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La pétition contre le projet de J.C. Decaux d’implanter un panneau publicitaire déroulant de 8m2 à Saint-Gilles a été remise.

jeudi 12 janvier 2006

La pétition a été remise à la Bourgmestre faisant fonction et à l’Echevin de l’urbanisme de Saint-Gilles. Nous vous tiendrons au courant de la réponse que les autorités communales réserveront à cette pétition sur le site.

D’ores et déjà, pensons à mettre en place une surveillance de toute demande de permis d’urbanisme (à Bruxelles et ailleurs s’il y a des volontaires) qui concerne la publicité pour y réagir systématiquement.

Saint-Gilles, le 11 janvier 2006.

Objet : remise d’une pétition signée par 744 personnes contre le projet de la multinationale J.C. Decaux d’implanter un panneau publicitaire déroulant de 8m2 au croisement de la chaussée de Forest et de la rue Fontainas.

Monsieur le Bourgmestre,
Madame la Bourgmestre f.f.,
Mesdames et Messieurs les échevins,

Vous trouverez ci-jointe une pétition signée par 744 personnes contre le projet de la multinationale J.C. Decaux d’implanter un panneau publicitaire déroulant de 8m2 au croisement de la chaussée de Forest et de la rue Fontainas (Porte de Hal).

Comme vous le lirez dans l’en-tête de la pétition, les arguments qui ont été présentés aux signataires s’articulaient autour de trois enjeux : l’aggravation de la dangerosité du carrefour, l’enlaidissement urbain, et l’agression publicitaire supplémentaire. Lors de la signature de la pétition, de nombreuses personnes ont fait part d’un important ras-le-bol de la publicité commerciale. Tous n’ont pas signé pour les mêmes raisons, certains réagissant plus sur la dangerosité du carrefour, d’autres sur la laideur ou l’envahissement de la publicité, d’autres encore sur l’immoralité des messages qu’elle véhicule. Nous avons récolté plus de 500 signatures en moins de dix jours, le reste des signatures ayant été obtenu par la suite. Cela témoigne clairement d’une forte aversion vis-à-vis de la publicité commerciale exprimée ici dans la plupart des cas par des personnes habitant Saint-Gilles, attachées à leur lieu de vie et à la préservation de la qualité de leur environnement.

Les arguments que nous avons présentés aux signataires étaient les suivants :

1) Ce panneau augmentera la dangerosité du carrefour  :

-  en détournant l’attention des conducteurs, particulièrement attiré par le mouvement de ce panneau déroulant (les publicitaire affectionnent ce genre de support connu pour actionner un réflexe neurologique d’attention),

-  en distrayant l’attention des conducteurs avec des images spécifiquement conçues pour capter l’attention (on imagine par exemple l’effet que les publicités pour la lingerie féminine auront sur les conducteurs),

-  ce panneau serait situé juste avant un croisement qui est déjà dangereux : il y a en effet un feu flottant (placé après une intersection) qui, comme les usagers du passage pour piétons le constatent tous les jours, n’est pas toujours bien interprété ni respecté par les automobilistes.

2) Particulièrement envahissant (heureusement pour nous, les panneaux de 8m2 ne sont pas encore la norme des publicitaires mais, comme dans d’autres pays, ils pourraient bien le devenir si l’on ne s’y oppose pas fermement) ce panneau enlaidirait l’environnement urbain. Il devrait être placé devant une façade qui vient d’être rénovée, gâchant ainsi l’effort de réhabilitation entrepris. Soulignons qu’il serait placé au bas de l’avenue Jean Volders, juste à la limite d’une zone classée « protégée » dans le PRAS. L’avenue Jean Volders conserve une belle harmonie de style « art nouveau », rehaussée par les rénovations entreprises rue Vanderschrick. Placer un panneau publicitaire de 8m2 déroulant au contenu imprévisible et aux couleurs criardes casserait l’équilibre architectural et urbain de cette zone. Soulignons que la chaussée de Forest est classée « zone restreinte » dans le RRU (Règlement Régional d’Urbanisme), ce qui signifie que ce panneau publicitaire siègerait à l’extrême limite de quatre zones protégées (Monument et Sites) : la chaussée de Forest, la rue Fontainas, l’Avenue Jean Volders et la Porte de Hal. Il serait préférable de protéger l’ensemble de cette zone pour préserver le milieu de vie des citoyens plutôt que de laisser une multinationale jouer avec des frontières - qui par nature sont limitées - pour imposer à tous des images laides et nocives. Soulignons en plus que ce projet contrevient à l’esprit du RRU visant à préserver et améliorer la qualité et l’harmonie urbanistique de Bruxelles. Il s’inscrit également en faux du Plan Communal de Développement de Saint-Gilles qui stipule notamment que :

-  « Depuis quelques années l’espace public (...) subissait [le mode imparfait nous paraît ici inapproprié] l’encombrement désordonné d’un mobilier urbain hétéroclite, manifestation de l’ingérence individualisée de multiples intervenants publics. » (p. 19), il nous semble y avoir là une bonne occasion de prévenir cet encombrement.

-  « Pour la poursuite de ces politiques de rénovation de l’espace public et de mise en valeur du patrimoine bâti, une nouvelle réflexion doit être menée au sein de la commune pour [notamment] : - la mise en valeur des espaces structurants de l’espace public » (p. 19) : la façade rénovée devant laquelle devrait être implanté ce panneau ne constitue-t-elle pas un espace structurant de cette zone ? Le parc de la Porte de Hal et l’Avenue Jean Volders rénovée et protégée ne sont-ils pas des espaces structurants qui seraient dévalorisés par la présence d’un grand panneau publicitaire ?

-  « (...) un certain nombre de voiries, places et carrefours devront être réaménagés dans le cadre des nouvelles options en matière de mobilité. Ce sera l’occasion de mettre en oeuvre des principes clairs d’aménagement traduisant une réelle volonté urbanistique par le biais [notamment] : - la rationalisation du mobilier urbain, la suppression des poteaux surabondants et une réflexion sur le développement de la signalétique » (p. 20) : implanter un panneau supplémentaire va contre cet effort urbanistique et contre l’amélioration de la mobilité, notamment celles des personnes « à mobilité réduite » (voir également le point 7 ci-dessous). Cela va également à l’encontre d’une bonne visibilité des signaux routiers.

3) Les publicités nous agressent à chaque coin de rue par leurs messages non-sollicités. Si l’on parle ici d’un seul panneau, n’oublions pas que la publicité s’impose massivement à tous dans l’espace public sans qu’il ne soit possible d’y répondre (aussi bien dans la rue, qu’à la radio, à la TV, au cinéma, sur Internet, au restaurant, sur les vêtements, dans les transports publics, etc). Le matraquage publicitaire est permanent, on estime qu’une personne adulte est confrontée chaque jour à 2500 messages commerciaux (Ignacio Ramonet, Le monde Diplomatique, mai 2001). Alors que les tensions liées à la raréfaction des ressources naturelles s’exacerbent, que les dommages créés par la pollution deviennent extrêmement préoccupants (l’effet de serre est une menace globale), il est aberrant de laisser l’espace public à la merci de grands groupes et de publicitaires dont l’objectif unique est de vendre des produits et d’inciter à leur consommation, renforçant ainsi le système de surconsommation qui épuise les ressources et pollue le milieu. De plus, ces messages publicitaires instaurent une norme « consumériste » (il faudrait être jeune, riche, blanc, mannequin, en bonne santé) inatteignable parce que factice, qui génère honte et frustration. De même, ils jouent avec les valeurs sociales et morales qui nous permettent de vivre ensemble et les renversent ou les pervertissent pour faire vendre. On nous incite ainsi à jouer à la loterie pour devenir « indécemment riche », les mamans apprennent que bien s’occuper de leur bébé, c’est l’habiller de telle marque. La générosité est en passe de devenir une vertu des banquiers, qui proposent des crédits à des taux « imbattables » pour « aider » les consommateurs (futurs surendettés ?) dans leurs développement personnel, etc.

Plusieurs arguments supplémentaires nous ont été apportés par les signataires de la pétition :

4) Ce panneau serait situé à la hauteur des grandes tours Fontainas, et à la limite du quartier Midi, réputé être un quartier populaire. Or la publicité est connue de tous pour être une incitation efficace et donc dangereuse à la surconsommation, surtout quand elle s’adresse à des personnes qui disposent de moins d’outils pour s’en prémunir. En particulier, les publicités pour les crédits sont réputées être un facteur déterminant dans le surendettement dont on sait qu’il brise des familles. Qui pourrait assurer que ce grand panneau publicitaire ne contiendra jamais de publicité pour le crédit ? Pourquoi choisir d’implanter ce panneau à la limite d’un quartier populaire ? S’il devait absolument être mis en place, ne serait-il pas mieux placé au niveau de la maison communale, là où le revenu par habitant est sans nul doute plus élevé que dans le bas de Saint-Gilles ?

5) Soulignons également que ce panneau serait orienté vers le parc de la porte de Hal, où des dizaines voire des centaines de personnes se détendent chaque jour en été. Ce panneau de grande taille qui leur serait imposé leur infligerait donc chaque semaine trois nouveaux messages, tout au long de la journée, de façon lancinante, répétitive, constante, mécanique, automatique, sans qu’ils ne puissent jamais y répondre, sans qu’il ne soit possible de l’écarter. Cela n’est pas acceptable.

6) Ce panneau électrique a besoin d’être alimenté en courant électrique, à la fois pour actionner ses moteurs et peut-être également pour le rétro-éclairage, qui lui assurerait un pouvoir de nuisance supplémentaire la nuit venue. Mais qui paye cette facture d’électricité ? Il est certain que c’est le contribuable, soit au travers du prix des biens qu’il achète et de la TVA, soit par le biais des impôts, soit encore par ces deux moyens combinés. Il est de la sorte mis à contribution sans que son avis ne lui ait été demandé. Si les contributions de chacun sont positives lorsqu’il s’agit du bien public, on ne voit aucune raison qui justifierait que les citoyens doivent payer la facture d’électricité de J.C. Decaux (ou d’autres publicitaires) qui nous inflige des messages immoraux et nocifs dans notre espace public sans que nous ne puissions jamais y répondre.

7) Ce panneau repose sur un pied de taille importante. Placé sur un trottoir, il constituerait un obstacle supplémentaire pour les personnes à mobilité réduite, notamment les personnes malvoyantes. A ce sujet, rappelons que la « Maison d’aveugles » est située porte de Hal, dans la rue faisant face au lieu où ce panneau devrait être implanté. Encore une fois, cette nuisance supplémentaire infligée n’est pas acceptable.

Les membres de l’asbl RESPIRE ont l’honneur de vous remettre cette pétition comptant 744 signatures contre le projet d’implantation d’un panneau publicitaire de 8m2 à Saint-Gilles. Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, ce projet nous semble inacceptable. Nous refusons cette nouvelle agression publicitaire.

Comme toutes les personnes qui l’ont signée, dont une majorité de Saint-Gillois(es), nous espérons vivement que les autorités communales rejetterons ce projet, que l’espace public, bien commun, sera protégé de la voracité de quelques groupes commerciaux transnationaux et que Saint-Gilles pourra petit à petit se libérer des messages publicitaires nocifs et antidémocratiques.

Espérant que les voix citoyennes exprimées dans cette pétition seront entendues et dans l’attente de votre réponse, nous vous prions Monsieur le Bourgmestre, Madame la Bourgmestre f.f., Mesdames et Messieurs les échevins, d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Les membres de l’asbl Respire


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