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Extrait de "Le Galet" in "Le parti pris des choses" de Francis Ponge

mardi 2 octobre 2007

"Les végétaux, les animaux, les vapeurs et les liquides, à mourir et à renaître tournent d’une façon plus ou poins rapide. La grande roue de la pierre nous paraît pratiquement immobile, et, même théoriquement, nous ne pouvons concevoir qu’une partie de la phase de sa très lente désagrégation.
Si bien que contrairement à l’opinion commune qui fait d’elle aux yeux des hommes un symbole de la durée et de l’impassibilité, l’on peut dire qu’en fait la pierre ne se reformant pas dans la nature, elle est en réalité la seule chose qui y meure constamment.
En sorte que lorsque la vie, par la bouche des êtres qui en reçoivent successivement et pour une assez courte période le dépôt, laisse croire qu’elle envie la solidité indestructible du décor qu’elle habite, en réalité elle assiste à la désagrégation continue de ce décor. Et voici l’unité d’action qui lui paraît dramatique : elle pense confusément que son support peut un jour lui faillir, alors qu’elle même se sent éternellement ressuscitable. Dans un décor qui a rennoncé à s’émouvoir, et songe seulement à tomber en ruine, la vie s’inquiète et s’agite de ne savoir que ressusciter."

Tiré de Le parti pris des choses, Francis Ponge, Paris, Gallimard "Poésie", 2005.

Le Livre La décroissance. Entropie - Ecologie - Economie de Georgescu-Roegen est accessible ici au format .pdf.


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