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RTBF : Réponse à la réponse de M. Paul Ficheroule (PS) concernant la pub à la RTBF

lundi 16 juillet 2007

Le 2 juillet dernier, Monsieur Ficheroulle, Député au Parlement de la Commnuauté française (groupe PS) répondait à notre courrier précédant les débats du Parlement en Commission de "l’audiovisuel". Ci-dessous, notre réponse du 16 juillet à la réponse de M. Ficheroulle :


Monsieur le Député,

Merci de votre réponse du 2 juillet 2007 à laquelle nous voudrions répondre à notre tour en soulevant les questions qui suivent.

Une étude réalisée par Significant GfK en 2003 nous apprenait que 75% des belges trouvent qu’il y a trop de publicité à la télévision.

Sondage Le Soir Pub RTBF 160707

Un sondage réalisé par le journal Le Soir sur son site Internet (http://www.lesoir.be/forum/les_sond...) nous apprend que la publicité fait zapper 79,4% des 2331 participants à ce sondage lequel, quoique n’ayant pas de validité scientifique, constitue une indication très marquée de la saturation des usagers face à la publicité à la RTBF.
Estimez-vous que les débats menés au Parlement de la Communauté française ont correctement rendu compte de cet état de fait ? Pensez-vous que les députés ont représenté l’avis et l’intérêt des citoyens avec la vigueur qu’appelle cette majorité d’opinion ? Les possibilités de diminuer la publicité commerciale à la RTBF ou de l’en supprimer ont-elles été sérieusement envisagées ? Quels documents en attestent ?

Vous affirmez que les recommandations formulées par les députés vont toutes dans le sens d’un renforcement ou d’un maintien des règles qui visent à protéger les téléspectateurs.
Le nouveau contrat de gestion n’offre-t-il pas de nouvelles possibilités publicitaires, qui constituent de nouvelles formes de pression publicitaire ? Le nouveau contrat de gestion n’expose-t-il pas les téléspectateurs à un volume-temps publicitaire plus important que dans le précédent contrat de gestion ? Le nouveau contrat de gestion ne prévoit-il pas la suppression progressive et totale du plafond de recettes publicitaires ? Si oui, peut-on parler d’un renforcement ou d’un maintien des règles qui visent à protéger les téléspectateurs ?

Nous pensons comme vous que les enfants sont une cible facile pour les annonceurs et qu’ils doivent être protégés de la publicité commerciale. Dans ces conditions, comment expliquer que la RTBF relaie sur son site Internet l’outil publicitaire « media-smart », présenté comme un outil pédagogique par les publicitaire et vigoureusement déconseillé par la Ministre-Présidente Mme Arena ? Qu’a pu conduire Mme la Ministre Laanan à conclure de l’étude réalisée par les FUCAM que la règle dite des 5 minutes devait être supprimée ? N’y a-t-il pas lieu d’envisager des espaces audiovisuels libres de toute propagande commerciale vers lesquels les enfants pourraient se tourner sans être soumis à un matraquage publicitaire ? Quels devraient-être ces espaces audiovisuels ?

Vous soulignez qu’il n’est pas question pour votre parti politique de tolérer une dérive qui consisterait à sacrifier la qualité des programmes sur l’autel de la publicité commerciale. Estimez-vous que l’outil de l’audimat, créé par l’industrie publicitaire, permet une appréciation correcte de l’évolution des programmes d’un service public d’audiovisuel ? En ce qui concerne la qualité des contenus, ne serait-il pas utile de consulter la population (par exemple de façon approfondie d’abord et par touches successives ensuite) sur ses attentes en matière de contenu et de qualité ? Une telle étude a-t-elle été réalisée ? Les usagers auront-ils la garantie d’être écoutés par Reyers pour participer à l’évolution de la RTBF qu’ils financent, de sorte que le contenu rencontre les attentes du public ?

Vous soulignez que revenir à une radio-télévision de service public qui serait débarrassée des contraintes publicitaires, « une RTBF sans pub » est séduisante. Ne serait-il pas utile d’envisager sérieusement les possibilités concrètes de se diriger vers une telle RTBF avant de décider de rajouter de la publicité à la RTBF ? Monsieur Philippot a affirmé avoir calculé le coût d’une suppression immédiate et totale des recettes publicitaires à la RTBF et a communiqué à la presse des résultats différents (« La RTBF sans pub, c’est 750 emplois en moins » le 3 avril 2006 et de 298 à 338 emplois en moins un an et un mois plus tard). Le public peut-il prendre connaissance de ces études et de la façon dont elles ont été réalisées ? Une étude sur la suppression progressive de la publicité à la RTBF a-t-elle été réalisée ? Une étude sur les possibilités de financement alternatif de Reyers a-t-elle été conduite ? Si oui, est-il possible d’en prendre connaissance ?

Nous vous rejoignons sur la nécessité de maintenir un dialogue constant et fructueux sur la place de la publicité, la protection des enfants face aux contenus télévisuels, la violence à la télévision, etc. Le Parlement propose d’organiser un débat sur un triple sujet à la rentrée. Ne pensez-vous pas qu’il serait préférable de mener ce débat à terme avant de prendre les décisions concernant le sujet du débat ? Ne pensez-vous pas que, dans le cas où le public serait invité à s’exprimer après que les décisions aient été prises, ce public pourrait penser que ledit débat n’a pas d’utilité ? N’estimez-vous pas que consulter la population après la prise de décision constitue une démarche démocratiquement problématique ?

Vous rappelez l’exigence de n’ouvrir la porte à aucune dérive et aucun abus en matière de nouvelles pratiques publicitaires. Pensez-vous que les règles édictées dans les deux propositions de décrets ne sont pas susceptibles d’engendrer une complexité rendant le contrôle de la nouvelle réglementation particulièrement délicat ? Pensez-vous que le CSA est en mesure de réaliser pleinement cette mission ? Estimez-vous qu’autoriser ces nouvelles pratiques publicitaires constitue une méthode adaptée pour assurer la protection du public devant les agressions publicitaires de plus en plus envahissantes dans le quotidien de chacun ?

Vous nous rappelez que le Parti Socialiste est du côté des gens qui pensent que les citoyens doivent d’une part faire entendre leur voix et d’autre part être protégés des abus de toute forme d’agression publicitaire. Estimez-vous que le Parti Socialiste doit également écouter les citoyens qui font entendre leurs voix ? Pensez-vous qu’il existe des agressions publicitaires abusives et des agressions publicitaires non-abusives ? Quelles mesures le Parti Socialiste prend-il pour protéger les citoyens de toute forme d’agression publicitaire ?

Comme vous, nous voulons une RTBF fière et forte, qui assume pleinement son rôle de service public. Nous pensons que le service public doit être au service du public et non d’intérêts privés et marchands. Nous pensons qu’une majorité de citoyens souhaite également une RTBF publique de qualité. C’est la raison pour laquelle nous demandons que soit organisé un débat public avec le public sur la place de la publicité commerciale à la RTBF et que soit réalisée une étude approfondie, contradictoire et publique sur les possibilités pratiques de sortir progressivement la RTBF du piège publicitaire.

Dans l’attente de vous lire et restant à votre disposition, nous vous prions, Monsieur le Député, d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Les membres de l’asbl Respire.


La réponse du 2 juillet 2007 de Monsieur Ficheroulle :

Madame, Monsieur,

Votre interpellation relative à la place de la publicité à la RTBF m’est bien parvenue et je souhaite vous apporter les réponses les plus claires sur le sujet.

En effet, notre Parlement a mené pendant 6 mois des travaux approfondis sur la question, qui ont débouché sur la présentation à la ministre d’une série de recommandations qui, pour ne pas être unanimes (faute de consensus sur un certain nombre de questions) n’en sont pas moins riches et denses. La ministre comme la RTBF s’en sont d’ailleurs largement inspirées lors de leurs négociations. La procédure prévue par décret a donc été, évidemment, scrupuleusement respectée.

Au cas où vous ne disposeriez pas du rapport parlementaire élaboré par mes collègues, dont Isabelle Emmery, il est accessible via internet.

Vous pourrez y lire que nous avons longuement débattu, lors de travaux publics et d’auditions de nombreux intervenants des questions relatives à la publicité au sein du service public et que nous avons formulé des recommandations assez précises à cet égard. Celles-ci vont toutes dans le sens d’un renforcement ou d’un maintien des règles qui visent à protéger les téléspectateurs, tout en offrant à la radio- télévision de service public l’opportunité d’accroître ses recettes.

En effet, en ce qui concerne le groupe PS, nos objectifs sont clairs, nous concevons le nouveau contrat de gestion en vigueur, comme un cadre renforcé qui doit permettre de maximaliser le potentiel (créatif notamment) de la RTBF en s’inscrivant dans des exigences de service public renforcées et réalistes.

En outre,

- nous voulons une amélioration du système de protection des enfants à l’égard de la publicité, dans et autour des émissions pour enfants, élaborée de façon scientifique et efficace. En effet, comme vous, nous pensons que les enfants sont une cible facile pour les annonceurs et qu’il convient de ne pas les exposer à des messages préjudiciables pour eux. Tant qu’un tel dispositif n’existera pas, nous avons plaidé, à l’instar de la Ministre, pour un maintien du dispositif actuel. Ceci dit, la réflexion doit être globale et c’est bien l’environnement dans lequel sont immergés les enfants dans leur vie qui doit faire l’objet de la plus grande attention, de même que des initiatives performantes d’éducation à la publicité ou le développement de mécanismes protecteurs fiables.

- Vous mettez l’importance sur la qualité des programmes, qui pourrait être sacrifiée sur l’autel de la publicité commerciale. Je voudrais vous dire qu’en tout état de cause, il n’est pas question de tolérer une dérive de cette nature sur le service public. La prééminence absolue du financement public sur la part des recettes issues de la publicité commerciale et l’obligation pour la RTBF d’inscrire son action dans le cadre des missions qui lui sont confiées et qui reposent sur des exigences renforcées sont autant de marques tangibles que la qualité du service public est bel et bien une préoccupation majeure. Et que le contrat de gestion confirme cette vision. Notons également à quel point le nouveau contrat fait la part belle au suivi des objectifs qualitatifs et à la satisfaction des publics, auditeurs et téléspectateurs.

- L’idée de revenir à une radio-télévision de service public qui serait débarrassée des contraintes publicitaires, « une RTBF sans pub » est bien sûr séduisante. Cette réflexion doit s’inscrire dans l’analyse objective des contraintes existantes (notamment en terme de masses budgétaires) mais serait utile bien évidemment à l’examen approfondi de la question de la publicité. Toutes les pistes que l’on peut ouvrir pour atteindre l’objectif de diminuer la présence de publicité à la RTBF doivent être analysées, au regard de la capacité à les concrétiser sans créer un séisme pour l’entreprise publique.

Vous évoquez la pertinence d’un débat public ouvert sur la question de la place de la publicité. Je partage l’idée que chaque citoyen est concerné par la question et qu’il y a effectivement lieu de maintenir un dialogue constant et fructueux sur la place de la publicité, la protection des enfants face aux contenus télévisuels, la violence à la télévision, etc.

Aussi, complémentairement au débat qui a déjà eu lieu au sein du Parlement dans le cadre des travaux préparatoires au contrat de gestion, mon groupe soutiendra la tenue d’une session de travaux publics au Parlement de la Communauté française, dont la forme n’est pas encore arrêtée mais dont la pertinence est avérée.

Les nouvelles pratiques publicitaires doivent faire l’objet d’un examen attentif. Il faut trouver des balises performantes pour n’ouvrir la porte à aucune dérive et aucun abus. Cette exigence sera au cœur de la position du groupe en discussion autour du décret qui modifiera le décret sur la radiodiffusion. A ce sujet, la capacité d’identifier ce qui est de la publicité et ce qui n’en est pas doit persister. C’est essentiel. La protection des publics devant les agressions publicitaires de plus en plus envahissantes dans le quotidien de chacun doit être réelle. Ce n’est pas que le fait de l’audiovisuel, bien évidemment. Mais la stratégie doit être globale. Et l’action de fond menée par le CSA, les organisations de consommateurs, les mouvements citoyens sont précieux à cet égard. C’est vrai que le contrôle de la publicité ne peut pas être le seul fait de l’autorégulation (cfr. Jury d’éthique publicitaire) et qu’il faut créer des normes qui s’adaptent à l’évolution des formats. L’éducation aux médias et à la publicité est également une clé essentielle pour mieux outiller parents, éducateurs, jeunes et moins jeunes devant des messages qui, clairement, jouent sur la confusion des genres et tentent de s’immiscer dans l’inconscient de chacun pour mieux induire des comportements « spontanés », « irréfléchis » et surtout incontrôlés et impulsifs qui mènent à toujours plus de consommation.

Nous sommes du côté des gens qui pensent que les citoyens doivent d’une part faire entendre leur voix et d’autre part être protégés des abus de toute forme d’agression publicitaire.

Et nous voulons une RTBF fière, forte et conquérante qui assume pleinement son rôle de service public.

En conclusion, espérant avoir pu vous éclairer sur le point de vue de mon groupe dans un débat qui est essentiel pour l’évolution du paysage audiovisuel et pour l’avenir de notre télévision de service public, je reste à votre écoute.

Paul Ficheroulle
Député-Echevin PS


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