Accueil > Documents > Décroissance de la consommation > Une croissance infinie sur un monde fini est impossible : "Libération" s’y (...)

Une croissance infinie sur un monde fini est impossible : "Libération" s’y met.

mardi 24 janvier 2006

Dans son édition du 14 janvier 2006, Libération publie un ensemble d’articles sur les enjeux liés à la « croissance » et à la surconsommation des ressources naturelles non renouvelables.

Les 6 articles proposés sont emblématiques de la prise de conscience rapide qui s’effectue sur l’insoutenabilité totale de nos modes de vie : on remarque que le monde entier ne pourra matériellement pas vivre comme nous le faisons, on reconnaît que l’accès des pays « en voie de développement » à nos modes de vie met en péril à la fois l’économie mondiale et la survie de la planète, mais l’idéologie du progrès et de la croissance restant encore les plus fortes, on s’empresse de dire que « la décroissance » n’est ni possible ni souhaitable, qu’elle est une lubie moralisatrice en provenance des pays riches, etc.

Bref, l’occasion de préciser quelques éléments fondamentaux de l’idée que nous nous faisons de « la décroissance ».

Lorsque l’on parle de croissance ou de décroissance, il faut préciser de quelle croissance ou décroissance on parle ; se demander : croissance de quoi ? Décroissance de quoi ? Pourquoi ? Croissance du PIB ou croissance de la pollution ? Décroissance de la productivité ou de la maladie ? Selon que l’on parle de l’un ou de l’autre, l’évaluation est très différente.

À Respire, nous parlons de décroissance de la consommation, dans les pays riches, pour que les pays « non riches » et les générations futures puissent bénéficier d’un accès raisonnable aux ressources naturelles.

Cette décroissance de la consommation n’est pas négociable : la planète Terre ayant des ressources limitées, il est tout simplement impossible d’y puiser sans fin. Cela est rendu particulièrement clair avec le pétrole, sang de l’économie, dont la consommation va croissante alors que l’offre stagne et va bientôt diminuer (voir par exemple http://aspofrance.org/). Pour mieux visualiser ce dont il s’agit, prenons un exemple simple. Tous les enfants de 5 ans le savent : si j’ai 5 pommes dans mon panier et que je mange une pomme par jour, au bout de cinq jours, je n’ai plus de pommes dans mon panier. Les guerres pour l’énergie (pétrole, gaz) qui sont en cours (Irak) et qui vont s’aggraver reposent également sur un principe à peine plus compliqué que les enfants connaissent aussi bien : si papa, maman, mon frère et ma sœur mangent tous une pomme par jour, que les pommes sont indispensable à leur alimentation et que j’ai 20 pommes dans mon panier, au bout de quelques jours, voyant le nombre de pommes diminuer, la famille devra rationner ou changer de mode d’alimentation... Ou bien les membres de la famille seront condamnés à se battre pour prendre les dernières pommes.

Il en va de même avec les ressources naturelles non renouvelables que nous utilisons : nous les avons jusqu’à aujourd’hui employées comme si elles étaient inépuisables, nous les avons largement dilapidées. Il en reste encore, et si nous voulons éviter la pénurie et les guerres, il est de notre devoir de les utiliser avec parcimonie et, en même temps, de trouver des moyens de pouvoir s’en passer peu à peu. Ce sevrage est d’autant plus urgent que notre surconsommation génère une surpollution dont les effets sont en passe de devenir incontrôlables. L’effet de serre en est l’exemple le plus frappant : si nous ne diminuons pas drastiquement notre production de gaz à effet de serre - et parmi ceux-ci le CO2 issu de la combustion du pétrole est le principal fauteur de troubles - nous bouleverserons irrémédiablement le climat qui nous permet de vivre. La décroissance de la consommation : une nécessité matérielle.

Etant donné le caractère limité des ressources de la planète, la décroissance de la consommation est inéluctable. Si nous ne la prévoyons pas et que nous nous montrons incapables de changer nos modes de vie, nous serons alors brutalement confrontés à ce que nous n’avons pas voulu voir. La décroissance de la consommation prendra alors le nom de récession économique, ce qui est à peu près ce qui se fait de pire dans une économie « de croissance » (le système qui est le notre aujourd’hui). La décroissance de la consommation est donc nécessaire, elle est une phase de transition vers un monde plus juste dans lequel le plus petit nombre n’accaparerait plus la presque totalité des richesses au détriment de la majorité.

A ce sujet, que Libération écrive dans son éditorial que grâce au développement : « Par centaines de millions, des hommes et des femmes sortent de l’ère des famines endémiques, de l’ignorance générale, de la mort précoce et de la misère à vie » est faux et, dans la mesure où il s’agit de vies humaines, scandaleux.
L’entrée de la Chine dans l’OMC jette des centaines de millions de paysans dans la misère et le dénuement complet, les politiques d’exportation et de subventions agricoles de l’Europe et des Etats-Unis appauvrit directement des milliers de familles par tout dans le monde (voir par exemple la position de La confédération paysanne). Depuis plus de trois décennies, la situation matérielle et sociale de la majorité des habitants d’Afrique se détériore Voir un article de RFI sur la situation des producteurs de coton en Afrique.

Quant à la « richesse » des habitants des pays occidentaux, elle doit également être rapprochée de la croissance des inégalités, de la frustration galopante, et des replis identitaires qui concernent presque tous nos pays. Les violences urbaines que la France a vécues il y a un mois sont-elles à ce point déjà oubliées par Libération qui en avait pourtant beaucoup parlé ? Les perspectives des élections présidentielles françaises en 2007 sont-elles vraiment plus réjouissantes que celles de 2002 où M. Le Pen était arrivé au second tour ? Et, chez nous, a-t-on réellement fait quelque chose pour éviter une nouvelle marée brune comme on nous le promet après chaque élection ? La décroissance de la consommation des plus favorisés est une condition sine qua non pour que soit possible une redistribution plus équitable et plus raisonnable des richesses entre tous les Hommes et tous les peuples.

La décroissance de la consommation est un passage obligé vers des modes de vie plus sobres, qui, comme nous le croyons, pourraient bien aussi être plus heureux : le confort matériel a-t-il jamais donné un sens à l’existence ? Les plus belles joies de la vie ne sont-elles pas celles que procurent le contact avec d’autres personnes et avec la nature ?
Il est temps de reconsidérer en profondeur l’organisation de nos sociétés dirigées par une compétition qui dresse les gens les uns contre les autres, qui dévaste la planète et les consciences. La décroissance de la consommation est l’occasion de renouer avec ce qui importe vraiment.


Extrait d’un des articles de Libération (Les autres articles sont disponibles sur le site de Libé via le lien ci-dessous.) :

Ressources : l’Inde et la Chine prennent leur part

"Le développement chinois affole les boussoles, économique mais aussi écologique. Son formidable boom fait frémir les environnementalistes : et si, dans une génération à peine, les ressources énergétiques de la Terre se révélaient insuffisantes ? "

Lire la suite de l’article :


Suivre la vie du site Articles | Suivre la vie du site breves | Contacts | Confidentialité