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L’Agence Européenne pour l’Environnement publie son rapport "L’environnement en Europe : état et perspectives 2005".

"L’Europe sous pression - les changements climatiques au premier rang des enjeux environnementaux"

jeudi 1er décembre 2005

Le rapport annuel de l’AEE souligne les risques immenses que nous faisons courir à l’environnement, en Europe et partout dans le monde. Ce risque est aussi le nôtre. En menaçant l’équilibre de l’écosystème, nous menaçons l’avenir de l’espèce humaine qui ne peut vivre sur une planète dévastée. Il est urgent d’agir pour enrayer cette destruction programmée.

Nous regrettons cependant que les propositions d’action de l’AEE s’inscrivent dans l’agenda de Lisbonne qui vise à faire de l’économie européenne la plus puissante et la plus compétitive du monde. Cette logique productiviste est de toute évidence l’une des causes principales des problèmes auxquels nous sommes confrontés et il est impératif d’en sortir pour pouvoir trouver une solution.

Malgré les évolutions technologiques mentionnées dans le rapport, qui auraient dû nous permettre d’arrêter de polluer, on voit bien - et l’EEA le souligne - que la pollution et la dévastation, loin de ralentir, s’aggravent. Pourrait-il en aller autrement dans une économie mondialisée en perpétuelle compétition, chantre du gaspillage, basée sur l’exploitation des ressources naturelles ? Il est évident que non, et plus que temps d’en tirer les conséquences : il faut sortir du mythe de la croissance infinie, retrouver la raison économique et changer nos modes de vie, pour qu’ils deviennent plus sobres et plus sains.

Comme le signale également ce rapport, les Européens sont de plus en plus concernés par les "problématiques environnementales", mais ne savent comment agir. L’asbl RESPIRE propose, pour commencer, de libérer l’espace public de la publicité commerciale, propagande commerciale surpuissante qui pousse à la surconsommation et par conséquent à la destruction de notre hôte, la Terre. Arrêtons la publicité commerciale pour limiter la pression sur les ressources naturelles et sortir du "bonheur conforme" vide de sens que nous inculque la pub en tous lieux et en tous temps !

Voyez le communiqué de presse de l’AEE.

Extraits du résumé du rapport :

Améliorations en Europe, choix locaux, impacts globaux

"Les Européens accordent beaucoup d’intérêt à leur environnement - il ressort des sondages Eurobaromètre qu’une vaste majorité d’entre eux (plus de 70 %) souhaite que les décideurs attachent la même importance à la politique environnementale qu’aux politiques économique et sociale. Individuellement, les Européens sont aussi prêts à agir davantage en faveur de l’environnement ; pour autant, ils consentiraient à plus d’efforts s’ils étaient mieux informés des choix environnementaux de moindres coûts ou de coûts zéro. Ils agiraient d’autant plus s’ils étaient également convaincus que leurs concitoyens en feraient autant."

"Entre 1990 et 2002, les dépenses des ménages ont augmenté d’un tiers dans l’UE-15. On prévoit qu’elles doubleront d’ici 2030 dans les pays de l’UE-25, avec d’importantes différences entre les groupes de revenu et entre les régions. Dans le contexte d’une économie de plus en plus orientée vers la mondialisation, les choix des consommateurs, où qu’ils soient, ont une incidence croissante sur l’environnement européen, certes, mais aussi sur celui de nombreuses autres parties du monde. Une meilleure compréhension des impacts potentiels, grâce à une recherche accrue, contribuerait à inverser certaines tendances actuelles et futures."

"“L’empreinte écologique” de l’UE-25 - superficie estimée de terres nécessaires pour produire les ressources que nous consommons et pour absorber les déchets que nous produisons - est d’environ cinq hectares par personne, soit la moitié de celle des États-Unis mais plus que celle du Japon. Elle est également plus de deux fois supérieure, en moyenne, à celle du Brésil, de la Chine ou de l’Inde. Déjà, le taux annuel d’exploitation globale des ressources naturelles est environ 20 % supérieur au taux de renouvellement. C’est ce qu’on appelle “vivre sur le capital et non pas sur les intérêts”."

Urbanisation accrue, abandon des terres

"Près des trois quarts de la population de l’Union européenne vivent dans des zones urbaines et suburbaines représentant 10 pour cent de sa superficie totale. Cela semble gérable, mais l’intensité et les conflits sur les utilisations multiples des terres peuvent avoir des répercussions sur des parties notables du territoire européen, loin du lieu d’utilisation initiale des terres."

"À mesure que les zones urbaines s’étendent, elles utilisent de plus en plus les ressources en eau et en terres des zones environnantes. Cette croissance a un impact sur les importants “services” que la nature est censée assumer gratuitement tels que le filtrage naturel des eaux vers les aquifères d’eau potable, la préservation des zones humides et de la diversité génétique existant dans les zones d’agriculture extensive à petite échelle. L’élimination du couvert forestier peut radicalement altérer le ruissellement des eaux pluviales, provoquer des coulées de boue et d’autres problèmes, et accroître l’exposition des zones concernées au risque d’inondation."

Les changements climatiques - une réalité

"Les changements climatiques sont en cours. En Europe, les températures moyennes ont augmenté de 0,95 °C au cours des 100 dernières années et devraient augmenter de 2 à 6 °C au cours de ce siècle. Dans certains endroits, l’agriculture pourrait ainsi bénéficier de saisons de végétation plus longues, mais dans d’autres, elle risquera de souffrir de graves pénuries d’eau et d’événements climatiques plus graves encore (et moins prévisibles)."

"En réponse à cette situation, les ministres de l’Union européenne se sont mis d’accord sur une valeur cible pour limiter la hausse à long terme de la température moyenne à l’échelle planétaire : 2 °C au maximum, au-dessus des niveaux pré-industriels. Ils ont également indiqué qu’une stabilisation des concentrations de CO2 à un niveau très inférieur à 550 ppm pouvait être nécessaire pour atteindre cet objectif, ce qui nécessiterait une réduction, d’ici 2050, de 60 à 80 % des émissions de gaz à effet de serre dans les pays développés comparativement aux niveaux de 1990. À court terme, l’Union européenne devrait atteindre ses objectifs de Kyoto grâce à l’application du système d’échange de quotas d’émissions et à la mise en oeuvre d’autres mesures telles que le Programme européen sur le changement climatique. Toutefois, son objectif à moyen terme pour 2020, à savoir une réduction de 15 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, sera plus difficile à atteindre."

Peu de progrès en matière de gestion de la demande d’énergie

"Depuis 2000, l’amélioration de l’efficacité de la production d’électricité et le recul de la demande d’énergie de la part du secteur industriel ont été contrebalancés par l’accroissement de la consommation d’énergie de la part des consommateurs et du secteur tertiaire. De plus en plus de ménages utilisent un nombre croissant d’appareils électriques. Selon certaines études, par exemple, le fait de laisser les appareils électriques en mode de veille représente actuellement de 3 à 13 % de la consommation d’électricité des ménages."

Nous sommes en meilleure santé, mais toujours exposés aux polluants

"L’Europe a considérablement progressé dans la réduction de nombreuses formes de pollution atmosphérique. Elle a notamment éliminé le phénomène du smog dans de nombreuses régions et réduit celui des pluies acides. Toutefois, les fortes concentrations de fines particules et d’ozone au niveau du sol continuent de poser des problèmes de santé dans de nombreuses villes et aux alentours. L’ozone au niveau du sol altère également l’état des écosystèmes et nuit aux récoltes agricoles dans de vastes parties de l’Europe rurale.
Malgré la réduction des émissions, les concentrations de polluants restent élevées et sont souvent supérieures aux objectifs fixés. L’exposition à ces concentrations entraîne une réduction de l’espérance de vie, est la cause de décès prématurés et se traduit par une détérioration générale de la santé. Compte tenu de l’accroissement du volume des transports (30 % pour les marchandises et 20 % pour les voyageurs) au cours des 10 dernières années, les améliorations technologiques pourtant conséquentes n’ont pas entraîné une réduction générale notable des émissions."

La prévention de la pollution, ça paie !

"D’importants efforts ont été consacrés à l’épuration des eaux usées et à la réduction de la quantité de rejets industriels polluants. Il reste toutefois du chemin à faire avant que la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires soit pleinement mise en oeuvre. Des progrès ont été constatés grâce à l’investissement de capitaux et à des formes de traitement perfectionnées."

L’épuisement de nos ressources naturelles

"La situation des stocks mondiaux de poissons illustre bien les dangers d’une surexploitation des ressources naturelles et d’une altération des fonctions des écosystèmes. Les poissons constituent la dernière grande source d’alimentation naturelle. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), 75 % des stocks mondiaux de poissons font l’objet d’une pêche excessive et les prédateurs de niveau supérieur tels que le thon et le requin, se font de plus en plus rares.
À la suite de l’épuisement de nombreux stocks de poissons en Europe, la flotte de pêche européenne a élargi ses zones de capture, soutenue en cela par des subventions et des accords bilatéraux. Elle a contribué à épuiser la chaîne alimentaire halieutique en prélevant des tonnages considérables d’espèces de haut niveau trophique. Elle a par la même occasion mis sous pression de nombreuses espèces présentant un intérêt commercial considérable et menacé la structure de l’écosystème."

"Les pertes de biodiversité les plus importantes constatées au niveau des habitats et des écosystèmes sur l’ensemble du territoire pendant les années 1990 ont concerné les landes, les broussailles et la toundra, ainsi que les tourbières, marais et fagnes. Une partie importante des zones humides restantes a subi l’aménagement des côtes, des cours d’eau et de réservoirs en zones de montagnes. De même, bien qu’une plus grande superficie de l’Europe soit boisée aujourd’hui que dans un passé récent, de nombreuses forêts sont exploitées de manière plus intensive qu’avant.
Ces pertes ont un impact direct sur les espèces individuelles. Malgré l’application de politiques de protection entrant dans le cadre de la stratégie européenne de protection des habitats naturels et de la faune et de la flore sauvages, de nombreuses espèces sont menacées, dont 42 % des mammifères indigènes, 15 % des oiseaux, 45 % des papillons, 30 % des amphibiens, 45 % des reptiles et 52 % des poissons d’eau douce."

"La demande en eau continue d’augmenter, particulièrement dans le secteur des ménages. Dans les nouveaux États membres, la consommation d’eau par les ménages devrait augmenter de 70 % au cours de la prochaine décennie. On utilise également plus d’eau pour irriguer les cultures vivrières, particulièrement en Europe du Sud où on observe déjà des signes de stress hydrique. Les changements climatiques ne peuvent qu’aggraver et intensifier ce problème. La question de la disponibilité à long terme de réserves abondantes et fiables d’eau non contaminée va prendre de l’importance dans le contexte des actions futures d’aménagement du territoire, plus particulièrement autour de la Méditerranée.
Au cours de la dernière décennie, l’Europe a pratiquement réussi à découpler la croissance économique de la consommation de matériaux et d’énergie. En valeur absolue, le taux d’exploitation des ressources naturelles est toutefois resté stable. Il existe d’importantes différences entre les pays de l’Union européenne où l’intensité d’utilisation des matériaux varie d’environ 11 kg/euro du PIB à moins de 1 kg/euro. Ces différences peuvent en partie s’expliquer par l’équilibre de l’activité économique entre industrie et services. Néanmoins, en Europe occidentale, la productivité des ressources naturelles et le rendement énergétique sont en moyenne quatre fois supérieurs à celle des nouveaux États membres. Cela offre des possibilités considérables d’atteindre un meilleur équilibre en matière de productivité des ressources naturelles entre les pays de l’UE-15 et l’UE-10 par un transfert de technologie et d’autres mesures."

Intégration, innovation et réforme du marché

"Les politiques environnementales efficaces mises en oeuvre par l’Union européenne au cours des 30 dernières années étaient en grande partie axées sur des sources ponctuelles très visibles. Les problèmes ont été essentiellement résolus par la réglementation et des innovations techniques. Le défi à relever aujourd’hui consiste à élaborer et mettre en oeuvre des politiques à long terme pour les secteurs économiques qui contribuent le plus à des formes très diffuses de pollution.
Il faudra vraisemblablement plusieurs décennies d’orientation politique cohérente, à long terme et malgré tout flexible, bénéficiant d’un large soutien de la part des citoyens, pour constater des progrès notables. Autrement dit, les mesures de communication d’informations et de sensibilisation du public vont être de plus en plus importantes pour l’efficacité de l’orientation politique."

Ce que nous pouvons faire

"Les réformes fiscales peuvent contribuer à la création d’un environnement plus durable et plus sain. Un abandon progressif de la pratique consistant à taxer les “bonnes ressources” telles que l’investissement et le travail au profit d’une taxation des “mauvaises ressources” telles que la pollution et l’inefficience de l’exploitation des resources, contribuerait également à internaliser les coûts environnementaux dans les prix des services et des produits. Cette formule créerait à son tour des clignotants plus réalistes des prix du marché."

"Des politiques cohérentes à long terme peuvent encourager la restructuration des incitations offertes par les instruments financiers, les prix du marché et les taxes, qui seront nécessaires pour réduire les coûts croissants et de plus en plus évidents d’utilisation des ressources naturelles de la planète. Les gains obtenus en termes d’efficacité écologique peuvent également contribuer à améliorer la compétitivité de l’économie européenne. Une meilleure productivité d’exploitation des ressources et de l’énergie peut également contribuer à compenser, en partie, d’autres avantages concurrentiels dont bénéficient les économies émergentes d’Asie et d’Amérique du Sud."

"L’Europe est bien placée pour montrer le chemin dans ce domaine en créant une société européenne plus clairvoyante, plus saine, plus compétitive et plus stable. De telles avancées encourageraient une amélioration de l’équité et de l’efficacité écologique mondiale susceptible de garantir la qualité de vie en Europe."


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