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Pourquoi ENTROPIA ? Revue d’étude théorique et politique de la décroissance

Numéro Un : décroissance et politique.

dimanche 21 janvier 2007

Toute pensée qui refuse son autocritique n’est plus une pensée, mais une croyance. Elle quitte le terrain solaire de la lucidité pour les mirages de l’espérance. Depuis plus de cinquante ans, « la croissance » et « le développement » relèvent de ce statut irrationnel et dogmatique. Dans les années soixante-dix, cependant, quelques chercheurs hétérodoxes et que la clairvoyance n’effrayait pas (Illich, Georgescu-Roegen, Ellul, Partant, Castoriadis...) se sont dressés contre cette dictature de l’économisme et ont jeté les bases d’une pensée de la décroissance. Pensée dérangeante s’il en est. Depuis quelques années seulement, et singulièrement depuis le colloque intitulé : « Défaire le développement, refaire le monde » (UNESCO 2002), des publications comme Silence et l’Écologiste, le bulletin de « La Ligne d’horizon, les amis de François Partant », lui ont fait une place grandissante dans leurs colonnes. Le bimestriel La Décroissance contribue, depuis trois ans, à accentuer son caractère iconoclaste et provocant. Car cette notion de décroissance bouleverse en effet les signes et les lignes : les signes théoriques et symboliques de reconnaissance comme les lignes des clivages politiques traditionnels. Cette situation peut engendrer des dérapages et des dérives théoriques et politiques qui exigent la plus grande vigilance de la pensée et des pratiques.

Ce qui reste clair c’est que, depuis peu, quatre crises capitales sont maintenant identifiées et confirment la pertinence et l’urgence d’une recherche sur l’après-développement qui est, en quelque sorte, le prolongement ouvert et « positif » de la notion irritante de décroissance. Ces crises sont d’ailleurs présentes à l’arrière-plan de sujets de conversations ordinaires et véhiculent une inquiétude grandissante. La crise énergétique liée à l’épuisement et au renchérissement des ressources fossiles et au consumérisme compulsif généralisé ; la crise climatique parallèle à la réduction de la biodiversité, à la privatisation du vivant et des ressources naturelles ; la crise sociale inhérente au mode capitaliste de production et de croissance, mais exacerbée par une mondialisation libérale génératrice d’exclusion au Nord et plus encore au Sud ; la crise culturelle des repères et des valeurs dont les conséquences psychologiques et sociétales sont visibles en tout domaine. Ces quatre crises remettent en cause, comme jamais, le dogme de la croissance économique sans limites et le productivisme qui l’accompagne. Elles révèlent également, pour les résoudre, l’inefficacité flagrante du « développement durable », comme oxymore sédatif et comme mensonge consensuel. Mais, au-delà de ces aspects économiques, physiques, biologiques, sociologiques et politiques, se profile en réalité une crise anthropologique totalement inédite.

C’est en partageant l’essentiel de ces interrogations majeures qu’un petit groupe de chercheurs, universitaires ou non, a décidé de proposer une revue d’étude théorique et politique de la décroissance : ENTROPIA. Cette publication aura un rythme semestriel. Chaque livraison comportera un thème principal : décroissance et politique, décroissance et emploi, décroissance et technique... Elle rendra compte, également, de l’actualité de « la mouvance de la décroissance » et des débats ou controverses qui la stimulent. Des comptes-rendus de lecture inviteront à approfondir la réflexion et à l’ouvrir à d’autres cieux et d’autres cultures que la nôtre. ENTROPIA s’inscrit dans la longue tradition de la revue d’idées et d’engagement, lieu d’expression privilégié d’une pensée collective naissante et qui s’élabore au fil du temps. Une pensée sur la crête des interrogations fondamentales de notre époque, pour l’amplification de la prise de conscience d’une situation de la condition humaine sans précédent, pour l’enrichissement de l’imaginaire théorique, poétique et politique de l’après-développement.

par Le comité de rédaction : Besset J.-P., Besson-Girard J.-C., Brune F., Gras A., Latouche S., Sinai A.

Texte tiré de : www.decroissance.info.

N°1 : DÉCROISSANCE ET POLITIQUE - automne 2006


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