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Réclame, je réclame !

Une chronique de Denis Marion, porte-parole de TBBW (Trop de Bruit en Brabant-Wallon)

samedi 20 octobre 2007

"Qui fait vraiment quelque chose pour la pollution ? [1] Mais moi, pardi. Je viens de changer de bagnole. Toutes les dix minutes, une bobonne ou un pépère vous soulent avec ce discours stupide et réducteur. Un autre constructeur vous offre le choix entre l’essence, le diesel et le vert. Comme si changer de voiture était la panacée contre le réchauffement climatique. Certes, un véhicule qui remplace un autre plus polluant semble toujours une bonne chose, mais c’est sans tenir compte d’autres facteurs, comme l’énergie grise nécessaire à la construction des véhicules. C’est pourquoi certains se demandent si changer de voiture est réellement un geste contre le réchauffement climatique [2]. Peut-on donc être heureux d’un discours publicitaire qui brouille les pensées en éludant une partie du discours. Nous pourrions comparer cela à la réflexion : « Je respecte l’environnement parce que je trie mes déchets » alibi magnifique pour consommer, mais ne serait-il mieux de ne pas produire ces détritus ? Cette formule dont j’ai déjà usé, j’en userai encore pour démontrer la nécessité de la réflexion sur nos actes. (Elle est parfaitement renouvelable).

Mais tous ces rad(i)otages ont encore une connotation « verte », même si imparfaite. Dans la même série de spots radio, un consommateur échange l’économie réalisée lors de l’achat de sa voiture contre une improbable suite hôtelière ou un autre se réjouit de pouvoir gagner un million de miles en avion qui lui permettrait de faire je ne sais combien d’aller-retour Bruxelles-King-Kong. Oh quelle joie dans la futilité, quelle joie dans la stupidité ! Une totale contradiction avec la nécessité de réfléchir à notre mode de consommation et à son impact sur le climat. Ce n’est pas pour rien que je soutiens le Stop à la pub pour les voitures et les voyages en avion ! [3]

Plus largement, ils sont devenus rares les endroits où l’on échappe à ces publicités et ceux qui y échappaient encore un peu se laissent conquérir lentement. L’espace public, lato sensu est envahi. Tous les spots dont je parlais plus haut altèrent mon plaisir d’écouter Matin Première sur la RTBF. Cela m’énerve d’entendre la chronique de Paul Hermant ou les « nouvelles vertes » entourées de telles calembredaines. Une question de finance me direz-vous pour justifier cela. Au point de déplacer l’émission pour enfants « Bla Bla » ? C’est en tous les cas ce que soupçonne Bernard Hennebert, animateur de Consoloisirs.be, qui se demande pourquoi a-t-on avancé l’heure de diffusion à 16 h 05 si ce n’est pas pour faire de la place à des programmes durant lesquels la publicité n’est pas interdite [4] [5].

Réclame à tous les étages... à la radio, à la télévision, dans les journaux, dans la rue. Si l’on peut passer au-dessus d’une publicité dans une revue, on peut plus difficilement se boucher les oreilles ou fermer les yeux pour échapper à l’intrusion de cette propagande, si ce n’est à se couper de tout. Bien entendu, comme la plupart, j’ai été amusé par les meilleurs films présentés lors des nuits des publivores (en tout cas, les extraits que j’en ai vus), mais il s’agit d’un choix délibéré de les regarder et non d’une agression soudaine. Parce que pour les publicitaires, tout fait farine au moulin, ils sont prêts à tout pour vendre leur salade au point de lâcher dans les stades rugby des bataillons de jolies filles en lingerie. Ce n’est pas pour déplaire au petit pourcentage de macho qui sommeille en moi, mais j’aurais préféré que cela fût gratuit [6]. Rien ne leur échappera-t-il ?

Je réclame donc contre la réclame et j’exige que l’on me rende mon espace public, la RTBF en fait partie, propriété de tous et non pas de quelques-uns, que l’on en finisse particulièrement avec ces slogans perturbateurs à un moment où l’on veut amener le citoyen consommateur ou le consommateur citoyen à réfléchir sur son impact sur l’environnement et le climat.

Et que ceux qui disent que cela est impossible, je peux leur dire que São Paulo a interdit toute publicité extérieure sur son territoire [7], mais je ne sais pas si cela compte pour les bataillons de jolies filles."

Voyez également les Humeurs de Trop de Bruit en Brabant-Wallon


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