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La police et l’État sont à vendre !

Les services publics toujours moins publics.

jeudi 11 mai 2006

Un pas de plus est franchi dans la prostitution des services publics au secteur privé. Après la radio-télévision, la santé, l’enseignement ou encore les communes [1], c’est au tour de la police de se faire sponsoriser !

Dans un fascicule distribué aux commerçants de la zone de police Boraine, se trouvent des publicités pour le groupe financier Dexia (banques et assurances), probablement pour faire vendre des assurances vol... et associer l’image du groupe financier Dexia à l’ordre et à la sécurité.

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Fiche d’identification d’agresseurs proposée par la zone de police Boraine.
Source : Le Soir du 28 avril 2006.

D’une part, la publication d’une copie de fascicule dans Le Soir du vendredi 28 avril 2006, dans le climat d’émotion actuel, est presque populiste tant elle est orientée vers l’exploitation de certaines peurs pour alimenter un discours sécuritaire qui ne s’intéresse ni ne s’attaque aux causes de l’insécurité (relative) mais ne « traite » qu’inadéquatement ce « problème » en renforçant les dispositifs de contrôle et de sanction policiers. Ce fascicule à finalité locale, dont le fonctionnement est celui de l’antique Wanted, est de nature à entretenir la suspicion et la délation. Quelle que puisse être son utilité locale, sa diffusion à l’échelle communautaire s’inscrit dans le cercle vicieux du dérapage sécuritaire. Sponsorisé par Dexia [2].

La population cocufiée

Outre le racolage d’image auquel se livre éhontément le groupe Dexia, cette pratique publicitaire soulève d’autre part à nouveau la question cruciale de l’autonomie et de l’indépendance des services publics.

La police et les autres services publics sont financés par et pour la population. Accepter l’entrée de fonds privés, ce qui n’est jamais gratuit comme l’indique l’imposition du logo du groupe Dexia à côté de celui de la police, c’est accepter la porte à la mainmise des marchands sur certains pans ou plus de nos services publics. Imagine-t-on que Dexia se propose de financer, contre le droit d’afficher son logo, la diffusion d’avis de recherche et autres informations publiques ? Quelle serait l’étape suivante ? Des véhicules de patrouille offerts à condition d’y apposer la marque du constructeur en grand et, bien entendu, de circuler préférentiellement dans les quartiers où habite la « cible marketing » visée ? [3]

Et puisque d’autres services publics sont en manque de moyens, pourquoi ne pas ouvrir leurs portes à la publicité comme c’est déjà le cas pour la RTBF, qui est depuis incapable de remplir ses missions de service public ? Ainsi, la Justice pourrait être financée par des assureurs, des vendeurs d’alarmes, de couteaux ou d’oranges, les pompiers soutenus par une marque d’eau gazeuse, le cabinet du Premier Ministre par l’office du tourisme de Toscane, les Travaux Publics par un entrepreneur, les Transports par un vendeur de 4x4, le Parlement par trois quotidiens (un par communauté) qui seraient les seuls autorisés dans l’hémicycle. Même le Roi pourrait être sponsorisé par un marchand d’engrais pour géraniums.

Par cette prostitution des pouvoirs publics au pouvoir de l’argent, c’est le peuple entier qui est cocufié alors que l’État est censé le servir lui !

Avec le grignotage incessant de nos services publics par la publicité, il n’y aura bientôt plus une seule part d’État indépendant pour s’y opposer : il se sera vendu aux marchands, despotes non-élus n’ayant, faut-il le rappeler, que le profit comme but.

Le cas de l’intrusion de groupes privés dans les activités de la police est particulièrement préoccupant. On aurait préféré que la police associe son image à un symbole de la justice ou de la paix et non à un groupe transnational hyper actif dans la dévastation du monde, qui finance notamment des fabricants d’armes. Mais la police n’a jamais été « gardienne de la paix » autant qu’elle est gardienne de l’ordre. Or cet ordre est plutôt un désordre, dans lequel un petit nombre de personnes jouissent d’un confort et d’une « richesse » que le plus grand nombre est mis dans l’incapacité d’acquérir. Cela est vrai aussi bien dans les nations qu’entre les nations [4].

Séparation du Privé et du Public

Il n’y a pas si longtemps (et même encore maintenant), des gens ont dû se battre pour obtenir la séparation de l’Église et de l’État. Cette dernière exerçait en effet un grand pouvoir sur les responsables politiques et sur la population. Si désormais l’essentiel de la population et des partis politiques, y compris chrétiens, ont fait de cette séparation de pouvoirs un principe inaliénable, il est plus qu’étonnant de constater qu’ils ont l’air de ne pas remarquer l’emprise sur l’État d’un autre type de pouvoir : celui du secteur privé. Comme pour l’Église en son temps, le pouvoir réel est maintenant aux mains des puissances financières. Ce sont elles qui font de nos vies ce qu’elles sont.

Il est honteux pour un État que ce soient des associations comme la nôtre qui s’attèlent à défendre les intérêts publics des appétits des puissants. Et nous devons impérativement nous battre tous, citoyens, pour nous réapproprier notre bien commun avant que tout ne soit aux mains des financiers.

Le secteur privé ne peut en aucun cas s’immiscer dans le secteur public car il n’y a pas sa place. Un État réellement indépendant se doit aussi de l’être des marchands !

Notes

[1Via, entre autres, l’implantation de panneaux publicitaires.

[2Remarquons que le coup de pub de Dexia s’en trouve démultiplié puisque, du fascicule distribué localement, Dexia voit son image associée à celle de la police dans un des grands quotidiens du pays. C’est ce que les publicitaires appellent « l’impact média », qu’ils espèrent, provoquent, et obtiennent souvent, sans avoir à payer les frais de publication et diffusion de leur message commercial. Pour zéro euro, Dexia aura ici diffusé son logo à côté de celui de la police dans les pages exploitant de façon malsaine l’émotion liée au meurtre d’un adolescent pour un baladeur.

[3Rappelons que la police publique se doit d’être impartiale et au service de la population. Une police privée est une milice.

[4La Belgique est un pays riche où 15% de la population vit dans la pauvreté. Et 20% des habitants de la planète en consomment 80% des richesses


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