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Ce que nous vend vraiment la publicité par l’exemple des poulets.

vendredi 9 juin 2006

Dans "La consommation assasine" [1], Hilary French écrit que "l’économie globale actuelle veut isoler et maintenir dans l’ignorance les consommateurs des diverses retombées négatives de leurs achats et, dans ce but, elle allonge au maximum les distances entre les différentes phases du cycle de vie d’un produit : extraction de matières premières, fabrication, emploi et, pour finir, mise au rebut." Dans le même but, l’économie globale utilise massivement la publicité pour embellir et rendre désirable l’image de produits qu’elle a crée de façon souvent désastreuse. La (sur)consommation de masse a en effet des conséquences sociales et écologiques catastrophiques qu’il s’agit de dissimuler (ou de nier) pour maintenir l’enthousiasme et l’espoir que sussite l’idée de croissance infinie. Mais les images publicitaires ont peu à voir avec ce qu’elles vendent. En voici un exemple édifiant :

"La plupart des poulets sont déstinés à l’une des utilisations suivantes : la production des oeufs ou celle de la viande. Leur voyage le long de la chaîne de l’industrie alimentaire débute dans une ferme avicole appartenant à un grand groupe. Les oeufs sont maintenus au chaud dans un incubateur dont la température est soigneusement contrôlée. Les aviculteurs s’arrangent pour faire éclore les oeufs pratiquement au même moment ou dans des intervalles de temps très réduits en inséminant artificiellement les poules. Après éclosion, les poussins entrent en contact, pour la première fois -et souvent pour la dernière fois - avec l’homme : les ouvriers examinent le sexe du poussin et jettent les mâles dans une grande poubelle. Ces derniers sont par la suite hachés, parfois encore vivants, pour servir comme engrais ou comme nourriture animale. Les femelles sont mises sur un tapis roulant et sont douloureusement débecquetées (bec coupé au moyen de lames chauffées). Après 18 à 20 semaines, les poussins sont expédiés chez l’éleveur sous contrat. Les poules pondeuses (tout comme les poulets de chair) sont placées dans des poulaillers qui font la moitié d’un terrain de football. Chaque poulailler peut contenir 90000 poulets. Comme cet élevage relève maintenant de la haute technologie, un éleveur peut généralement gérer cet immense poulailler pratiquement seul. Ces éleveurs, bien que propriétaires fonciers et courant la presque totalité des risques financiers de l’entreprise, ne possèdent jamais en propre les poulets qu’ils élèvent. Du début jusqu’à la fin, ces poulets portent l’étiquette de la compagnie dont ils sont la propriété. Le poulailler vaut 250000 dollars, les équipements demandent 200000 dollars pour leur fonctionnement et une fois les poulets dedans, les coûts de démarrage, dans les pays industrialisés, sont d’au moins un million de dollars.

Les pondeuses sont placées, par dix, dans des cages grillagées. Elles pondent près de 300 oeufs par an -soit plus de trois fois la production d’une poule il y a un siècle : les manipulations génétiques et les hormones de croissance ajoutées à l’alimentation expliquent "ce miracle". Les poules sont aussi ammenées à pondre plus d’oeufs grâce à l’éclairage artificiel, jour et nuit. Les cages, entassées les unes sur les autres sont couvertes de déjections et n’autorisent guère le mouvement. Les pondeuses sont facilement alarmées et stressées parce qu’elles ont peu de contacts humains. Généralement, l’éleveur n’entre en contact qu’avec les volailles qui se sont échappées des cages ou celles que le stress a tuées.

Il n’y a rien de surprenant, dans ces conditions, que des poulets ainsi élevés soient bien plus sensibles aux maladies et meurent bien plus tôt que les volailles élevées selon les techniques traditionnelles. En fait, après une année de ce régime, les bêtes sont si diminuées que leur production d’oeufs baisse. Elles sont alors envoyées à l’abattoir pour constituer la matière des aliments pour chiens et chats, des croquettes de poulet, voire des aliments pour bébés.

Quant aux poulets de chair, ils ont une vie encore plus courte et on encore moins d’espace que les pondeuses. Ils ne sont jamais exposés à la lumière du jour et vivent dans des poulaillers sans fenêtres, sous lumière artificielle, des jours particulièrement longs de 23 heures. Quotidiennement, on leur sert 860 grammes d’une alimentation spéciale qui peut contenir des antibiotiques et des hormones de croissance. Bien que les poulets soient très efficaces pour convertir les céréales en protéines, leurs conditions de vie sont telles qu’ils deviennent sujets aux affections respiratoires. Les aviculteurs les gavent alors d’antibiotiques comparables à ceux utilisés en médecine humaine. En 2002, une étude américaine a révélé que 37% des poulets d’une chaîne de grands magasins sont contaminés par des pathogènes résistant aux antibiotiques. Souvent du reste, ces poulets prennent tellement de poids qu’ils ne peuvent plus se tenir sur leurs pattes. Les poulets industriels souffrent souvent de claudication et nombreux sont ceux qui meurent de maladies cardiaques car leur coeur ne peut irriguer le sang dans des corps aussi disproportionnés. Quand ils atteignet le poids de deux kilogrammes, ils sont entassés dans des cages et dirigés vers l’usine de traitement. Les ouvriers les trient, les coupent et les pèsent pour les distribuer aux supermarchés. Enveloppés dans du plastique, les cuisses, les ailes et les pattes ressemblent très peu à l’animal vivant." [2]

On comprend l’effort publicitaire pour masquer la réalité de ce qu’il vend. On voit aussi le mépris absolu de ce système pour la vie et la Nature en général. Les exemples illustrant ce cynisme sont en nombre infini. Dans le livre précité, et dans le même registre, sont dévoilées les conséquences de la consommation massive d’eau en bouteille, de chocolat, de crevettes, de soda... Que l’on pense aussi au film de Hubert Sauper "le cauchemar de Darwin" sur la perche du Nil, qui disait lui-même pouvoir faire le même film sur les bananes du Honduras, le pétrole, les diamants...

"A l’heure où la vente des SUV (véhicules utilitaires sports)- si voraces en carburants - explose, on peut se demander s’il y a un seul des heureux propiétaires de ces véhicules pour se demander s’il existe une relation entre sa récente acquisition et le sort des peuples indigènes dont la vie et les moyens de subsistances ont été mis sens dessus dessous par la prospection pétrolière" s’interroge encore Hilary French. Que l’on se repose donc la question de la publicité dont le rôle est de promouvoir ce système immensemment destructeur en lui offrant une image non seulement acceptable mais désirable.

Notes

[1Editions-Diffusions Charles Léopold Mayer, 2005

[2Danielle Nieremberg, dans La consommation assassine, ibid.


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