Accueil > Dossiers > RTBF > Prouvez-nous que la RTBF a besoin de publicité commerciale !

-= Voir en ligne : Prouvez-nous que la RTBF a besoin de publicité commerciale ! - La Libre 30/03/2006 =-

Prouvez-nous que la RTBF a besoin de publicité commerciale !

Un article de l’asbl Respire paru dans La Libre Belgique du 30 mars 2006

vendredi 31 mars 2006

Le débat sur la nécessité pour la RTBF de courir derrière la publicité n’aura pas lieu. Ainsi en ont décidé la ministre Laanan, le Parlement et l’administrateur général Philippot. [1]

Le débat sur le contrat de gestion de la RTBF, annoncé par la ministre Laanan, n’a pas lieu. Il n’y a pas de réel débat démocratique sur les grandes orientations de ce service public incluant toutes les parties concernées et au premier chef ses usagers.

La série d’auditions menées au Parlement de la Communauté française constitue un effort, mais ne peut pas être considérée comme une tribune impartiale. Prenons un seul exemple qui nous intéresse particulièrement : alors que la RMB (Régie publicitaire de la RTBF) et le bureau CARAT ont pu y présenter leur point de vue marchand, les associations luttant contre l’envahissement publicitaire et soucieuses de défendre les principes de la démocratie n’ont pas pu y présenter leurs arguments, ni y poser de questions à leurs représentants. Nous l’avions pourtant demandé. Pour quelle raison cette assemblée élue n’a pas souhaité (ou n’a pas pu) prendre connaissance de points de vue qui sont largement passés sous silence, alors que tout indique qu’ils sont majoritaires ?

Au ras-le-bol généralisé de la publicité commerciale, particulièrement indigeste sur les services publics, l’administrateur général de la RTBF et la ministre Laanan opposent que la pub est nécessaire à la RTBF. Monsieur Philippot déclarait ainsi dans « La Libre Belgique » du 23 mars 2006 qu’il « fait partie de ceux qui rêvent de ne pas avoir de pub à la RTBF », prétendant par-là partager le sentiment majoritaire face à la pollution publicitaire (ceux qui apprécient sans réserve la publicité commerciale, qui plus est sur le service public, se comptent surtout... chez les publicitaires) mais laissant entendre du même coup qu’une RTBF sans pub ne peut être qu’un rêve. Notons toutefois qu’il dénonce (dans « La Libre Belgique » du 23 mars) la « pression publicitaire » et en parle en terme de problème... Rêve ou réalité ?

S’abritant derrière des indicateurs abscons (la variation en pourcentage de la pression publicitaire, par exemple) et le « bon sens » gestionnaire, Monsieur Philippot entérine sans réfléchir les vieilles lunes de la pensée unique pour gérer ce service public comme on mène une entreprise privée.

Pourtant, les sous-entendus et affirmations plaidant pour augmenter la part de pub à la RTBF ne font l’objet d’aucune argumentation étayée ; les principes qui rendraient nécessaire l’accroissement de la pollution publicitaire ne sont jamais expliqués ; les nécessités financières de la chaîne ne sont jamais exposées en détail. Pour l’instant, nous n’avons tout simplement entendu ou lu aucun argument qui puisse résister à la critique en faveur du maintien ou de l’augmentation de la publicité commerciale sur le service public. Nous ne nions pas qu’il puisse en exister, mais il serait alors grand temps de les exposer publiquement.

On voudrait par exemple consulter le budget de la RTBF, savoir combien coûtent au contribuable les nouvelles acquisitions technologiques et s’assurer que ces investissements sont conformes aux missions de service public. On voudrait vérifier que la politique de développement menée par l’administrateur général de la RTBF ne soit pas mégalomaniaque, car si elle l’était, la dotation publique serait nécessairement trop étroite et la privatisation de la RTBF programmée...

Mais qui sait aujourd’hui le détail des investissements et la nature des coûts de la chaîne ? Qui a accès à cette documentation qui devrait pourtant être publique ?L’approbation presque automatique par les décideurs -notamment au Parlement de la Communauté française- des arguments budgétaires de M.Philippot est extrêmement surprenante et tient de l’abdication du politique devant l’économique. Cela est aussi inacceptable qu’irréaliste, tant on sait désormais que cet abandon suffit à justifier pour certains électeurs le fait d’opter pour un « vote sanction » et que, par ailleurs, cette logique du laisser-faire est une impasse sociale et environnementale.Une étude précise, argumentée et contradictoire sur la situation budgétaire exacte de la RTBF et sur la faisabilité d’une RTBF sans publicité commerciale doit être réalisée et rendue publique. Tant que cela n’aura pas été fait, l’argument de l’insuffisance de la dotation publique pour justifier l’accroissement de la publicité commerciale sur ce service public restera nul.

Rappelons qu’en Flandre, la télévision VRT vit sans ce type de publicité. Au Royaume-Uni, la BBC est également sans pub, tout comme la SVT en Suède. En Allemagne, il n’y a pas de publicité après 20h, et le Parlement des Pays-Bas, conscient à la fois de la détérioration que provoque la publicité sur les programmes et du péril financier que représente la dépendance à l’argent privé, est en train d’envisager sérieusement de libérer son service public de la publicité commerciale. La Communauté française dispose de moins de moyens ? Certainement, mais la dotation publique n’est-elle pas suffisante pour proposer une RTBF publique de qualité aux habitants de la Communauté ? Et si non, pourquoi ?

D’aucuns disent encore que supprimer la publicité commerciale de la RTBF reviendrait à sacrifier l’emploi. Il nous semble précisément que c’est le contraire. Monsieur Philippot, comme les publicitaires, a pour credo les sacro-saintes lois du marché : compétitivité, rentabilité à court terme. La « mise en concurrence » du service public est réalisée en comparant la RTBF à RTL/TVI et d’autres chaînes privées. S’orienter de la sorte est périlleux, en plus d’être tout à fait déplacé tant il est vrai que les missions de la RTBF ne sont absolument pas celles de RTL/TVI : au jeu de l’audimat qui satisfait pleinement les publicitaires, RTL/TVI bat la RTBF avec près de quatre fois moins d’employés. Pour sauver l’emploi et assurer les missions de service public, il est donc impératif de sortir de cette logique marchande et de la dépendance au financement privé.

L’avenir de la RTBF se joue en ce moment même, sans que ses usagers n’en soient correctement informés. Le Parlement de la Communauté française a fait l’impasse sur les arguments en faveur d’une RTBF qui resterait publique, sur laquelle la publicité commerciale ne ferait pas la loi. Au-delà des effets d’annonce, la ministre ne semble pas vouloir ouvrir une réelle discussion en y impliquant les habitants de la Communauté française.

Une étude réalisée par « Significant GfK » montrait pourtant qu’en 2003, 75 pc des Belges estimaient qu’il y avait trop de publicité à la télé. Pourtant, sous la pression du lobby publicitaire, la ministre Laanan souhaite augmenter la quantité de publicité sur la RTBF. Monsieur Philippot, administrateur général de la RTBF, qui n’est donc pas un élu, se répand dans la presse pour faire valoir des intérêts privés dans un service public sans jamais avancer un argument valablement étayé.

Dans cette affaire, le manque de démocratie est patent. Cela est à l’image de la publicité commerciale qui nous impose à tous des messages bêtifiants incitant à la surconsommation, y compris dans l’espace public, sans que nous ne l’ayons demandé et sans que nous ne puissions y répondre. Et cela est inacceptable.

Notes

[1L’introduction est de la rédaction de La Libre.


Suivre la vie du site Articles | Suivre la vie du site breves | Contacts | Confidentialité