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Communiqué de presse 15/09/2015

Le projet de mégaprison toujours plus antidémocratique

mercredi 16 septembre 2015

Ce 15 septembre 2015 à 10 heures, des habitants de Haren, le Comité de Haren, des occupants de la ZAD du Keelbeek, leur avocate, le CNCD et le Réseau de Soutien à l’agriculture paysanne, ainsi que le Président de la Ligue des Droits de l’Homme ont donné une conférence de presse sur le terrain du Keelbeek.

Pour rappel, le mardi 8 septembre dernier, les occupants du Keelbeek recevaient un ordre d’expulsion du Ministre de l’Intérieur, qui comprenait une menace financière de 2.500 euros imputable à toute personne qui ne quitterait pas le terrain du Keelbeek sur simple demande d’un huissier.

Madame Anita Lamote, qui habite Haren depuis de nombreuses années a rappelé comment les élus locaux avaient éhontément trompé la population au sujet du projet de prison : « D’abord ils nous ont dit que ça devait être une petite prison, qu’ils installeraient sur les usines désaffectées Wanson. Ensuite on a appris par la presse, sans jamais qu’ils viennent s’expliquer, qu’en fait le projet de prison allait détruire tout le Keelbeek. Ce n’est pas une petite prison, c’est la plus grosse du pays, et elle détruirait notre espace de nature ! Nous n’en voulons pas, mais alors pas du tout ».

Valentine a ensuite expliqué pourquoi une ZAD a été fondée sur le Keelbeek et pourquoi les ZADistes ne laisseront pas passer ce projet mégalomaniaque : « Nous n’accepterons jamais qu’un espace de terre précieux comme le Keelbeek soit détruit simplement pour satisfaire les appétits capitalistes d’un consortium comme CAFASSO. On voit bien que le gouvernement fédéral et le gouvernement régional n’ont rien à faire de la nature et des habitants, ils veulent satisfaire leurs amis bétonneurs. Rappelons que le but de ce projet est d’enfermer 1.190 personnes, surtout des pauvres, alors qu’on sait très bien que la prison ne permet pas de réinsérer mais à les exclure encore plus. La prison c’est une fabrique à misère. Et ça coute très cher ! Cette prison ne se construira pas sur notre résignation. ».

Mieke Van den Broeke, qui défend les occupants face à la menace d’expulsion a expliqué le recours qu’elle a introduit en leur nom auprès du Tribunal de première instance : « La régie des Bâtiments a invoqué l’extrême urgence dans une procédure unilatérale assortie d’astreintes ; c’est à nouveau refuser le dialogue et la concertation que nous recherchons pourtant. La Régie des Bâtiment affirme que l’identité des occupants n’est pas connue et que cela représente un danger. Cela est faux. Mes clients ont écrit à plusieurs reprise à la Régie des Bâtiments pour demander un bail précaire avant que la prison soit construite. Ils ont signé les courriers et indiqué qu’ils étaient porteurs du projet de ferme qu’ils veulent mettre en place ici. Ils attendent toujours une réponse à leur dernière lettre. La régie des Bâtiments ne peut donc pas utiliser ce moyen. Le Juge de première instance a fixé une audience lundi 21 septembre à 9h30, j’y défendrai mes clients qui font face à des pressions qui sont interpellantes ».

Laurent Moulin, Président du Comité de Haren a ensuite souligné le problème récurrent posé par la Régie des Bâtiments : « Cela fait des mois et des mois que nous nous adressons à la Régie des bâtiments sans jamais obtenir de réponse. Nous avons demandé une copie du contrat qui lie la Régie à l’Etat, on nous a opposé le secret commercial. C’est un comble pour une prison publique payée avec notre argent. Nous avons demandé une audience pour présenter notre projet de ferme ouverte, nous avons reçu un non, sans aucune justification. La Régie des Batiment fédérale a essayé par 4 fois de commencer des travaux sans avoir les autorisations. A chaque fois nous l’avons bloqué, avec les ZADistes et la police. Nous l’avons mise en demeure de ne pas détériorer la biodiversité qui est protégée. C’est incroyable qu’une entreprise publique puisse se comporter de manière aussi antidémocratique. Comme si ça ne suffisait pas, voilà maintenant qu’elle nous envoient un huissier, avec des menaces d’amendes, alors qu’elle n’a toujours pas les permis pour commencer quoi que ce soit. C’est totalement inacceptable et les Harenois sont excédés de cette attitude. Et cela semble se faire avec le l’assentiment de tous les pouvoirs locaux régionaux et fédéraux ».

Stéphane Desgain, a rappelé que le CNCD-11.11.11 et le Réseau de Soutien à l’agriculture paysanne qui compte de nombreuses organisations soutiennent la démarche de sauvegarde du Keelbeek. « Ce soutien est basé sur une analyse qui n’est désormais plus contestée : le modèle agricole intensif est un modèle du passé, périmé, qui est en crise et qui ne peut pas tenir. L’avenir est à l’agriculture locale, de petite taille, agroécologique, aux circuits courts. Le Gouvernement Bruxellois en est conscient et a lancé une dynamique en ce sens, défendant notamment l’agriculture urbaine. Il est consternant de voir ici au Keelbeek que le Gouvernement Fédéral fait fi de cette dynamique qui est essentielle. Le Gouvernement Bruxellois doit davantage défendre ses dernières terres arables, et en ce sens le Keelbeek est un verrou qu’il faut absolument maintenir. »

Alexis Deswaef, Président de la Ligue des Droits de l’Homme et membre de la « plateforme pour sortir du désastre carcéral », est revenu sur le projet de mégaprison et les nombreuses démarches qui ont été entreprises pour éviter le fiasco qui s’annonce. « Nous avons rencontré tous les niveaux de pouvoir, et tous, Bourgmestre, Ministre Président de la Région, Ministre de la Justice disent qu’ils ne sont pas favorables à ce projet mais qu’ils en héritent. Nous listons les inconvénients et on nous répond par des demi-solutions qui ne font qu’aggraver les problèmes. Et comment va-t-on payer ce mastodonte ? Le coût peut être évalué à environ 3 milliards d’euros sur 25 ans, cela va considérablement appauvrir la Justice déjà exsangue. Et tout bon père de famille avec une brique dans le ventre sait qu’après 25 ans, il faut entreprendre de lourds et coûteux travaux de maintenance du bâti. Cette prison qui devrait être construite selon une formule « partenariat public-privé » s’avère une opération très profitable pour le privé, et très coûteuse pour le public. On ne peut pas accepter ce projet de mégaprison, il faut faire marche arrière et cela est possible. Le Ministre de la Justice lui-même nous a dit que les pénalités pour sortir du contrat ne sont pas insurmontables. Arrêtons ce désastre, les véritables solutions existent. »

Ce projet de mégaprison est caractérisée par une opacité qui ne peut pas être acceptée. Les pressions exercées sur les citoyens qui défendent leur lieux de vie et les biens communs par le biais d’un ordre d’expulsion doublé d’astreintes financières, scelle le caractère antidémocratique de ce projet. Des questions parlementaires ont été posées sur le financement de la mégaprison, elles restent sans réponses. Le contrat qui lie l’Etat à l’entrepreneur a été demandé par nos avocats, mais n’a pas été transmis. Le permis d’environnement a été délivré, il fait l’objet de plusieurs recours. Le permis d’urbanisme n’a pas été délivré. Cette mégaprison reste à l’état d’hypothèse, une hypothèse antidémocratique et ruineuse.

Contacts :
www.1130haren.be
haren.luttespaysannes.be


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