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Respire répond à Ecolo

Communiqué de presse 25 avril 2006

mercredi 26 avril 2006

Le 21 avril, Ecolo répondait à Respire dans un communiqué de presse (joint ci-dessous), avant que Respire ne se soit publiquement exprimé sur la position de Ecolo et celle des autres groupes. A son tour, Respire répond à Ecolo.

COMMUNIQUE DE PRESSSE RESPIRE ASBL - 25 avril 2006 L’asbl Respire répond à Ecolo - Mise au point

Les membres de l’asbl Respire s’étonnent du communiqué de presse au ton condescendant de Ecolo intitulé « Ecolo répond à Respire » alors que Respire ne s’était pas encore exprimé publiquement sur la position d’Ecolo concernant la renégociation du contrat de gestion RTBF (pas plus que sur celles des autres groupes sur lesquelles Respire prendra également position). Sans doute les signataires de ce communiqué de presse de Ecolo font-ils référence au courriel privé adressé à 16 personnes (dont 10 membres de Respire) dans lequel un membre de Respire soulignait :

1) Que la déclaration de Marcel Cheron dans La Libre du 21 avril 2006 : « Supprimer la pub ? nous ne sommes pas fous  » était pour le moins problématique étant donné :
- que plusieurs pays/communautés ont décidé de sortir leur télévision publique du jeu de la concurrence en les libérant de la publicité commerciale (Flandre (VRT), Suède (SVT), Angleterre (BBC), Etats-Unis (PBS), bientôt peut-être les Pays-Bas) : les dirigeants de ces pays doivent-ils donc être considérés comme fous ?
- que déjà plus de 1000 personnes ont signé la pétition Respire pour libérer progressivement le service public RTBF de la publicité commerciale, dont de nombreux professeurs d’université et des élus politiques (dont trois du groupe Ecolo).

2) Que Ecolo a rendu publique sa position le jour où le baril de pétrole dépassait des records historiques, ce qui rend compte de l’insoutenabilité totale de nos modes de vie et des dangers auxquels ils nous mènent. Quoi qu’en dise Ecolo, le service public RTBF assurera donc encore la promotion de véhicules 4*4 climatisés et de produits dont la production/consommation implique des dizaines de milliers de kilomètres de transports, produits qui participent activement à l’épuisement des ressources d’énergie fossile et au bouleversement climatique. Le message privé dénonçait l’incohérence de cette posture pour un groupe politique axé vers l’écologie politique.

Les membres de l’asbl Respire précisent également que dans des correspondances antérieures (5 mars 2006), les représentants de Ecolo au Parlement de la Communauté française avaient déclaré être en faveur de la diminution progressive de la publicité commerciale sur le service public, tout en soulignant la nécessité d’assurer un refinancement de la RTBF pour ce faire.
Force est de constater que dans ses « Recommandations  », Ecolo a reculé, au détriment du service public et de ses usagers, et probablement de la confiance d’un nombre important de ses membres.

Ecolo préconise le maintien du plafond des 25% d’apports publicitaires mais souligne que ce maintien « entraînera mécaniquement une augmentation des possibilités de recettes publicitaires en valeur absolue ». Et ensuite : « Le plafond étant de 25% des recettes totales, toute augmentation du volume total de recettes (par exemple via augmentation de la dotation, qui représente le « gros morceau » de ce total), entraîne une augmentation, en valeur absolue, des recettes publicitaires autorisées  ».
Ecolo souligne que le maintien du plafond n’empêche pas la croissance de la publicité commerciale sur le service public. Dans ces conditions, l’intitulé de cette partie des « Recommandations  » du groupe Ecolo : « Publicité : ça suffit comme ça  » apparaît pour ce qu’il est réellement : un effet d’annonce trompeur.

L’asbl Respire n’a jamais sous-estimé l’importance d’un refinancement de la RTBF et a précisé à plusieurs reprises que les possibilités de suppression progressive de la publicité commerciale (nous proposons une échéance à 2012) devaient être envisagées sans transfert budgétaire des autres compétences de la Communauté française vers l’audiovisuel. Respire a proposé des pistes de réflexion pour un tel refinancement, et aucune d’entre elle n’a été invalidée par une analyse étayée. Respire a notamment indiqué, et ce y compris dans un courriel adressé aux représentants d’Ecolo, qu’il serait sans doute judicieux d’envisager de « réduire la voilure » de la RTBF en recentrant ses activités sur des canaux moins nombreux si cela pouvait permettre de se passer de l’apport financier de puissances financières hyperactives dans la dévastation du monde.

Dans l’introduction de ses recommandations, Ecolo affirme qu’ « il convient que le pouvoir public maintienne et développe une attitude et des principes forts de régulation de l’activité audiovisuelle, dans le respect des principes européens en vigueur et notamment de la directive « Télévisions sans frontières ». L’asbl Respire ne peut que se réjouir de l’intention déclarée mais s’inquiète de sa nature réelle. Il est utile de rappeler que la directive « Télévision sans frontières » est une entreprise de dérégulation en matière de publicité commerciale notamment. Ainsi peut-on lire sur le site de l’Union Européenne : « Pour les émissions régulières, la Commission propose d’éliminer les tracasseries administratives, d’assouplir les règles en vigueur pour permettre de nouvelles formes de publicité, et d’encourager l’autorégulation et la corégulation. La directive modernisée ne régira pas en détail la fréquence et les conditions de l’interruption des programmes par la publicité, mais elle simplifiera les règles communautaires existantes. À l’avenir, les diffuseurs pourront choisir le meilleur moment pour faire passer de la publicité dans leurs programmes, plutôt que d’être obligés, comme ils le sont aujourd’hui, de ménager des intervalles d’au moins vingt minutes entre les pauses publicitaires. »
La très libérale Mme Viviane Reding, commissaire en charge de ce dossier, déclare également : « Mon but est de voir prospérer l’industrie européenne du contenu audiovisuel dans un cadre réglementaire parmi les plus modernes et les plus souples du monde...  ».
Considérant les intentions publiquement présentées de la Commission européenne que Ecolo déclare vouloir respecter, Respire se demande ce qu’entend le groupe Ecolo par « principes forts de régulation »... et s’interroge sur les moyens qu’il envisage pour que survivent les services publics de l’audiovisuel.

Malgré ces éléments contestés, l’asbl Respire considère comme positives d’autres propositions du groupe Ecolo et remarque qu’elles se distinguent des positions des autres groupes politiques. En particulier, Respire reconnaît le rôle constructif que Ecolo a joué par le passé, notamment en ce qui concerne la règle dite « des cinq minutes » et sa position ferme sur le sujet. Respire rejoint également les positions de Ecolo sur :

- la nécessité de reprogrammer de façon régulière des émissions publiques concernant les grandes questions de société ;
- le danger que représenterait l’utilisation de bel ARTE comme d’une voie de garage culturel. Respire estime d’ailleurs que les investissements liés à cette nouvelle chaîne ne sont pas justifiés ;
- la nécessité de repréciser et d’affermir les règles garantissant aux journalistes les conditions d’un exercice indépendant de leur mission d’information ;
- la nécessité de renforcer et de garantir l’accessibilité aux programmes de télévision aux personnes sourdes et malentendantes ;
- la nécessité de modifier en profondeur l’outil de mesure de l’audience. Respire demande d’y ajouter une mesure qualitative des programmes ;
- la nécessité d’associer les usagers aux prises de décision concernant leur service public ;
- la nécessité de mesurer et de limiter l’impact environnemental de l’entreprise publique ;
- la nécessité de revaloriser les archives de la RTBF.

Malheureusement, tout indique que ces éléments positifs sont peu praticables tant que la RTBF ne sera pas sortie du jeu marchand de la concurrence que certains dirigeants lui imposent. Il est en effet peu réaliste d’espérer modifier les règles de l’audimat tant que la RMB tient près du quart du budget de la RTBF. De même, les missions de service public de notre radio-télévision ne peuvent pas correctement être remplies tant que des messages décervelants seront imposés à tous les usagers, y compris au sein des émissions supposées éduquer ou informer. Espérer un contrat de gestion sain pour une RTBF de service public tant que la publicité et sa part de financement y règnent revient à vouloir bâtir une maison sur un terrain miné.

Plus que jamais, il importe d’entamer un réflexion de fond pour sortir notre service public d’un jeu dans lequel il a été jeté par erreur et qui ne peut pas être le sien. Il importe de trouver les moyens de libérer la RTBF de la publicité commerciale pour que ce service public puisse à nouveau être au service du public.

Nous nous réjouissons de lire que Ecolo est ouvert à une réflexion de ce type et sollicitons à nouveau un entretien avec ses représentants.

ASBL Respire

Ecolo répond à Respire
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