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-= Voir en ligne : L’obscure lubie des objecteurs de croissance - Le Monde 29/07/06 =-

Le Monde publie une chronique diffamant les objecteurs de croissance...

... et affiche sa bêtise.

mercredi 2 août 2006

Le 29 juillet 2006, le quotidien français Le Monde publiait une chronique de Pierre-Antoine Delhommais intitulé « L’obscure lubie des objecteurs de croissance ».

L’auteur de cette chronique n’ayant strictement rien compris à l’objection de croissance, nous apportons ici quelques rectificatifs qui peut-être permettront d’éviter chez les internautes qui passent sur ce site certains amalgames que Le Monde colporte pathétiquement au détriment de toute déontologie journalistique. Ne prétendant en rien représenter « le » courant de l’objection de croissance qui au demeurant n’est pas unique mais multiple, nous apportons les correctifs qui correspondent à la conception qu’à Respire nous nous faisons de l’objection de croissance.

(Extraits de l’article et remarques)

« L’obscure lubie des objecteurs de croissance » :

Titre de la chronique. Le ton est donné, le sourire s’impose.
Si l’objection de croissance était une lubie "obscure", elle serait incompréhensible ou tendrait vers l’incompréhensibilité et ne recueillerait probablement pas l’assentiment d’un nombre croissant de personnes dont de plus en plus d’intellectuels. Reste que pour s’en saisir, ainsi que de toute idée « nouvelle » (le terme est entre guillemets car les travaux fondateurs de Georgescu-Roegen, père de la bioéconomie, datent des années 60’ - 70’, et parce que ces idées sont la systématisation de principes qui ont articulé depuis longtemps - et articulent encore - des pensées à l’œuvre partout sur la planète : la parcimonie, la sobriété, la solidarité notamment), il faut faire un effort intellectuel, ce que notre chroniqueur a évité avec application.

L’objection de croissance est-elle une "lubie" ? A cette entrée, le Littré donne : "Idée, volonté capricieuse qui passe par l’esprit", soulignant le caractère fugace et déraisonnable de l’affaire. Or l’objection de croissance plonge ses racines dans des expériences anciennes comme on l’a souligné précédemment. Si aujourd’hui elle acquiert une popularité nouvelle, c’est aussi parce qu’elle repose sur des bases théoriques (notamment l’œuvre de Georgescu-Roegen) déjà éprouvées et remises à l’ordre du jour par des penseurs contemporains (Grinevald, Rens, Rabhi, Latouche, Besson-Girard par exemple, pour la francophonie). C’est dire que l’objection de croissance n’est pas si fugace que ça. Quant à l’accusation de légèreté ou de déraison (deuxième caractéristique de la lubie selon le Littré), on la retourne volontiers à l’envoyeur : quelles réponses la théorie libérale peut-elle apporter aux objections bioéconomiques ? On attend toujours...

"Chacun comprend qu’une croissance infinie est matériellement impossible dans un monde fini", affirme dans son programme le Parti de la décroissance, né en avril 2006, et qui organise, cet été, plusieurs marches prosélytiques. Car il s’agit de remettre dans le droit chemin les pauvres pécheurs consommateurs. "La décroissance est d’abord une désintoxication, une désaliénation, un désencombrement."

Précisons d’entrée que tous les membres de Respire ne se retrouvent pas dans les propos tenus par le "Parti pour la décroissance" et la stratégie qu’il a choisie. Cela n’empêche de revenir sur les affirmations du chroniqueur qui ne fait pas dans la nuance.

M. Delhommais associe la dénonciation de la surconsommation à un prêche culpabilisant, forçant le trait jusqu’à lui donner une connotation bigote [1]. C’est là un argument qui est sans cesse rabâché aux objecteurs de croissance : dire que l’occident surconsomme et qu’il va devoir arrêter tiendrait de l’accusation et de la culpabilisation. Nous serions libres de consommer comme nous l’entendons et ceux qui disent le contraire seraient des pisse-froids, des durs à jouir moralisateurs. La débilité de cet argument est confondante, mais sa facilité explique sans doute qu’il soit employé par certains lorsqu’ils sont à court d’arguments.

Cette accusation révèle en réalité l’espèce d’effondrement de la responsabilité, notamment écologique, qui caractérise pour une bonne part nos sociétés « riches ». Ca ne fait plus un pli, nous sommes en train de détruire rapidement l’écosystème Terre. Il existe un consensus scientifique international à ce sujet, pensons par exemple au réchauffement climatique [2], à la perte de la biodiversité [3], à la pollution dramatique de l’eau potable [4]et à la diminution des réserves de pétrole et de gaz [5]. Les objecteurs de croissance disent que si nous continuons comme cela, nous connaîtrons toujours plus de catastrophes écologiques dont les conséquences, notamment humaines, seront de plus en plus graves. Quelqu’un pourrait-il dire le contraire, en étayant son propos, sans passer pour un rigolo ?

Or, lorsque l’on tire les conséquences de cette remarque partagée, on débouche logiquement sur la nécessité de diminuer notre impact sur l’écosystème Terre, notamment en diminuant fortement notre consommation de ressources naturelles non-renouvelables. Mais cette conséquence logique est difficile à admettre. Tellement difficile que l’on reproche souvent à ceux qui la défendent d’être « culpabilisants » et « moralisateurs » : les gens ont tellement de problèmes qu’il ne faudrait pas leur demander l’impossible quand-même, de renoncer à une partie de leur confort, à leur 4x4 et leur frigo américain. Et pourtant il est clair que nous n’avons pas le choix. Par ailleurs, et c’est crucial, nombreux sont ceux qui non seulement n’ont pas le sentiment de se priver mais plutôt celui d’être plus heureux en se simplifiant ainsi la vie. Se séparer d’objets bien souvent inutiles, arrêter de consommer compulsivement permet de se libérer d’une multitude de stress, d’instatisfactions et de pseudo-obligations qui pourrissent l’existence. Il ne s’agit pas bien entendu d’obliger ceux qui déjà ont peu à avoir encore moins, ni de retourner aux cavernes et à la bougie, mais d’arrêter de surconsommer.

Il s’agit donc d’une question de responsabilité et non de culpabilité. Or se sentir responsable de ses actes, maître autant que possible de ses choix, est une source de confiance et de bonheur.
En revanche, si nous ne prenons pas nos responsabilités, les générations à venir, condamnées à vivre sur une planète dévastée, nous jugeront bel et bien coupables de ne pas l’avoir fait.

"Apparemment d’une grande simplicité, le concept de décroissance repose en réalité sur des fondations philosophico-scientifiques complexes, voire obscures. "Nous analysons l’économie comme un système de transformation de matière et d’énergie régi par les lois de la physique, et non comme une machine à mouvement perpétuel conduite par des forces exogènes, avec la monnaie pour unique médium", explique un de ses maîtres à penser, Robert Ayres, qui préconise de mesurer production et échanges en joules plutôt qu’en dollars."

Où l’auteur glisse de complexe à obscur, glissement qui caractérise somme toute bien l’esprit économiste simpliste régnant en maître sur la pensée unique qui, comme son nom l’indique, n’est pas trop complexe. Pour un esprit-marteau, la complexité n’a pas lieu d’être, d’autant que c’est moins facile à vendre. Mais rien n’est perdu pour notre chroniqueur, l’une des caractéristiques de la pensée étant de pouvoir évoluer.

Que la pensée de Georgescu-Roegen par exemple soit complexe, c’est un fait. Elle est aussi précise, systématique et très solide. C’est pour cela qu’elle résiste aussi bien à la critique depuis 40 ans et que les fanatiques de la croissance (croissance de quoi ?) ont si peu d’arguments à opposer à l’objection de croissance [6], la chronique dont il est ici question constituant un exemple parfait.

Par ailleurs, soutenir que Robert Ayres est l’un des maîtres à penser des objecteurs de croissance est doublement faux. D’abord parce que si les objecteurs de croissance partagent les enseignements de certains penseurs, et Georgescu-Roegen est sans doute le premier d’entre eux, pour la plupart ils n’en font pas pour autant des « maîtres à penser ». Les objecteurs de croissance essaient surtout de se mettre à penser par eux-mêmes, et de reconquérir leur autonomie en actes et en idées. Enfin Robert Ayres est largement inconnu en francophonie.

"Les "décroissants" se proclament humanistes, mais ils ne croient pas en l’homme. Leur pessimisme leur fait dire que l’humanité ne sera pas assez inventive pour trouver des énergies de substitution au pétrole ni assez raisonnable pour éviter un désastre écologique."

Tous les « décroissants » ne sont pas humanistes. Tous ne sont pas pessimistes. Tous ne sont pas non plus optimistes. Tant de complexité épatera sans doute notre chroniqueur, mais tous les objecteurs de croissance sont différents ! Il ne semble pas exagéré en tous les cas de dire que beaucoup sont suffisamment optimistes et croient suffisamment en l’homme pour défendre leurs idées et militer en faveur d’une évolution nécessaire de nos sociétés. Les pessimistes ne croyant pas en l’homme ne prendraient pas cette peine.

Mais là encore, l’amalgame foireux du chroniqueur mondain entretient un trouble obscur autour de l’opposition optimisme/pessimisme. Faire le constat lucide de l’échec de nos modes de développement prédateurs est souvent assimilé à du pessimisme, tant la pensée du type « avec carrefour je positive » s’est répandue dans les esprits. En regard de cette « pensée positive » qui est plutôt une absence de pensée, l’effort de discernement qui est celui de toute raison est en effet souvent taxé de pessimisme. Pourtant, seuls les optimistes béats et les fous ne veulent pas voir aujourd’hui que nous sommes face à un problème majeur, un problème de civilisation (nous sommes en train de dévaster la planète, ou en terme plus imagé, de couper la branche sur laquelle nous sommes tous assis). Regarder ce problème en face est une question de responsabilité et c’est seulement lorsque nous serons capables de fournir cet effort responsable que nous pourrons penser des solutions réalistes et adéquates à ce problème. Peut-être alors pourrons-nous mettre en œuvre des pratiques réellement positives pour créer quelque chose de meilleur.

S’en remettre, comme l’entend le chroniqueur, à une foi illuminée dans les progrès de la science (« trouver des énergies de substitution au pétrole ») pour résoudre un problème urgent, tient peut-être de « la pensée positive » ou de quelque autre optimisme libéral mais pas de la raison. Autant espérer une suite de révolutions scientifiques comme l’invention de la roue, du télescope et de la physique newtonienne en moins de 10 ans. Be positive !

"Mais ils laissent à son sort le milliard d’êtres humains qui vit avec moins de 1 dollar par jour."

Non, c’est exactement le contraire. C’est précisément pour que l’on puisse redistribuer les richesses plus équitablement que nous prônons la décroissance de la consommation dans les pays "riches". Parce qu’aujourd’hui, 20% de la population mondiale consomme 80% des richesses. Et le fossé s’accentue avec la croissance de la croissance. Alors forcément, si l’on veut justement que les 1 milliard d’êtres humains qui vivent avec moins de 1 dollar par jour puissent vivre dignement, il faut impérativement arrêter de concentrer les richesses et de piller la nature pour le profit d’un tout petit nombre (nous). C’est une condition sine qua non. Ce n’est pas une condition suffisante, mais c’est une condition absolument nécessaire. « Vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre », comme le disait Gandhi.

"Si les économistes ne croient plus à l’idée, dominante dans les années 1960, selon laquelle une croissance forte est une condition suffisante pour vaincre la pauvreté, ils s’accordent en revanche pour dire que la progression du PIB est une condition nécessaire. "Il est impossible de faire reculer la pauvreté s’il n’y a pas de croissance économique", résume Humberto Lopez, coauteur du rapport de la Banque mondiale "Poverty Reduction and Growth : Virtuous and Vicious Circles". "Une politique de réduction de la pauvreté sans croissance n’est pas viable, ajoute l’économiste Pierre Jacquet. Pour produire des biens publics et promouvoir des objectifs sociaux, il faut un flux de ressources nouvelles, et donc de la croissance."

Si la phénoménale croissance continue du PIB mondial au cours des dernières décennies avait permis de vaincre la pauvreté, ça se saurait. Les maîtres à penser de notre auteur ressassent les mêmes idées depuis des siècles sans que la liberté promise par l’économie libérale ne soit arrivée jusqu’aux déshérités qui en plus ont eu l’outrecuidance statistique de progresser en nombre dans de nombreux pays ! Les objecteurs de croissance ne s’opposent bien évidemment pas à « la croissance » dans les pays « pauvres ». Encore faut-il savoir de quelle croissance on parle et de quels mécanismes de redistribution elle est accompagnée. Car croissance du PIB, répétons-le, ne veut pas nécessairement dire amélioration du niveau de vie ni diminution de la pauvreté. La manne pétrolière fait exploser le PIB de certains pays d’Afrique... qui voient pourtant les franges les plus pauvres de leur population sombrer dans une misère encore plus violente et les inégalités sociales s’aggraver [7]. Notre chroniqueur sera-t-il aussi critique vis à vis de cette croissance que de la nécessaire décroissance de la consommation des ressources naturelles non renouvelables ? Car il est utile de rappeler que dans les pays d’Afrique riches en or noir, la croissance du PIB, réalisée sur les bénéfices liés à l’extraction du pétrole, sera en plus accompagnée d’un surcroît de pollution, et de l’aggravation de l’effet de serre. Comme de bien entendu, le bouleversement climatique, dont les pays « riches » sont les principaux responsables, produit ses effets d’abord au Sud, dans les pays pauvres, d’Afrique notamment, générant par là un surcroît de pauvreté... La « croissance » est donc bien une "nécessité" pour certains pays, à manier avec d’immenses précautions pour que ses effets bénéfiques soient réels.... C’est loin d’être le cas chez notre chroniqueur qui applique sans réfléchir le dogme libéral de "la croissance" (croissance de quoi ? pour quoi ? pour qui ?) sans sourciller.

Or, la « croissance » telle qu’elle est réalisée aujourd’hui repose avant tout sur la transformation des ressources naturelles en déchets et en pollution. Et cette croissance là est une impasse.

"En Chine, le nombre de personnes très pauvres est passé, grâce au boom économique, de 377 millions en 1990 à 173 millions en 2003."

On ne sait pas d’où notre chroniqueur tire ses statistiques positives, aucune source n’est mentionnée. Quoi qu’il en soit, on sait que la validité de ce genre de mesures est très relative. S’il s’agit d’une mesure de la pauvreté par quantification du revenu, comme notre chroniqueur nous le proposait plus haut, il faut être doublement méfiant. Prenons un exemple : si une personne à très bas revenus passe de 1 dollar à 2 dollars par jour, elle peut sortir de la catégorie « très pauvre », et les statisticiens complexophobiques en concluent que la pauvreté diminue. Ce qui somme toute est un calcul rondement mené ! Est-ce que passer de un dollar à deux dollars permet automatiquement de sortir de la pauvreté ? Ce n’est bien entendu pas du tout garanti. Il faut au minimum que ce revenu soit suffisant, que le coût de la vie n’augmente pas ou soit pris en compte dans la mesure, et que les ressources non financières dont disposent les personnes soient conservées. Trois choses qui ne sont pas indiquées et encore moins garanties par des mesures statistiques de ce type. Pire, on sait que l’entrée dans l’économie capitaliste de pays pauvres s’accompagne souvent de la mise en pièce de ces solidarités traditionnelles et l’impossibilité de recourir à des ressources qui deviennent monétarisées (voir le cas de la révolution verte en Inde : "Pas si rose, la Révolution verte !", UNESCO

"Selon certaines simulations, l’extrême pauvreté y sera éradiquée dans quinze ans si le PIB continue à progresser au même rythme. Le scénario catastrophe par excellence pour les objecteurs de croissance."

Sans doute un scénario du type de ceux qui prévoyaient l’éradication de la famine en Afrique avec l’apparition de l’Internet (qui aurait permis de savoir à la minute près la situation des cultures et des stocks et de réagir à temps pour contrôler les pénuries...). Un scénario qui en tout cas ne tient certainement pas compte des conséquences toujours plus lourdes de notre impact écologique sur l’écosystème. Parmi les populations les plus pauvres du globe, de nombreux paysans ne disposent que de très peu de surface de terre et de très peu ou pas du tout de machines. Toute modification du climat peut avoir un effet très important sur leur source de revenu et leur niveau de vie. Et l’on sait que le climat change. L’ONU prévoit même des déplacements de population massifs dans les décennies à venir, dus au bouleversement climatique et à l’inondation des zones côtières que la montée des océans provoquera si rien n’est fait. Parmi ces millions de personnes déplacées, l’immense majorité viendra nourrir les flots statistiques de la pauvreté que notre chroniqueur prétend vouloir combattre en développant et en renforçant les causes de ce problème.

Il est sûr également que ce type de scénario n’anticipe pas les manques annoncés d’approvisionnement en pétrole des économies de croissance. Or une économie de croissance privée de pétrole risque de s’effondrer, précipitant dans sa chute des pans entiers de la population dans la pauvreté et la misère.

Ces éléments absolument centraux étant négligés par les économistes, les scénarii à la façon de notre chroniqueur peuvent être "positifs" et faire miroiter des résultats statistiques positifs aux gens positifs. Même sans ces effets naturels nouveaux par leur ampleur et leur gravité, ce genre d’affirmation a une validité proche des prévisions de Mme Irma, tant on sait que l’économie est incapable de prévoir l’avenir. En tenant compte de notre impact écologique (dont les conséquences ne peuvent qu’être dramatiques si rien n’est fait pour changer), ces scénarii apparaissent pour ce qu’ils sont réellement : des imprécations mensongères de fanatiques de la croissance.

Quant à dire que l’éradication de l’extrême pauvreté est « Le scénario catastrophe par excellence pour les objecteurs de croissance », c’est tellement ridiculement stupide qu’on se demanderait presque comment le journal Le Monde a pu laisser passer une telle pitrerie (s’il n’appartenait à un marchand de canons).

" Au-delà des préoccupations écologiques légitimes qui sont les siennes, il faut prendre la doctrine de la décroissance pour ce qu’elle est, une théorie élaborée par des individus habitant des sociétés prospères. Une lubie de gosses de riches parfaitement égoïstes. Mais cela va généralement ensemble. "

Comme notre chroniqueur semble l’ignorer, cela fait quelques siècles que dans de très nombreux pays, et en particulier ceux qui subirent les colonisations, de très nombreuses personnes qui sont loin d’être des gosses de riches prétendent que l’occident ne pourra pas éternellement se comporter en carnassier, piller des nations entières, saccager la planète et se laver la conscience en se noyant dans des ersatz de pensées dont l’hypocrisie est abyssale.
Pour le reste, inutile de répondre à cette provocation de triste chroniqueur. A l’attention de ceux qui seraient tentés de reprendre cet amalgame grossier, nous rappelons que l’un des éléments centraux de l’objection de croissance est de promouvoir la diminution de la consommation des ressources naturelles non renouvelable dans les pays « riches », c’est-à-dire chez nous avant tout.


Les réactions à cet article sur le forum du journal sont nombreuses (au 1 août, le journal en avait retirées un grand nombre) et intéressantes. Elles témoignent de la bonne forme du « courant » de l’objection de croissance et du décalage médiatique entre le journal Le Monde et ses lecteurs.

Voir aussi les corrections et la prise de position de l’IEESDS.

Le 1er août, Le Monde publiait une réaction de Hubert Reeves : Pour une vie meilleure qui laisse penser qu’à côté de ses qualités de scientifique et d’humaniste, M. Reeves n’est pas très au fait de la pensée des objecteurs de croissance, contrairement à ce qu’affirmait M. Delhommais.

Le quotidien titrait également son édito : "L’enjeu écologique", en parlant notamment d’un "coup de gueule" de N. Hulot sur les boniments des politiques en matière de responsabilité écologique (soulignons qu’en la matière, N. Hulot, dont la fondation est supportée par EDF - pronucléaire - , L’Oréal - grosse multinationale dont les modes de production sont douteux [8] - et TF1 - bourrée de pub - ne fait pas beaucoup mieux).

Coup de gueule dont le journal dit plus le même jour dans l’article "Les Verts embarrassés par Nicolas Hulot".

1er août journée tendance-ecolo pour Le Monde qui publié également un papier de la candidate Ségolène Royal : "Canicule, les vraies causes, par Ségolène Royal" dans lequel on retrouve très exactement le ton dénonciateur des politiques qui ne font pas ce qu’ils disent. Mme Royal dit ce qu’elle croit, pas ce qu’elle compte faire...

Quoi qu’il en soit, peut-être que ce "quotidien de référence" français se rend progressivement compte que sa schizophrénie n’est pas tenable à terme, pas plus que ne l’est notre mode de vie. On trouve dans ce journal le meilleur (H. Kempf) et le pire (P.-A. Delhommais) : l’avenir dira si Le Monde arrivera à se libérer de ses chaînes mercantiles (pub et actionnariat) pour retrouver une liberté éditoriale sans laquelle il est illusoire de penser qu’il ouvre ses colonnes à un courant auquel il n’oppose pourtant aucun argument valable.

Et l’on jugera également si Le Monde aura été une force d’émancipation porteuse de solutions aux problèmes qui sont les nôtres ou si au contraire il aura agi comme un frein à la prise de conscience et à l’inéluctable changement dont on espère qu’ils adviendront assez tôt.
Pour l’instant, le bilan mondial est sombre...

Notes

[1Que certains groupes « décroissants », français notamment, tiennent des propos moralisateurs et excessifs est bien dommage mais n’engage pas l’ensemble du mouvement « pour la décroissance » dont le gros des effectifs est étranger à ces abus.

[2voir les travaux de l’IPCC.

[5Voir le site indépendant de l’ASPO.

[6Pour notre part lorsque nous employons le terme "décroissance", nous précisons qu’il s’agit d’une décroissance de la consommation des ressources naturelles non renouvelables par les populations "riches" pour que les pays "pauvres" ainsi que les générations futures puissent à leur tour bénéficier d’un accès raisonnable à ces ressources sur une planète préservée. Etant donné le système économique actuel et sa façon productiviste de générer de "la croissance" (du PIB), cette décroissance de la consommation des ressources naturelles non renouvelables (...) revient en réalité à une décroissance de la consommation "tout court" des populations riches.

[7« Les problèmes pétroliers africains ne font qu’exacerber les inégalités économiques et sociales du continent. Que les pays soient importateurs ou exportateurs de pétrole, ce sont les catégories sociales les plus pauvres et les régions les plus défavorisées qui souffrent du pétrole. Comme partout ailleurs dans le monde, la réalité pétrolière est chargée de violence à cause de l’argent qu’elle génère. », Jean-Marie Chevalier, "L’Afrique et le pétrole. Entre la malédiction des exportations et celle des importations" (.pdf)


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