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Les prix des matières premières flambent : impasse de la surconsommation

D’autres mondes sont possibles - Ce monde là n’est pas possible.

mercredi 26 avril 2006

La surchauffe continue, révélant chaque jour davantage l’impasse dans laquelle nos sociétés de croissance de la consommation se sont jetées.
Il ne tient pourtant qu’à nous de ralentir au plus vite et de changer de direction pour éviter le mur vers lequel nous nous précipitons avec le sourire. Les preuves s’accumulant, toute personne qui renonce à l’état d’autruche (les autruches ne sont pas toujours là où on le croit) est désormais en mesure de savoir qu’un autre mode de vie est nécessaire pour s’adapter aux réalités de notre hôte la Terre.

Pascal Lamy, Directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), socialiste d’appellation et ultra-"libéral" de religion, souhaite renforcer le commerce mondial qui, selon le rapport de l’Organisation dont il tient le gouvernail, est pourtant déjà en pleine croissance.

"Selon les statistiques publiées, mardi 11 avril, par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les échanges commerciaux ont augmenté, en volume, de 6 % en 2005, soit environ deux fois plus vite que la richesse mondiale. Pour la première fois, les exportations de marchandises ont dépassé en 2005 le seuil des 10 000 milliards de dollars (8 273 milliards d’euros) pour s’inscrire à 10 120 milliards" peut-on lire dans Le Monde du 11 avril 2006.

Comme toujours, les conséquences de cette évolution ne sont pas prises en considération, et ce pour une raison simple : les conditions de cette croissance sont passées sous silence et la façon dont elle est produite est présenté de façon erronée.

Les désastres humains et sociaux de cette course à la productivité sont considérés comme des dommages collatéraux, qui devraient bientôt être "gérés" par le "progrès" que seule la "croissance" permet. L’histoire qui nous a mené jusqu’à aujourd’hui nous enseigne pourtant que cet argument est faux : la quantité de richesses produites dans le monde n’a jamais été aussi grande (PIB mondial croissant) et les inégalités jamais aussi criantes.

Outre l’exploitation des hommes qui créent la croissance par leur travail, le discours libéral oublie également l’exploitation de la nature, sans laquelle rien ne serait possible. Or, les lois de la nature sont bien plus intransigeantes que celles des hommes, et elles nous disent notamment qu’une croissance infinie sur un monde aux ressources limitées est tout à fait illusoire.
Georgescu-Roegen, conscient du caractère fallacieux de la théorie économique classique (qu’elle soit de type marxiste ou libérale), nous a appris que le processus économique doit être vu comme un tout, dépendant lui aussi des lois de la physique [1]. Georgescu-Roegen souligne en effet que l’homme n’a pas la capacité de créer de la matière : il peut seulement la transformer. Dès lors, pour produire les biens qu’il met en service sur ses marchés, l’homme doit puiser dans les ressources naturelles et les transformer en "biens", grâce à des outils qui à notre époque industrielle sont devenus des machines consommatrices d’énergie le plus souvent issue également de ressources naturelles fossiles. L’énergie consommée (le pétrole par exemple) est transformée en déchets (pollution - CO2 entre autres), et les biens produits redeviennent eux aussi des déchets à la fin de leur durée de vie. Le processus global est donc le suivant : on extrait les ressources naturelles et on les transforme pour produire des "biens" qui peuvent éventuellement être recyclés mais deviendront tôt ou tard inutilisables et engendreront une pollution. Ce processus, régi par les lois de la thermodynamique, est irréversible.

Notre époque industrielle ayant poussé la logique de croissance à l’excès, l’ensemble des industries du monde peut maintenant être considéré comme une force de transformation de la nature [2] extrêmement dangereuse : nous consommons tellement de ressources naturelles que certaines d’entre-elles commencent à manquer ; mais surtout, nous transformons tellement de ressources en déchet, beaucoup plus rapidement que ce que l’écosystème ne peut absorber, que la surpollution menace de rendre la planète inhabitable (effet de serre, pollution des eaux potables, etc.).

Il y a donc pénurie à l’entrée du processus économique et saturation à sa sortie. Dans ces conditions, il est facile de voir que ce modèle d’organisation est voué à l’échec.

Malgré cela, les thuriféraires de la pensée unique comme Pascal Lamy sont incapables de voir cette évolution désastreuse tant ils sont obnubilés par les chiffres du PIB et la croissance de leurs indicateurs, symboles de leur aveuglement égoïste et ethnocentriste.
Mais les signaux d’alarmes s’allument partout.

Le système économique capitaliste repose sur l’exploitation des hommes et des ressources naturelles. Sans cette exploitation, il ne peut y avoir de capitalisme qui fonctionne par et pour l’accumulation des "richesses". Les hommes ne manquent pas et l’histoire nous montre malheureusement que les victoires sociales pour la dignité humaine sont de longue haleine et jamais définitivement acquises. En matière d’exploitation de l’homme par l’homme, les signaux d’alarme ne se sont en quelque sorte jamais éteints : l’humanisation de l’homme est loin d’être achevée.

Il y a par contre aujourd’hui une nouveauté radicale, qui envoie un avertissement que l’on ne peut ignorer et qui rejoint directement le précédent : certaines ressources naturelles commencent à manquer ou ne sont plus assez faciles à extraire pour satisfaire les "besoins" de l’économie mondiale.
La base "naturelle" de l’économie dans laquelle nous vivons est sur le point de faillir : surexploitation des ressources et surpollution.
Dans ces conditions, les ressources naturelles deviennent des enjeux géopolitique majeurs : toute rupture d’approvisionnement mettant potentiellement en danger des pans entiers d’une économie régionale (nationale), chacun doit s’assurer un accès aux ressources, au détriment des autres. La guerre pour les ressources est engagée, comme l’indiquent les manoeuvres états-uniennes en Irak, et ses menaces contre le Vénézuela et l’Iran, la "guerre du gaz" russe, le déploiement chinois en Afrique déjà colonisée par les Européens, ces derniers étant confrontés aujourd’hui à une résistance armée notamment au Nigéria [3], etc.
Croissance oblige, tout le monde veut plus de tout : les prix montent, les cours s’envolent, témoignant de la pression accrue sur les ressources naturelles et également, pour ceux qui savent et veulent le voir, la surpollution mortelle qui menace l’humanité et le vivant.
Les spéculateurs en profitent pour tirer de substantifiques bénéfices, aggravant les effets d’emballement et brouillant la lisibilité de la situation. Ainsi, les économistes ont jusqu’il y a peu affirmé sans sourciller que l’envolée des cours du pétrole était due au manque de capacité de raffinage sans aborder la question cruciale de la déplétion prochaine des réserves mondiales.

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diagramme déplétion tiré de www.ASPO.fr

Le discours change maintenant, et la hausse des cours, influencée par les manipulations boursières, témoigne bien de l’accroissement des tensions sur cette matière première et l’arrivée du capitalisme aux limites naturelles qu’il a toujours niées [4].

L’actualité dans les mass-médias en donne des indications nombreuses dont voici quelques extraits (les graphiques sont tirés du site Internet du journal Les Echos, accédé le 12 avril 2006 [5]) :


"Les cours du baril continuaient mardi matin leur ascension vers de nouveaux sommets. Le cours du brent a atteint mardi un record historique à plus de 69 dollars le baril. Le brent pour livraison en mai se traitait à 69,06 dollars le baril vers 7 h 20. Le brut léger américain se traitait à plus de 69 dollars le baril, son plus haut niveau depuis le 23 janvier. En Asie, les cours du pétrole ont également franchi, mardi matin, la barre des 69 dollars dans les échanges électroniques."

Lire la suite dans Le Monde du 11/04/06 : Tensions géopolitiques et craintes sur l’essence propulsent les cours du pétrole

"Fébriles depuis plusieurs jours, les cours du brut ont battu un nouveau record historique, mardi à Londres, les tensions exacerbées entre l’Iran et la communauté internationale et les craintes de pénurie d’essence poussant les investisseurs et les spéculateurs à l’achat. Depuis le début de l’année, le prix du pétrole a augmenté de plus de 13 pc, prolongeant ainsi le « rally » amorcé début 2002."

(...)

"En situation de risque, la logique spéculative, comme la volonté de garantir l’approvisionnement, poussent toujours les investisseurs à l’achat et font grimper inexorablement les prix. C’est que l’Iran, quatrième producteur mondial de brut, produit environ 4 millions de barils par jour et exporte surtout en Asie et en Europe, pas aux Etats-Unis.

S’y ajoutent des craintes sur l’approvisionnement en brut et en essence. Le marché est privé de plus de 600 000 barils par jour de pétrole nigérian, d’une qualité appréciée des raffineurs, car facile à convertir en essence. Les rebelles nigérians continuent de menacer d’attaquer les installations pétrolières du huitième producteur mondial. La direction de Royal Dutch Shell, exploitant 90 pc de la production perdue, a déclaré lundi que ses plates-formes off-shore allaient reprendre leur activité mais qu’elle attendait le feu vers des autorités cette semaine. Une déclaration non suivie d’effet...

La pénurie de brut léger nigérian est d’autant plus inquiétante que l’on s’approche de la haute saison de consommation d’essence aux Etats-Unis, sur un marché particulièrement serré, estiment les observateurs. Les réserves américaines d’essence sont en baisse continue depuis plus d’un mois, et les opérateurs s’attendent encore à ce que soit annoncée ce mercredi une baisse de 2,2 millions de barils la semaine dernière aux Etats-Unis..."

Lire la suite dans La Libre du 12/04/06 : Le pétrole gravit à nouveau les sommets

21/04/06 Le pétrole toujours au sommet

"Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » pour livraison en mai cédait 67 cents à 71,50 dollars, après avoir battu un nouveau record historique jeudi lors des échanges électroniques, à 72,49 dollars le baril. A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin est monté jusqu’à 74,22 dollars jeudi, un niveau jamais atteint depuis le début de sa cotation en 1988. Cette flambée des cours est due aux risques d’escalade dans la crise sur le programme nucléaire iranien ainsi qu’aux craintes de pénurie d’essence cet été aux Etats-Unis. Ces craintes ont été ravivées mercredi par le rapport hebdomadaire du département américain de l’Energie, qui a fait état d’un recul généralisé des stocks américains la semaine dernière. Les stocks de brut, de diesel et de fioul de chauffage ont reculé alors que les analystes s’attendaient à une progression. La principale source d’inquiétude était la chute de 5,4 millions de barils des stocks d’essence."

Lire la suite dans La Libre du 21/04/06 : Le pétrole toujours au sommet

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Pétrole Brent Londres

Détails actualisés.

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Pétrole WTI New-York

Détails actualisés.

Ce qui est bien connu pour le pétrole devient également vrai pour d’autres ressources. Certaines comme l’or sont des "valeurs refuges", tandis que pour d’autres métaux il s’agit d’une demande accrue de la part des industries.

"L’once d’or évoluait au-dessus des 600 dollars mardi à Londres. Il s’agit de son meilleur niveau depuis plus de 25 ans. Le métal jaune est porté par la hausse des cours du brut qui s’approchent de leurs records historiques."

Lire la suite dans La Libre du 12/04/06 : L’or au plus haut depuis 25 ans.

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Or Londres

Détails actualisés.

"A l’instar des prix du pétrole et des métaux précieux, ceux des métaux de base sont littéralement survoltés depuis une quinzaine de jours, les fonds d’investissement, principalement spéculatifs, ayant effectué leur grand retour dans un marché stimulé par l’appétit de la Chine et l’instabilité de l’offre minière.

(...)

La demande mondiale de métaux devrait progresser de 5 à 6 pc cette année, selon la Société Générale, dont une croissance de plus de 10 pc en Chine et une forte augmentation en Inde et au Brésil. Aux Etats-Unis et en Europe, la reprise de la croissance économique promet aussi une consommation solide de métaux. Or les stocks sont en chute libre et la production ne cesse d’être interrompue."

Lire la suite dans La Libre du 13/04/06 : Le cuivre, le zinc et le nickel flambent à nouveau sur les marchés. Pour d’autres ressources, voir en fin d’article.

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Cuivre Londres

Détails actualisés.

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Zinc Londres

Détails actualisés.

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Nikel Londres

Détails actualisés.

Dans ces conditions, le constat et les espoirs de Pascal Lamy, pour ne citer que lui, ont de quoi refroidir. Reprenons le cas du pétrole : il est clair qu’il n’y a aucune raison pour qu’à moyen voire à court terme les tensions liées à cette ressource naturelles diminuent. Bien au contraire, tout le monde voulant plus de brut, les prix ne pourront que suivre une tendance à la hausse, avec de potentielles brutales accélérations en cas de conflit...
Le prix du baril flirte aujourd’hui avec les 75 dollars, mais que se passera-t-il lorsqu’il sera à 150 dollars ? Quel sera alors le prix d’un plein d’essence ? Les entreprises de transport pourront-elles faire rouler leurs camions qui transportent les marchandises et font tourner une bonne partie de l’économie ? Quel sera le montant du "chèque mazout" que le gouvernement devra "avancer" à ses citoyens ? Aura-t-il les moyens de le faire ? Et sinon, quid du chauffage pour les personnes à revenus modestes ?

Quel pays renoncera à disposer de pétrole pour que les autres puissent en bénéficier ? Comment donc l’approvisionnement pourra-t-il être garanti ?
On le voit bien : il n’y a pas de solution globale au pétrole autre que le sevrage, le plus rapide possible.

D’autres ressources sont soumises à de moins fortes tensions, notamment parce qu’on les consomme (transforme) moins vite, comme les minerais par exemple. Mais dans la mesure où toute ressource naturelle finie représente une richesse, il est normal qu’elle soit employée avec parcimonie pour que les générations suivantes puissent également en bénéficier.
L’exploitation outrancière de la nature se fait là encore au détriment des générations futures.

Face à cette folie croissante, nous n’avons pas d’autre alternative que de nous adapter aux limites de la planète [6].
Cela implique d’évoluer vers des modes de vie plus sains et plus sobres, sans attendre que nos "responsables politiques" prennent les décisions qui leur reviennent [7]. Chaque acte de consommation s’inscrit, positivement ou négativement, dans la chaîne de responsabilité qui lie l’Homme à la Nature.


Pour de nombreux autres métaux et matières premières, la tendance est du même type : envolée des coûts.

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Aluminium Londres

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Argent Londres

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Caoutchouc Singapour

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Etain Londres

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Platine Londres

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Plomb Londres

Détails actualisés.

Notes

[1voir son ouvrage La Décroissance, accessible en ligne au format .pdfLa Décroissance

[2Certains économistes prétendent que l’on est sorti de l’ère industrielle, que notre civilisation est celle des services, que nous sommes entrés dans l’âge post-industriel. L’OMC elle-même tord le cou à ce contresens économique : "De façon générale, les variations de prix ont contribué à modifier, en 2005, la donne du commerce international. "La baisse ou la stagnation des prix alimentaires, agricoles ou des biens industriels a contrasté avec l’envolée des prix des métaux et de l’énergie", note l’OMC. Résultat : les échanges de matières énergétiques et minières ont représenté 16 % de la valeur des biens commercialisés, son pourcentage le plus haut depuis 1985. A l’inverse, celle des produits agricoles est tombée à un plancher historique de 9 %.

"Dans le secteur des biens industriels, la progression la plus forte a été enregistrée du côté des produits chimiques et ferreux, soulignent les experts de l’OMC. Malgré la reprise de la demande en ordinateurs et en produits électroniques, la valeur de ces catégories n’a pas crû aussi vite que celle des autres biens manufacturés dans leur ensemble. En d’autres termes, les produits électroniques n’ont pas retrouvé le rôle dynamique qu’ils avaient joué dans les exportations de marchandises à la fin des années 1990." Durant cette décennie, les exportations de ce type de biens progressaient à un rythme de 12 % par an, deux fois plus vite que l’ensemble des biens manufacturés.

Le constat de l’OMC corrobore le diagnostic récemment établi par Luis Miotti et Frédérique Sachwald, économistes à l’Institut français des relations internationales (IFRI), dans une étude intitulée : "Commerce mondial : le retour de la "vieille économie" ?" "Entre la décennie 1990 et le début du XXIe siècle, la dynamique du commerce mondial s’est radicalement modifiée, soulignent les deux auteurs. La croissance des échanges est restée soutenue, mais les secteurs moteurs ont changé. Durant les années 1990, la forte croissance des secteurs de la nouvelle économie et de haute technologie en général tirait les exportations mondiales. Depuis 2000, les secteurs de la vieille économie sont devenus les moteurs du commerce mondial : machines, automobile (assemblage, composants), chimie, agroalimentaire et métallurgie."

Les deux experts y voient la conséquence de deux bouleversements récents : l’éclatement de la bulle Internet et surtout l’insertion rapide de certains pays émergents dans le commerce mondial. "Cette seconde tendance aura des effets à long terme car elle traduit des évolutions fondamentales pour la structure et la distribution géographique de la production industrielle mondiale." C’est aussi l’avis de M. Lamy, pour qui "tout indique que le commerce mondial est à un tournant décisif de son histoire".

Sans doute ne croit-il pas si bien dire.

Tiré de Le Monde du 11 avril 2006.

[3La colonisation est indissociable du pillage des ressources naturelles qui ont été une condition nécessaire au "développement" de l’Europe (or, argent, caoutchouc, bois, épices, café, pétrole, gaz, uranium et minerais, etc). La guerre des ressources a donc toujours existé, mais elle prend aujourd’hui une ampleur nouvelle

[5cotations à terme 3 mois sauf l’argent et le platine (au fixing) - liens web vers les graphiques actualisés


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