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La fin et les moyens (1/4) - Imagine 56, juillet & août 2006 - David Leloup

Quand Amnesty, Oxfam et le WWF « flirtent » avec Clear Channel et Coca-Cola

mercredi 2 août 2006

Est-il cohérent, pour une ONG, de participer à un événement dont l’organisateur et un des principaux sponsors sentent le soufre ? Vaste débat, qui pose l’éternelle question de la fin et des moyens utilisés par la société civile pour changer les mentalités...

Alléchés par les 300.000 festivaliers annoncés, trois poids lourds de la galaxie ONG - Amnesty, Oxfam et le WWF - étaient une fois de plus présents au festival Rock Werchter, qui a eu lieu le premier week-end de juillet.

Dans le petit milieu « alter » belge, ce festival est pourtant loin d’être en odeur de sainteté. On se souvient qu’en 2004 il avait fait l’objet d’une campagne de boycott parce que la multinationale étasunienne Clear Channel, organisatrice de l’événement, était accusée pêle-mêle de soutenir Bush Jr. et sa politique « coloniale », de contrôler pratiquement toute la filière des concerts en Belgique, d’être à l’origine du boom des prix des tickets et de représenter une menace pour la diversité culturelle - accusations que Clear Channel réfute plus ou moins laborieusement.

En 2006, le boycott est toujours relayé par Attac Wallonie-Bruxelles sur son site Internet, même si l’« ennemi » a changé de nom. Est-ce pour tenter d’échapper aux lois antitrust en vigueur de part et d’autre de l’Atlantique ? Toujours est-il que fin 2005, le département « divertissement » de Clear Channel s’est détaché des autres divisions du groupe et a été rebaptisé Live Nation.

Mais dans les faits et sur le terrain, rien n’a fondamentalement changé. Live Nation a été créé pour gérer le « contenu » (management d’artistes, concerts), laissant ainsi les « tuyaux » (radios, télés, panneaux publicitaires) à la maison mère Clear Channel Communications (CCC). Mais la nouvelle « indépendance » de Live Nation vis-à-vis de CCC est toute relative : le fondateur de CCC, Lowry Mays, ainsi que ses deux fils, Mark et Randall, se retrouvent à la fois dans l’équipe de direction de CCC et dans le conseil d’administration de Live Nation.

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D’où cette question : ces trois ONG - Amnesty, Oxfam et le WWF - ne pourraient-elles pas faire pression sur l’organisateur Live Nation pour qu’il arrête de recourir au sponsoring de Coca-Cola ?
Saugrenu ? Pas du tout : Oxfam et Amnesty ont déjà effectué une telle démarche vis-à-vis des organisateurs du festival Couleur Café, un événement parrainé à plusieurs reprises par la multinationale Bacardi, bien connue pour son hostilité farouche à Cuba. Proche des milieux réactionnaires étasuniens, Bacardi s’est en effet beaucoup activé en coulisses pour obtenir des renforcements de l’embargo contre Cuba afin de protéger son marché de son rival cubain Havana Club. Après deux ans de palabres, les pressions d’Amnesty et d’Oxfam ont finalement porté leurs fruits : cette année, pour la première fois, c’est du rhum Havana Club qui a été servi aux festivaliers de Couleur Café.

Par ailleurs, Live Nation lui-même tire profit de l’image « éthique » des trois ONG en affichant leurs logos sur le site Internet du festival... à un clic de souris du logo Coca-Cola. Est-il donc bien cohérent que ces ONG participent à la grand-messe de Rock Werchter et qu’elles « cautionnent » en quelque sorte, de facto, son organisateur et ses sponsors ? Bacardi, Coca-Cola : deux poids, deux mesures ? C’est ce que nous avons demandé aux ONG concernées. Leurs réponses seront publiées sur ce blog ces prochains jours.

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