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Les publicités de l’industrie agroalimentaire : "Fabricants d’obésité"

Une étude de l’association de consommateurs (FR.) UFC-Que Choisir

vendredi 29 septembre 2006

UFC-Que Choisir a réalisé une étude approfondie sur l’influence de la publicité alimentaire sur le comportement des enfants. Le protocole est présenté en détail. Les résultats sont accablants.

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Source : www.quechoisir.org

Editorial

Communiqué :

L’UFC-Que Choisir dénonce la politique publicitaire de l’industrie agroalimentaire visant à orienter le choix des enfants vers des produits gras et sucrés.

Sur les 217 spots alimentaires ciblant les enfants, relevés pendant 15 jours sur les plus grandes chaînes de télévision à l’heure des émissions enfantines, 89 % concernent des produits très sucrés ou gras !

Par une étude inédite rendue publique aujourd’hui menée auprès de 352 familles et 704 personnes, l’UFC-Que Choisir a mesuré l’influence de ces publicités sur le comportement alimentaire des enfants :

1- Globalement, les publicités participent activement à la construction de « l’idéal alimentaire » des enfants. Entre les repas, 60 % d’entre eux sollicitent viennoiseries, confiseries, gâteaux gras ou sucrés, et au petit-déjeuner, 64 % réclament des céréales très sucrées, des viennoiseries, gâteaux et confiseries, produits qui font l’objet de l’investissement publicitaire le plus massif.

2- Au-delà des préférences, les publicités influencent les comportements alimentaires des familles. Dans les placards et réfrigérateurs des familles visitées, les céréales très sucrées sont effectivement sur-représentées (31 %). Globalement près d’un produit sur deux destiné au petit-déjeuner est complètement déséquilibré du point de vue nutritionnel.

3- Les enfants très exposés à la télévision et donc aux publicités alimentaires (30 % de l’échantillon) ont dans leurs placards et réfrigérateurs une proportion plus forte encore de produits de marques trop gras et sucrés destinés au petit-déjeuner ou aux « en-cas »...

En concentrant sa puissance de feu publicitaire destinée aux enfants sur des produits manifestement déséquilibrés, l’industrie agroalimentaire participe ainsi à l’augmentation alarmante de l’obésité infantile.

Actuellement, 14 millions d’enfants européens sont en surpoids et plus de 3 millions sont obèses. En France, le nombre de personnes obèses ou en surpoids augmente de 5,7 % chaque année. A ce rythme, l’ampleur de la pandémie sera dans 20 ans équivalente à celle qu’elle est aujourd’hui aux Etats-Unis où 66 % des personnes sont en surpoids ou obèses !

Alors que le projet de directive « Télévision sans frontières » s’apprête à élargir la présence publicitaire sur les écrans, l’UFC-Que Choisir et les grandes associations de consommateurs européennes exigent l’interdiction des publicités pour les produits alimentaires trop riches en graisses, sucre ou sel pendant les programmes pour enfants !


Etude :

Introduction :

En 2006, 12,4 % des français sont obèses et 29,2% en surpoids : c’est donc au total 41,6% de la population qui est concernée. Les enfants sont tout particulièrement touchés, ainsi 19% des enfants de 8 ans sont obèses ! [1]
L’inflation continue de ces chiffres confirme que l’obésité sera un des principaux problèmes de santé publique pour les prochaines décennies. Malgré certaines mesures mises en place en France (création du Programme National Nutrition Santé, intégration du fait nutritionnel dans les programmes scolaires...), l’obésité, loin de s’arrêter, continue sa progression à raison de 5,7% par an, selon une courbe qui est comparable à celle que connaissaient les Etats-Unis dans les années 70. Il est donc urgent d’agir dès maintenant, non pas sur telle ou telle cause prise isolément, mais bien sur l’ensemble des facteurs contribuant à l’obésité.

Parmi les différents facteurs identifiés (manque d’activité physique, offre alimentaire déséquilibrée, consommations alimentaires excessives, hérédité...), le rôle de la publicité télévisée sur les préférences alimentaires et donc sur les comportements alimentaires, est fréquemment évoqué. Certes, de nombreuses études de marketing montrent que la publicité permet de faire progresser la part d’une marque donnée à l’intérieur de la catégorie de produits dont elle fait partie. Mais ces études ne disent pas si la publicité fait en outre progresser la consommation de l’ensemble de cette catégorie de produits au détriment d’autres aliments.

(...)

Conlusions générales de l’étude :

Cette étude a permis de démontrer, mais aussi de mesurer la forte exposition des enfants aux publicités, ainsi que leur impact. Cet impact se traduit aussi bien par une bonne connaissance des spots, que par l’envie de consommer les produits, la préférence donnée aux produits mis en avant dans les publicités ou encore les demandes d’achats adressées par les enfants à leurs parents. C’est en final l’idéal alimentaire des enfants que les publicités vont contribuer à façonner, à travers les marques qu’elles promeuvent.

Quel que soit le moment de consommation étudié, les marques que les enfants réclament spontanément correspondent à des produits qui se révèlent être particulièrement sucrés et/ou gras, produits que nous avons effectivement retrouvés dans les placards et les réfrigérateurs. Cette influence va au-delà de ce qui était démontré dans les études présentées par certains groupes de l’agroalimentaire : la publicité non seulement fait vendre plus d’un produit donné à l’intérieur d’une catégorie d’aliments donnée, mais elle favorise également la consommation de l’ensemble de cette catégorie, au détriment des autres aliments.

L’étude par catégories homogènes de réponses montre que l’on retrouve plus de produits sucrés et gras dans les placards et dans les réfrigérateurs des familles les plus consommatrices de télévision et de marques. Par ailleurs, la sur-représentation de certaines catégories socioprofessionnelles (ouvriers et artisans) dans cette catégorie, tend à montrer une inégalité des consommateurs face à la pression exercée par la publicité sur les enfants.

L’analyse détaillée des spots publicitaires démontre que les publicités promeuvent des marques dont l’écrasante majorité concourt au déséquilibre nutritionnel du fait des teneurs trop importantes en sucre ou matières grasses. En cela, ces marques ne font qu’utiliser l’appétence naturelle et inconsciente du jeune enfant pour les goûts sucrés et les textures grasses. Mais compte tenu de la perméabilité des enfants à ces messages publicitaires, nous pouvons affirmer que l’orientation nutritionnelle que donne ici l’industrie agroalimentaire est d’autant plus défavorable qu’elle s’exerce non seulement sur les consommations à un instant donné, mais qu’elle prolonge bien plus que nécessaire cette appétence naturelle et contribue à installer sur le long terme des habitudes de consommations aux antipodes des recommandations des nutritionnistes.

Ce que demande l’UFC-Que Choisir

Voir aussi la position de l’UFC concernant le BVP (équivalent français du JEP) et l’une de ses "Recommandation bidon".


Libération consacre un article à ce sujet dans son édition du 27 septembre 2006 : "L’obésité des enfants commence par la télé"


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