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Témoignage audio d’un employé de la RTBF à la Soirée Nova du 19 avril 2006

Témoignage audio d’un employé de la RTBF et texte de Respire

mardi 25 avril 2006

Soirée Nova : RTBF contrat publi...citaire ?

Écoutez ou téléchargez le témoignage d’un employé de la RTBF (mp3 - 9 min 25 - 3,8 Mo). Vous pouvez également en lire la retranscription.

La direction de la RTBF tente d’empêcher que le débat sur l’opportunité de la publicité commerciale dans le service public soit ouvert. Le message est passé chez les employés qui craignent pour leurs postes s’ils s’expriment sur ce sujet. Nous avons donc masqué la voix de la personne qui a accepté de nous livrer sa vision des choses. Son témoignage a été diffusé lors du débat « RTBF, contrat publi...citaire ? » organisé au Nova le 19 avril dernier. À présent en ligne et à ne pas manquer...


Ci-dessous, le texte de la présentation de Respire :

La RTBF est d’abord la nôtre

La pétition

Après avoir fait circuler une pétition qui a recueilli presque 1000 signatures, nous nous sentons encore davantage le devoir de faire entendre ces voix. Que disait la pétition ? En deux mots, s’adressant à la ministre de la culture et de l’audiovisuel, ainsi qu’au Parlement, elle formulait la demande que soit supprimée progressivement la publicité commerciale de la RTBF, comme l’ont fait plusieurs chaînes européennes, telles que la VRT, la BBC, la SVT ou bientôt la chaîne hollandaise. La société civile ayant été invitée par ladite ministre à se faire entendre dans le cadre des négociations du prochain contrat de gestion, c’était le bon moment, nous semble-t-il, pour lui présenter cette revendication. Il faut dire que tous les signataires que nous avons rencontrés nous ont témoigné un fort soutien et ce grand nombre de personnes fait échos au « ras-le-bol » généralisé de la publicité. Songeons aussi au succès qu’a remporté la pétition de RAP pour s’en convaincre.

Il paraît donc évident que la proposition de Madame Lanaan est prise au sérieux par les citoyens qui désirent se faire entendre et participer à la création du contrat de gestion de leur radio télévision. Seulement, voilà... On est droit de se demander si cette invitation n’est pas plus un effet d’annonce qu’une réelle volonté politique d’écoute citoyenne.

En ouvrant et étudiant tout le dossier RTBF, nous nous sommes sans cesse heurtés à des arguments budgétaires non étayés, mais toujours cités comme des évidences ; la publicité y étant présentée en nécessité absolue.
Nous pensons pourtant qu’il est tout à fait raisonnable d’envisager une RTBF sans pub, qu’il est même indispensable d’y réfléchir sérieusement pour éviter son déclin et sa perte.

Les considérations

Nous considérons que service public et publicité commerciale s’excluent l’un l’autre par nature : le service public obéissant aux lois de l’intérêt général en adoptant un comportement désintéressé pour, comme son nom l’indique, servir le public ; la publicité commerciale obéissant aux lois du marché en adoptant un comportement compétitif, concurrentiel pour servir des intérêts privés. Ceci est tellement vrai que vouloir marier les deux revient à commettre un contre-sens, une aberration, même dans les proportions que nous connaissons aujourd’hui : 25% de fonds privés et 75% de dotation publique, les nécessités des lois du marché inféodant les 75% aux 25.

Pour bénéficier de fonds privés, le service public est obligé de suivre les règles du marchés et par là, de la concurrence. Il lui faut donc jouer les mêmes jeux - ce qui veut dire choisir le même genre de programme - que ceux des chaînes privées comme RTL ou TF1. Ce jeu coûte cher et est risqué, car, si l’on laisse la publicité commerciale se développer sur la RTBF, ce service risquerait bien de connaître un sort identique à celui de la SABENA. En effet, plus la proportion du financement privé augmentera, moins la part fournie par la dotation publique se justifiera. Il n’y aura alors plus qu’un tout petit pas vers sa privatisation. Dans ces conditions, il est étonnant de constater que les élus politiques déclarent ne pas vouloir la privatisation, alors qu’ils plaident pour le maintien ou même l’augmentation de la pub. Limiter, puis supprimer la publicité commerciale est la garantie de pouvoir conserver ce service public sur le long terme.

Les demandes

Par conséquent, nous avons demandé à Mme Fadila Laanan, ainsi qu’aux membres du Gouvernement et du Parlement de la Communauté française :

1) de libérer progressivement notre chaîne publique de la publicité commerciale et d’inscrire dans le futur contrat de gestion de la RTBF que d’ici 2012, toute publicité commerciale sera interdite sur ce service public.

2) de renouer avec les missions de service public qui ont historiquement valu à la RTBF une renommée internationale et l’attachement du public belge.

Les propositions

Pour ce faire, nous proposons de nombreuses possibilités sans augmentation substantielle de sa dotation :

1) Utiliser le vaste patrimoine audiovisuel // BBC

2) Valoriser le potentiel des professionnels de la RTBF. Il y a fort à parier que le potentiel en présence sur le service public n’est pas en mesure de développer son talent et de valoriser sa créativité quand notre chaîne copie de plus en plus platement la « concurrence ».

3) Renouer avec les missions de service public et limiter les dépenses pour des programmes extrêmement coûteux (par exemple de divertissements et de sport). Il faut bien entendu que les programmes de la RTBF comprennent des plages divertissantes et puissent retransmettre l’actualité sportive, mais là encore, s’aligner sur la « concurrence » qui s’en est fait une spécialité est vain et inutile. Réaliser un bon documentaire ou un débat de qualité sur un sujet d’actualité coûte potentiellement peu cher et correspond à une véritable demande.

4) Lever une taxe sur les apports publicitaires des chaînes privées pour financer le service public.

5) Mieux et plus collaborer avec d’autres chaînes de service public pour financer l’achat de programmes chers (comme les droits de retransmission sportives).

6) Diminuer la rétribution des dirigeants de la chaîne, sachant qu’ils doivent actuellement être payés autant que dans le privé, mais qu’on n’a pas pu avoir les chiffres exacts.

Ces propositions, nous avons voulu les exposer au Parlement, comme la Ministre Lanaan avait suggéré de le faire en déclarant qu’elle serait à l’écoute de la société civile jusqu’à Paques. Nous n’avons pas été reçu au Parlement, alors que le bureau CARAT et la RMB, deux lobbies publicitaires, ont été auditionnés !
Le Parlement, dans ces circonstances, a-t-il été la tribune impartiale que nous avait promis la Ministre ?
À défaut de cette audition, nous avons été reçus auprès des membres du cabinet de Madame Lanaan, entretien au cours duquel il est clairement apparu qu’une diminution de la publicité n’avait jamais été envisagée, fût-elle progressive.
En effet, Madame Lanaan exposait que « supprimer purement et simplement la publicité était irréaliste ». Rappelons que nous n’avons jamais formulé une telle demande, n’étant pas, nous non plus, naïfs. Nous avons demandé et proposé que soient réfléchies, envisagées sérieusement, étudiées même toutes les possibilités de diminution dans un premier temps et de suppression dans un deuxième de la publicité commerciale. Cela commencerait maintenant et pourrait se terminer en 2012 lors des négociations du prochain contrat de gestion. Manifestement, la question n’est même pas soulevée. L’étude que nous demandons de réaliser publiquement n’est absolument pas envisagée.

Mais pendant ce temps, M. Philippot annonce, lui, avoir réalisé une étude sur le sujet. Et sans la rendre publique, il déclare de façon péremptoire que « supprimer la pub, c’est 750 emplois en moins ». Nous avons demandé à pouvoir consulter cette étude, mais restons sans réponse.

Ce manque de transparence dont plus personne ne semble s’étonner et l’opacité des décisions instituée en système nous portent à croire, mieux, nous portent à dénoncer qu’au lieu d’une écoute citoyenne annoncée par notre Ministre c’est bien plutôt une volonté d’exclusion de toute participation citoyenne ou de tout contrôle citoyen qui est mise en avant. Devrions-nous donc avoir confiance d’emblée dans la manière d’administrer ce service « public » (si j’ose encore le rappeler) ?

N’est-ce pas au Parti Socialiste, puisque, en plus, il a toutes les cartes en mains, qu’il revient de protéger cet acquis social élémentaire et fondamental qu’est le service public ?

À moins de nous prouver que la publicité commerciale rencontre les missions de la RTBF, nous exigeons que soient mis en œuvre tous les moyens de la supprimer. Et si M. Philippot continue de vouloir administrer cette entreprise publique avec les moyens d’une entreprise privée, nous nous demandons s’il est vraiment à sa place.

Tous les débats menés au Nova ont été enregistrés. Ils seront prochainement mis en ligne sur le site...

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