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Qui veut plus de pub à la RTBF ?

Carte blanche publiée dans Le Soir du 24 mai 2007

jeudi 24 mai 2007

« Sans pub, la RTBF se meurt » a-t-on lu en première page du Soir des 12 et 13 mai derniers. Après cette affirmation péremptoire, on espérait trouver - enfin ! - les arguments étayés qui justifient ce point de vue que la majorité politique de la Communauté française a répété tout au long de l’année 2006. Il n’en fut rien et, en lieu et place de démonstration, les lecteurs n’auront eu droit qu’à des propos mêlant désinformation et approximations partisanes.

Alors que les usagers, qui financent 75% de la RTBF, n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer sur l’envahissement publicitaire de ce service public, alors que les débats parlementaires organisés dans le cadre de la renégociation du contrat de gestion (2006) n’ont fait aucun cas de l’opinion des associations qui luttent contre la pubtréfaction de l’espace [1]et alors que le Parlement ne s’est pas encore prononcé sur les modifications de la législation sans lesquelles les formats publicitaires les plus agressifs (placement de produit, écran partagé, publicité virtuelle, interactive) restent interdits en Communauté française [2], Le Soir n’a pas hésité à adopter une position outrancièrement pro-publicitaire. « La suppression de la pub des antennes publiques est une utopie » pouvait-on ainsi lire dans notre quotidien.
C’est pourtant là une profession de mauvaise foi. L’asbl Respire demande depuis plus d’un an que soit réalisée une analyse approfondie [3], contradictoire et publique de la faisabilité d’une RTBF sans pub. Cette option n’a jamais été envisagée par les pouvoirs publics. Dans ces conditions, il est facile d’affirmer que sortir la RTBF de la publicité est impossible ! Tant que cette étude n’aura pas été réalisée et rendue publique, toute décision d’accroître la pression publicitaire sur les téléspectateurs-auditeurs et d’augmenter la part d’apports publicitaires dans le budget de la RTBF sera illégitime.

La même édition du Soir nous apprenait que « J.-P. Philippot a asséné une estimation qui, à elle seule, devrait calmer les opposants à la pub (...) ». Selon les calculs de l’administrateur général, l’effacement de la publicité provoquerait « la suppression estimée de 298 à 338 emplois ».
Ces calculs, dont on espère que la teneur fera cette fois l’objet d’explications publiques, confirment le point de vue des opposants à la publicité commerciale sur le service public : suite à notre interpellation [4], M. Philippot affirmait le 3 avril 2006 que « [la RTBF] sans pub, c’est 750 emplois en moins » [5].
Un an et un mois plus tard, la RTBF sans pub, c’est 300 emplois en moins. Encore un effort !

Précisons par ailleurs que les signataires de la pétition pour libérer la RTBF de la publicité commerciale n’ont jamais demandé la suppression immédiate de la publicité. Celle-ci ne peut qu’être progressive (la pétition proposait l’horizon 2012) [6]et mise en place dans le cadre d’une réflexion approfondie sur le financement des antennes (Qu’est devenue la redevance ? Comment taxer la publicité polluante ? Quels sont les objectifs d’investissements de Reyers ?). L’incapacité chronique à saisir le sens de la demande d’un grand nombre d’usagers témoigne de la pensée comptable et court-termiste qui anime les décideurs de la politique audiovisuelle actuelle.

Dans Le Soir du 28 mars 2007, nous demandions à M. Di Rupo de quelle façon le PS justifie le développement publicitaire qu’il promeut, puisque les députés ont sans cesse esquivé ce sujet [7]. Quelle espèce de raisonnement plaide en faveur d’une présence accrue de la publicité commerciale, sous des formats toujours plus agressifs, alors que les conséquences de la publicité sur l’environnement et la santé publique sont désastreuses ? A combien le PS et Reyers évaluent-ils le coût de la publicité que diffuse la RTBF ? Peut-on raisonnablement vouloir alléger les budgets de la Communauté française en laissant faire la pub qui participe activement au plombage des budgets régionaux et fédéraux des soins de santé ?
L’effet décervelant de la publicité n’entre-t-il pas frontalement en opposition avec les missions de prévention en santé publique qui incombent à la Communauté ? Pourquoi d’ailleurs faire sauter les verrous publicitaires à la RTBF alors que, de l’aveu même de son administrateur général, Reyers n’atteint pas encore le plafond actuellement autorisé des 25% de recettes publicitaires ? Sur tous ces sujets, nous attendons toujours la réponse du Parti Socialiste.

« Le débat sur la publicité à la RTBF a-t-il encore un sens ? » se demandait le journaliste du Soir. Le débat démocratique n’ayant pas eu lieu, il n’a pas pu trouver son sens. Ouvrons les œillères et demandons-nous plutôt s’il n’est pas complètement illusoire d’espérer préserver une information de qualité [8], protéger la santé des personnes et lutter contre le réchauffement climatique tant que la pression publicitaire à la surconsommation perdurera, notamment sur le service public. L’utopie n’est pas là où les publicitaires pensent qu’elle se trouve.

Les membres de l’asbl Respire


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