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Communiqué de presse de l’asbl Respire - 23 mai 2006

Pas de publicité sur les taxis !

Ecrivez à vos députés.

mardi 23 mai 2006

Un projet d’ordonnance prévoyant la possibilité d’apposer de la publicité sur les taxis a été déposé au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale.

L’asbl Respire estime cette proposition inacceptable. Le lobby publicitaire entend aggraver l’envahissement publicitaire de l’espace public, malgré la saturation publicitaire dont la population se plaint, malgré les conséquences psychologiques, sociales et écologiques désastreuses que ce type de propagande nous inflige à tous.

Il revient aux pouvoirs publics de stopper cette agression et de protéger le bien commun. Soulignant le caractère d’intérêt public du service de taxis, les rédacteurs de ce projet d’ordonnance proposent qu’il soit mis au service du privé. Il n’est pas acceptable que les taxis soient de nouveaux supports publicitaires, affichant et déplaçant partout dans l’espace public les images et les slogans malsains de groupes privés dont le but unique est le profit à court terme, sans qu’il soit possible d’y répondre.

Plusieurs éléments qui de toute évidence n’ont pas été pris en compte dans ce projet d’ordonnance doivent être soulignés :

- La déferlante publicitaire que créerait ce dispositif occasionnerait un dommage esthétique immense  : imagine-t-on que nos villes soient encombrées d’affiches mobiles, aux couleurs criardes et aux slogans abrutissants ? Visualisons la scène : une voiture « décorée » aux couleurs de Heineken suit un véhicule arborant les petites culottes Sloggi, lui-même précédé d’un taxi vantant les éponges Scotch-Brite. Sans nul doute, ce spectacle serait de nature à enjoliver l’architecture préservée de la rue Royale...

- A-t-on également pensé aux problèmes de sécurité routière que ce type de messages comporte ? Tous les conducteurs, cyclistes et piétons seront-ils complètement imperturbables face aux images choisies pour promouvoir les culottes Sloggi ? Les publicitaires mettront tout en œuvre pour que ce ne soit pas le cas. Nul doute que les publicités les plus agressives, en captant l’attention des usagers de la route, introduiront un facteur d’inattention et de risque sur les voiries dont on se passera sans regrets.

- Ces messages privés imposés à tous dans l’espace public ne sont pas légitimes : la population n’en a pas fait la demande mais y est soumise de fait. On estime qu’en moyenne une personne est quotidiennement exposée à plus de 2000 messages commerciaux. Pourquoi en rajouter ? La rue n’est pas destinée à devenir une exposition permanente des produits des plus grosses entreprises qui ont les moyens d’investir dans les campagnes publicitaires. Les enfants en particulier, proies faciles et favorites des publicitaires, ne devraient pas être exposés sans relâche à des messages qui mobilisent des techniques avancées de manipulation mentale pour être les plus efficaces possibles.

- Le but premier de ces messages est d’inciter ceux qui y sont soumis à acheter les produits vantés. La publicité est une incitation efficace à la consommation - est-il utile de le rappeler ? - comme l’indiquent les sommes croissantes que les entreprises lui consacrent. Pourtant nous savons que nous surconsommons. Le Soir titrait en janvier dernier : « Le Belge consomme trois terres ». Or nous n’avons qu’une seule planète. Il est donc urgent de revoir en profondeur nos modes de consommation pour diminuer notre impact sur l’écosystème. La publicité commerciale, incitation à la surconsommation, dit et fait tout le contraire.

- Soulignons également qu’apposer de la publicité sur les taxis poserait un problème éthique important : l’objectif des publicitaires est clairement de disposer de supports mobiles, qui déplacent leur propagande commerciale dans l’espace public. Mais pour que ces publicités soient mobiles, il faut que le taxi prenne en charge un client (qu’il le transporte ou qu’il vienne le chercher). La présence du client devient donc une condition nécessaire au fonctionnement de la publicité et donc de sa rentabilité. Il s’agit là d’une véritable prise en otage publicitaire du client, tout à fait inacceptable. Le client serait-il en mesure de ne pas être le vecteur involontaire de la promotion de telle ou telle marque ? Pourra-t-il refuser de monter dans telle ou telle automobile sous prétexte qu’elle porte les couleurs d’une entreprise dont il condamne les pratiques (même si le taxi est en tête d’un couloir d’attente) ? Dans le cas où les taxis viendraient à être recouverts de publicités, la prise en charge de tout client, activement inclus dans le mécanisme publicitaire, devrait impérativement être conditionnée à la demande de son accord de participer à une campagne de publicité ainsi que de rouler pour telle ou telle entreprise dont les pratiques devraient être décrites précisément dans un dossier de présentation contresigné par les pouvoirs publics et des représentants du monde syndical.

- Le projet d’ordonnance prévoit que « Les modalités précises [de contrôle] seront déterminées par arrêté du Gouvernement  ». Une fois ces «  règles précises » déterminées, qui les fera respecter ? Quel organe ? De quelle composition ? Avec quels pouvoirs de sanction ? L’asbl Respire, qui dispose d’une liste importante de cas dans lesquels les lois encadrant les pratiques publicitaires ont été sciemment violées par les intéressés, affirme que, dans les conditions actuelles, les pouvoirs publics sont dans l’incapacité de faire respecter la législation sur la publicité commerciale. Ajouter à la production publicitaire l’opportunité des taxis reviendrait à aggraver les carences publiques en la matière et discréditer davantage la Loi.

Pour ces raisons, nous refusons que les taxis soient utilisés comme supports publicitaires. L’espace public, qui n’est la propriété de personne en particulier, ne peut être le lieu de l’imposition à tous de messages commerciaux d’origine privée. La pression surconsumériste que nous inflige la publicité commerciale est contraire aux engagements démocratiques et de développement durable des pouvoirs publics. Elle doit être stoppée et non aggravée.

Nous demandons aux élus du Parlement de la Région Bruxelles-Capitale de supprimer l’article 23 du projet d’ordonnance et de s’assurer que les taxis ne puissent pas devenir des supports publicitaires.

Ecrivez à vos députés, la liste des contacts est accessible sur le site du Parlement Bruxellois

LIBÉRONS L’ESPACE PUBLIC DE LA PUBLICITÉ COMMERCIALE


Extrait du projet d’ordonnance au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale modifiant l’ordonnance du 27 avril 1995 relative aux services de taxis et aux services de location de voitures avec chauffeur.

Extrait de l’ « Exposé des motifs » de l’ordonnance :

« Dix ans après l’entrée en vigueur de l’ordonnance du 27 avril 1995, il est opportun de poursuivre la modification du texte de base pour tenir compte de difficultés nées de la pratique d’une part et de la modification d’autres réglementations ayant une incidence sur la matière examinée d’autre part ainsi que pour réaffirmer, de manière encore plus claire, le caractère d’intérêt public du service de taxis et son implication dans la solution à apporter aux problèmes de mobilité à Bruxelles. »

Extrait du commentaire des articles

Article 23 :
« S’inspirant de cas existants à l’étranger, cette disposition prévoit la possibilité, moyennant autorisation, pour un exploitant de faire figurer de la publicité dans ou sur les véhicules exploités comme taxis. Les modalités précises seront déterminées par arrêté du Gouvernement. Lors de l’élaboration de ces modalités, le Gouvernement veillera à ce que celles-ci n’aillent pas à l’encontre de l’objectif de l’article 19 qui vise l’uniformité et l’identification. Dès lors, la publicité pourra seulement figurer après autorisation préalable, à un endroit bien spécifique sur le véhicule et dans certaines dimensions. »

Avant-projet d’ordonnance soumis à l’avis du Conseil d’État

Avant-projet d’ordonnance modifiant l’ordonnance du 27 avril 1995 relative aux services de taxis et aux services de location de voitures avec chauffeur :

Article 23 :
L’article 32, § 3, de la même ordonnance est remplacé par le texte suivant :
« Suivant les modalités déterminées par arrête du Gouvernement, un exploitant peut être autorisé à faire de la publicité dans ou sur les véhicules affectés à l’exploitation d’un service de taxis ou d’un service de location de voitures avec chauffeur. »

Voir le texte complet du projet d’ordonnance (PDF).


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