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Contrat de gestion RTBF : lettre à la Présidente du CDH

lettre du 19 mars 2006, toujours sans réponse à ce jour...

mercredi 3 mai 2006

De :
ASBL Respire
rue Bruyère Saint Jean, 49
1410 Waterloo

À :
Mme la Présidente du CDH
rue des Deux Églises, 41
1000 Bruxelles
milquet@lecdh.be

Bruxelles, le 19 mars 2006

objet : Négociation du contrat de gestion de la RTBF - place de la publicité commerciale.

Madame la Présidente,

Vous avez pris position ce samedi 11 mars 2006 dans le journal « Vers l’Avenir » en déclarant : « (...) nous avons toujours été très hostiles à l’insertion de plages publicitaires pendant la diffusion de programmes pour enfants. Et tenons plus que jamais à conserver la « règle des 5 minutes ».

En tant qu’association luttant pour libérer l’espace public de la publicité commerciale, nous nous réjouissons de la franchise et de la clarté de votre position dont nous prenons acte.
Cependant, au-delà de la « règle des 5 minutes », nous voudrions attirer votre attention sur la place et le rôle de la publicité commerciale à la RTBF.

Les propositions gouvernementales vont dans le sens d’une ouverture accrue de ce service public aux règles de « la concurrence » et, par conséquent, à la publicité commerciale qui est l’outil par excellence d’une possible privatisation de la RTBF.
Comme nous l’avons vu au Parlement de la Communauté française le 8 mars 2006 - jour de l’audition de M. Gérard, directeur général de la RMB et de M. Liesse, directeur des études du bureau Carat S.A. - les professionnels de la publicité et du marketing appliquent une forte pression sur le gouvernement pour ouvrir le plus largement possible notre service public à la publicité commerciale. Ces deux représentants l’ont dit sans détour : il s’agit d’entrer dans le jeu de la concurrence et d’appliquer les règles de l’économie de marché à la RTBF puisque celle-ci est désormais financée à hauteur de 22% par les apports commerciaux.

Il nous semble qu’il y a là un véritable danger pour l’autonomie éditoriale de la chaîne et pour sa viabilité financière à moyen et long terme.
Si on nous dit régulièrement que « faire sauter le plafond publicitaire » (25%) ne présente pas de risque pour le service public puisque ce dernier ne parvient pas encore à capter les annonceurs et atteindre le maximum (25%) autorisé, il est clair que l’objectif du lobby publicitaire est bien d’aligner la RTBF sur les pratiques et les caractéristiques de ses « concurrents », dont RTL-TVi.
Or, RTL-TVi, donnée perpétuellement en exemple et présentée comme l’étoile polaire du service public, est financée intégralement par l’apport publicitaire.
Dans ces conditions, faire sauter le plafond reviendrait donc selon nous à s’engager définitivement sur la voie de la privatisation de la RTBF et de signer l’arrêt de mort de son caractère public. La logique de marché qui prévaut chez les publicitaires mais également à la direction de la RTBF ne connaîtrait alors plus de limites et n’aurait plus qu’à suivre son chemin naturel jusqu’au moment où la dotation publique ne serait plus supérieure à l’apport commercial, moment où il serait alors extrêmement difficile de défendre le caractère public d’un service déjà tenu par les pouvoirs financiers. On imagine alors sans difficulté les conséquences de cette logique sur l’emploi : RTL-TVi réalise plus d’audience (avec quels programmes ?) que la RTBF avec près de 4 fois mois de personnel...

Par ailleurs, il existe d’autres éléments qui font peser une lourde menace sur une RTBF excessivement financée par la publicité. Le 8 mars 2006 au PCf, un député a posé la question suivante : on sait qu’une grande part de l’audimat en Communauté française est réalisée par les chaînes françaises, et avant tout par TF1. TF1 est d’ailleurs la chaîne qui réalise la plus grande « pression publicitaire » dans la Communauté française (pour toutes les tranches d’âges, sauf les plus de 55 ans, où RTL réalise 32,9% de la pression publicitaire contre 22,6% pour TF1 selon les chiffres fournis par la RMB). Que se passerait-il si TF1 créait une régie publicitaire pour ses activités sur le marché belge ? Ce à quoi le patron de la RMB a répondu que, selon lui, la création d’une telle régie était inéluctable. Il n’est plus question de savoir si TF1 le fera, mais quand elle le fera. Cette commercialisation accrue des espaces publicitaires télévisuels en Communauté française aurait des conséquences potentiellement dévastatrices sur notre paysage audiovisuel. La « logique du marché » veut que les plus petits seraient soumis à une concurrence à laquelle ils ne pourraient pas faire face, se voyant du même coup privés d’une part essentielle de leur financement. On voit bien le risque que court la RTBF à assurer une part de son financement par la publicité qui en réalité est en sursis.

Selon nous, il est donc vital pour la RTBF de recentrer son financement sur l’apport public. C’est la garantie d’une autonomie financière et éditoriale et l’unique façon de protéger ce bien commun d’un jeu « de compétition » d’où il ne peut pas sortir gagnant.

Votre parti déclarait en 2004 (élections du 13 juin) que « Le défi difficile pour le service public sera avant tout de (re)trouver sa personnalité, sans courir derrière l’audience à tout prix tout en affrontant une concurrence accrue. »
Outre les arguments financiers soulignés supra, il nous semble que la RTBF ne pourra retrouver sa personnalité que si elle se libère des excès publicitaires qui dévoient la qualité de sa programmation pour satisfaire les annonceurs en générant « du temps de cerveau disponible ».

Vous disiez également qu’entre autres missions, la RTBF a pour mission « d’éduquer ». Mais quelle éducation peut être menée à son terme si entre deux émissions vertueuses sont placées des annonces abêtissantes dont l’unique objectif est de manipuler les téléspectateurs dans le but de les faire surconsommer ?
En 2004, vous déclariez également que le CDH « 
- (...) exige une révision radicale du Contrat de gestion avec une précision de la grille de programme ;
- (...) exige la réouverture du débat sur l’affectation des dépenses publiques allouées à la RTBF. »

Nous rapprochons ces propositions des déclarations que vous faisiez ce samedi 11 mars dans Vers L’Avenir : « ... je dis non à une télévision publique qui demanderait toujours davantage de libéralisation, tout en continuant à grassement se financer sur le dos du contribuable. » « À l’heure qu’il est, je le répète : on ne peut quand même pas tout changer à la RTBF dès que l’on constate une évolution au sein des chaînes concurrentes. Cette théorie de l’audimat à tout prix, qui impose de faire « comme les autres », est compréhensible mais pas incontournable. Soyons d’abord cohérents d’un point de vue structurel, et nous verrons ensuite. »

La cohérence et la constance que ces positions qualifient nous laissent bon espoir qu’elles ne resteront pas lettre morte dans les semaines et les mois à venir, ce à quoi nous serons vigilants. Nous serions très heureux de pouvoir vous rencontrer pour mieux comprendre les positions du CDH sur ce dossier et vous exposer de vive voix notre point de vue et nos demandes.

Dans l’attente de vous lire et nous tenant à votre disposition, nous vous prions Madame la Présidente, d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Pour l’asbl Respire,

Jean-Baptiste Godinot


Quelques documents de notre association accessibles en ligne :

- Un dossier spécial RTBF sur notre site Internet : http://www.respire-asbl.be
- Notre pétition : http://www.respire-asbl.be/article.php3?id_article=74
- L’exposé des motifs de la pétition : http://www.respire-asbl.be/article.php3?id_article=84
- Une carte blanche parue dans Le Soir : http://www.respire-asbl.be/article.php3?id_article=83


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