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COMMUNIQUÉ DE PRESSE COMMUN APED/RAP/RESPIRE asbl

Communiqué - Le marketing direct à l’école devient réalité

jeudi 29 juin 2006

Le marketing direct à l’école devient réalité

Juin 2006

Dans sa circulaire n° 1026 du 27 décembre 2004, la ministre-présidente Marie Arena rappelait opportunément l’interdiction des activités commerciales dans les écoles, en vertu de l’article 41 du pacte scolaire. Parce qu’elle laissait subsister certaines ambiguïtés, cette circulaire avait déjà été critiquée en son temps dans un communiqué de presse RAP/APED. Un an et demi plus tard, nos craintes se révèlent malheureusement fondées. Ainsi, avons-nous eu vent, fin mai, de la distribution à des élèves dans l’enseignement secondaire de « packs » contenant des échantillons des produits suivants (dont nous tairons les marques) : pour les garçons, une carte de GSM, un serre-tête publicitaire, une boite de céréales au chocolat, du ketchup, une cannette de thé froid ; les filles avaient en outre droit à un tampon hygiénique et à de la crème pour la peau.

Nous avons pu en savoir plus grâce à un élève (sagace) d’un athénée wallon où cette opération a eu lieu. On constatait d’abord qu’aucun signe distinctif ne figurait sur les boîtes en carton. Dans celles-ci se trouvaient des sachets frappés de la mention « college pack ». Dans ceux-ci, les échantillons, ainsi qu’une brochure du gouvernement fédéral intitulée « 20 questions sur la sécurité sociale ». Les sachets étaient séparés entre différentes catégories d’âge et de sexe (par exemple, « girls 14-16 » ou « boys 17-19 »). Non content d’avoir déjà donné son feu vert à l’initiative, le cadre de l’établissement y a aussi activement collaboré : avertissement officiel par les bons soins du chef d’établissement (« c’est un cadeau pour vous féliciter et vous encourager à terminer l’année » proclama-t-il dans les classes) et distribution des sachets par les éducateurs et éducatrices ! L’élève ajoute : « la majorité des élèves se partageaient entre indifférence et enthousiasme ; seule une poignée d’irréductibles se sont indignés, ou bien se sont simplement posé des questions. Quant aux enseignants, ils semblent avoir été tenus à l’écart de l’opération ». A l’origine de celle-ci se trouve la société belge Packtime, spécialisée dans le marketing direct, notamment « à destination du groupe-cible étudiants » [1].

Cette intrusion publicitaire dans l’Ecole n’a cette fois pas pris de détour. Explicite et tapageuse, elle est d’autant plus condamnable et dommageable. Primo, elle permet à des entreprises de prendre pied insidieusement dans les établissements par le biais d’un partenariat public-privé, constitué cette fois de la triade gouvernement fédéral/entreprises/directions d’établissements ; on aimerait savoir quelle est la contrepartie, financière ou autre, pour ces dernières. Secundo, elle contribue à inoculer le poison consumériste à une audience captive, et à la fidéliser aux marques. Tertio, cette consommation sous la forme d’échantillons est particulièrement anti-écologique : des petites quantités de produits emballées sous plastique séparément et des cannettes, de surcroît livrées dans des sachets en plastique, cela génère une masse de déchets, dont la plupart ne sont même pas recyclables. Une manœuvre fort peu pédagogique quand on se rappelle qu’en 2005 s’est ouverte « la Décennie de l’éducation au développement durable », proclamée par l’ONU, une initiative que les divers états de l’Union européenne sont censés appuyer.

L’offensive mercantile passe résolument à la vitesse supérieure. Notons que ce qui vient de se passer est en contradiction flagrante avec la circulaire n° 1026, qui précise que «  La distribution de colis, d’échantillons ou de dépliants publicitaires tombe bien sous le coup de cette interdiction. » (cf. supra). Le Ministère de l’Enseignement annonce qu’une commission de contrôle va bientôt voir le jour, probablement d’ici la fin de l’année [2]. Signalons enfin que le gouvernement fédéral semble avoir négligé de prévenir le cabinet de Marie Arena de son implication dans cette opération commerciale à destination d’écoles francophones. N’est-on pas en droit d’appeler cela un dysfonctionnement institutionnel ?

Nous, membres de l’Appel Pour une Ecole Démocratique, de Résistance à l’Agression Publicitaire et de l’asbl Respire, demandons à la ministre-présidente Arena :

- de rappeler à l’administration son devoir d’interdire ces pratiques et de sanctionner les directions qui les ont autorisées, en attendant la mise en place de la commission ;

- de pouvoir faire partie de celle-ci.
Nous en appelons aussi à la lucidité et à la résistance des parents, des enseignants et des élèves face à cette offensive d’inspiration néolibérale, qui est en passe de créer un dangereux précédent.


Voir la dépêche de l’agence Belga reprise dans Le Soir du 29 juin 2006.

Le Soir consacre également un article plus développé sur ce sujet dans son édition de ce jour.

Notes

[2l’article 42 du Pacte scolaire prévoit que : « il est créé auprès du Ministère de l’Education une commission qui a pour mission d’examiner les infractions aux dispositions de l’article 41 et de proposer les mesures ou sanctions à prendre ». Ses règles de fonctionnement ont été définies dans l’arrêté royal du 14 septembre 1987.


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