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COMMUNIQUE DE PRESSE RESPIRE ASBL - 02 mai 2006

Contrat de gestion RTBF : L’asbl Respire déplore la soumission des partis démocratiques au lobby publicitaire.

mercredi 3 mai 2006

Les auditions incomplètes du Parlement de la Communauté française sont closes. La négociation du contrat de gestion de la RTBF entre désormais dans sa phase parlementaire. Les quatre groupes politiques démocratiques francophones ont fait connaître une partie de leurs positions et de leurs revendications. Tous se prononcent pour le maintien de la règle dite « des 5 minutes », ce que Respire apprécie, tout en soulignant qu’il ne s’agit là que du maintien d’une règle de protection minimale vis-à-vis des enfants.

Cependant, mis à part ECOLO qui préconise le maintien du plafond publicitaire (25% de la part de financement), tout en soulignant que cela n’empêchera pas la croissance de la publicité sur le service public (voir notre communiqué de presse du 25 avril sur www.respire-asbl.be), tous les autres partis cautionnent la suppression du plafond des 25% d’apports publicitaires et l’ouverture accrue de notre service public à l’intrusion de la publicité commerciale  [1].

L’asbl Respire déplore cette absence profonde de vision et de compréhension des citoyens. Cette démission du politique devant l’économique ne peut que renforcer la crise de la représentation politique qui s’illustre également par la perte de légitimité des médias et la déréliction des organes d’information, chaque jour davantage dépendants et soumis aux puissances financières privées.

* * *

Ci-après, nous revenons sur les positions des quatre groupes concernant la place de la publicité commerciale sur notre service public :

MR

Tout en déclarant que « la RTBF doit se recentrer sur ses missions de service public », le MR soutient la levée du plafond publicitaire, l’autorisation de couper les fictions par de la publicité et de montrer les produits dans les émissions sponsorisées.
Pourtant, comment retrouver le chemin du service public, désintéressé, tout en faisant croître l’importance de messages commerciaux au service d’intérêts privés ? Comment espérer assurer valablement les missions d’éducation et d’information tout en diffusant des programmes abrutissants, intercalés jusqu’au centre de ces émissions ? Le MR prétend ne pas vouloir augmenter la pression publicitaire mais mieux valoriser les écrans publicitaires. Cela supposerait une séparation totale entre la RTBF et la RMB et un contrôle effectif des pratiques publicitaires de la RTBF. Est-il utile de rappeler que l’administrateur de la RTBF, M. Philippot, est également président du Conseil d’administration de la RMB ? Que le CSA est dans l’incapacité totale d’assurer correctement ses missions de contrôle et qu’il ne rend pour ainsi dire jamais d’avis contraignant à l’encontre de la RTBF qui a pourtant violé la législation sur la publicité à de nombreuses reprises ? Quand bien même le ferait-il, le montant des amendes resterait sans aucun doute inférieur aux gains que ces pratiques rapportent à la RTBF.

Comme il le rappelle justement dans son document intitulé « Politique audiovisuelle du MR : un excellent bilan, de fortes perspectives », le MR « ... a été à l’initiative, fédérale puis communautaire, de la fin du monopole public de l’audiovisuel, a installé une saine et durable concurrence entre les entreprises privées et le secteur public, et a permis que ce secteur privé se développe. » Pas de surprise donc, pour un groupe politique qui revendique la mise en concurrence durable du service public.

ECOLO

Ecolo préconise le maintien du plafond des 25% d’apports publicitaires mais souligne que ce maintien « entraînera mécaniquement une augmentation des possibilités de recettes publicitaires en valeur absolue ». Et ensuite : « Le plafond étant de 25% des recettes totales, toute augmentation du volume total de recettes (par exemple via augmentation de la dotation, qui représente le « gros morceau » de ce total), entraîne une augmentation, en valeur absolue, des recettes publicitaires autorisées ». Ecolo souligne que le maintien du plafond n’empêche pas la croissance de la publicité commerciale sur le service public. Dans ces conditions, l’intitulé de cette partie des « Recommandations » du groupe Ecolo : «  Publicité : ça suffit comme ça » apparaît pour ce qu’il est réellement : un effet d’annonce trompeur.

Ecolo fait d’autres propositions intéressantes pour la RTBF, comme la modification de la mesure de l’audimat. Malheureusement, tout indique que ces éléments positifs sont peu praticables tant que la RTBF ne sera pas sortie du jeu marchand de la concurrence que certains dirigeants lui imposent. Il est en effet peu réaliste d’espérer modifier les règles de l’audimat1 tant que la RMB tient près du quart du budget de la RTBF. Espérer un contrat de gestion sain pour une RTBF de service public tant que la publicité et sa part de financement y règnent revient à vouloir bâtir une maison sur un terrain miné.

CDH

Dans Le Soir des 29 et 30 avril, M. Procureur affirme, à la suite de M. Philippot « Une télé sans pub serait l’idéal mais les finances et les priorités de la Communauté sont ce qu’elles sont. De toute façon, le verrou des 25% n’est pas atteint : il peut sauter ». Si le verrou des 25% n’est pas atteint, on ne voit pas très bien pourquoi on devrait le faire sauter...si ce n’est pour que cette limite soit un jour franchie. Si une télé sans pub « serait l’idéal », pourquoi ne pas faire en sorte de se diriger progressivement vers cette solution ? La faisabilité d’un service public libéré de la publicité commerciale a-t-elle jamais été envisagée sérieusement ? Le CDH dispose-t-il d’une étude étayée et contradictoire montrant que cela n’est pas possible ? Nous posions cette question à M. Philippot qui répondit de façon lacunaire que cela n’était pas possible... On attend toujours l’étude.

Dans Vers L’Avenir du samedi 11 mars, Mme Milquet déclarait : «  ... je dis non à une télévision publique qui demanderait toujours davantage de libéralisation, tout en continuant à grassement se financer sur le dos du contribuable ». « A l’heure qu’il est, je le répète : on ne peut quand même pas tout changer à la RTBF dès que l’on constate une évolution au sein des chaînes concurrentes. Cette théorie de l’audimat à tout prix, qui impose de faire « comme les autres », est compréhensible mais pas incontournable. Soyons d’abord cohérents d’un point de vue structurel, et nous verrons ensuite ».
Nous attendons des propositions renouvelées du CDH pour qu’il ne soit pas pris en flagrant délit d’incohérence.

PS

Le PS a toutes les cartes en main (dont la majorité absolue au CA de la RTBF). C’est donc le groupe politique principalement responsable du devenir du contrat de gestion de notre service public. Après avoir détourné les résultats d’une étude réalisée par les FUCaM pour étayer sa proposition de supprimer la règle des 5 minutes (voir notre communiqué de presse du 10 mars 2006), le Parti Socialiste se réfugie lui aussi derrière la « réalité » (laquelle ?) pour ouvrir davantage le service public aux intrusions publicitaires et le soumettre davantage aux lois de la concurrence desquelles la RTBF a peu de chance de sortir vivante. Cela n’empêche pas M. Ficheroulle de déclarer dans Le Soir des 29 et 30 avril 2006 que « la RTBF doit préserver ou reconstruire une identité propre en évitant le spectre de la téléréalité. (...) Il y a nécessité à formuler clairement la notion de service public ». Un service public toujours davantage au service de groupes privés ?
« Si la RTBF nous fait la démonstration qu’elle peut, pour des raisons financières, dépasser ce plafond sans que la qualité des programmes ne s’en ressente, pas de soucis [pour la suppression du plafond des 25%] » avance encore M. Ficheroulle. Nous ne doutons pas que la RTBF puisse, pour des raisons financières, dépasser ce plafond. Nous ne doutons pas non plus que le PS puisse avaliser la démonstration des dirigeants de notre service public assurant l’amélioration de la qualité des programmes malgré l’emprise croissante des annonceurs et des publicitaires sur les programmes RTBéiens. Nous proposons au PS de demander à la RTBF de nous faire la démonstration qu’elle est dans l’incapacité irréversible de se libérer progressivement de l’emprise de la publicité commerciale. L’absence de cette étude témoigne à elle seule du parti-pris paradoxalement libéral du Parti Socialiste.

Notons cependant que M. Di Rupo a fait ses dernières apparitions sur RTL/TVi, qui capte la plus grande part de l’audimat d’affinité socialiste. On se surprend à penser que la négligence socialiste envers la RTBF trouve là un début d’explication.

* * *

Pour Respire asbl, plus que jamais, il importe d’entamer une réflexion de fond pour sortir notre service public d’un jeu dans lequel il a été jeté par erreur et qui ne peut pas être le sien. Il importe de trouver les moyens de libérer la RTBF de la publicité commerciale pour que ce service public puisse à nouveau être au service du public. La pétition « libérons la RTBF de la publicité commerciale » lancée par Respire a déjà recueilli plus de 1000 signatures, dont celles (d’intellectuels, d’artistes et d’élus). La pétition RAP pour le maintien de la règle des 5 minutes et l’interdiction de la publicité à destination des enfants a quant à elle reçu plus de 5000 signatures, dont de nombreuses demandant la suppression totale de la publicité sur le service public.

Les partis politiques doivent prendre en compte ce message fort en révisant leurs positions et en ouvrant d’urgence un débat public sur les conséquences de la publicité commerciale, ses effets dans la société et sur l’environnement, sur l’opportunité d’ouvrir les services publics à ce type de messages commerciaux.

L’asbl Respire demande au Parlement de la Communauté française de mettre en place une commission chargée de coordonner la réalisation d’une étude approfondie, contradictoire et publique - réalisée par un groupe représentant les intérêts des usagers et des habitants de la Communauté française, composé de professionnels de la RTBF (hors publicitaires), de représentants de la société civile et des usagers, de représentants du monde syndical, d’universitaires et d’élus - sur la faisabilité d’une RTBF sans publicité commerciale.

Notes

[1L’un des outils principaux mobilisé pour justifier ce dérèglement est l’audimat. Rappelons que l’audimat est mesuré par le CIM, dont le Conseil d’administration compte notamment : l’Union Belge des Annonceurs, Inbev, Clear Channel, Roularta, IP, RTL/TVi, la RMB et dont l’Assemblée générale est composée entres autres de : Clear Channel Belgium, JC Decaux Belgium, Publifer, Rossel&Cie, Roularta, Belgium advertising, Leo Burnett, Publicis, Carat Belgium, Coca-Cola Services, Douwe Egberts, Inbev, Procter & Gamble, Unilever... Doit-on se réjouir du changement de composition du Conseil d’Administration du CIM qui annonce compter depuis le 26 avril un représentant de Fortis ?


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