEP - maillon d’autolégitimation du lobby publicitaire - au cours de laquelle TA fera des déclarations problématiques et ne réagira pas à certaines affirmations mensongères du lobby tout en annonçant s’associer à ses travaux. Loin de chercher des moyens « miracles » pour prendre ses responsabilités, Respire estime que faire usage de la raison et rechercher la cohérence est nécessaire. Nous savons que nous consommons au-delà du raisonnable. Le mode de vie actuel, entretenu activement par l’agression publicitaire permanente, est sans issue et nous pousse inéluctablement vers la violence de conflits pour l’appropriation des ressources naturelles. Refuser cette logique mortifère et puérile de l’égoïsme généralisé est une nécessité absolue et une condition de l’émergence d’alternatives viables. Agir pour une société respectueuse de tous et de la planète, dans laquelle l’économie ne serait plus le prétexte infantile du « moi d’abord », voilà la tâche à laquelle Respire participe modestement en cherchant et suggérant des solutions praticables et réalistes ou des pistes à explorer pour sortir de l’ornière. Modifier la loi est nécessaire, autant que changer de logique.


Suivre la vie du site Articles | Suivre la vie du site breves | Contacts | Confidentialité