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Cinéma d’ATTAC : Désentubages cathodiques

ce jeudi 16 mars 2006 à 20h30

mercredi 15 mars 2006

LE CINÉMA D’ATTAC

Désentubages cathodiques

JEUDI 16 MARS À 21 HEURES 30, À L’ARENBERG

Cinéma Arenberg (26, Galerie de la Reine)

En grande avant-première...

Un film explosif sur les médias qui n’arrêtent pas de mentir...

Avec, dans les rôles principaux, Jacques Chirac, Christine Ockrent, Jean-Pierre Raffarin, Patrick Poivre d’Arvor, Claire Chazal, François Hollande, Philippe Val, Christine Bravo...

Dès 20 heures 30, le débat : « Comment se libérer de nos chaînes... de télé ? »

avec Jean-Jacques JESPERS (journaliste, chargé de cours au Département « Information et communication » de l’ULB), Bernard HENNEBERT (auteur de La RTBf est aussi la nôtre, aux éditions Aden, et coordinateur du site (consoloisirs.be) et Olivier MUKUNA (journaliste free lance).

Désentubages cathodiques

France 2005

Durée : 90 minutes

Prix d’entrée unique : 5,2 euros (y compris pour le débat)

Feu sur la fabrique de l’opinion... !

En 1989, la presse avait menti sur les prétendus charniers de Timisoara. « Nous sommes la démocratie » avaient rétorqué les journalistes. En 1991, les médias avaient menti pour auréoler la guerre du Golfe : « Nous défendons la liberté » avaient contre-attaqué les journalistes. En 1999, les télés récidivaient à propos du conflit en Yougoslavie : « Nous avons une haute idée de l’indépendance » avaient répondu les journalistes. Quatorze ans plus tard, les médias mentaient encore sur les armes de destruction massive et les justifications de la guerre américaine contre le régime de Saddam Hussein.

Les journalistes ? Ils mentent, ils s’excusent, puis ils recommencent. Au cours de l’année 2002, l’hystérie médiatique aura ainsi précipité l’incarcération de plusieurs personnes dans le cadre du procès pour pédophilie à Outreau. Elles étaient, quasi toutes, innocentes. Mais qui se souvient encore de 2003 quand les reporters envoyaient en prison Abderrezak Besseghir, un employé à l’aérodrome de Roissy qu’ils accusaient de terrorisme ? Il était pourtant innocent. Alors que les médias, eux, sont des multirécidivistes. Il faut dire que, tout au long de cette période, les médias de masse n’auront cessé de concentrer leurs forces et leurs capitaux. Leur objectif : « Aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » (Patrick Lelay, PDG de TF1).

Ni « dérapages » ni « emballements » donc : la médiocrité, l’erreur ou le mensonge sont les produits naturels d’un système... Evidemment dans cet assemblage structuré, la télévision a acquis une place prépondérante pour ce qui concerne et la production et la distribution de « l’information » -imposant son rythme, ses formats, ses points de vue dans un défilement continu d’images où se côtoient anecdotique et sublime, réalité et imaginaire, banal et sacré. Un conditionnement conduisant les spectateurs à une véritable fascination de l’instantané. D’autant que la mainmise des multinationales sur le secteur audiovisuel et la course aux recettes publicitaires ont mené la télé à privilégier le spectacle sur la réflexion, le voyeurisme complaisant sur le réel intérêt, et la démagogie sur le contenu éducatif. Dans ce contexte marchandisé, la profession de journaliste présente aujourd’hui de nombreux visages : aux côtés des journalistes statutaires -parmi lesquels on trouve une grande diversité de conditions (de la star surpayée aux gagne-petit de la presse régionale)- s’accroissent les bataillons de journalistes précaires, jetables du jour au lendemain.

Pluralisme uniforme

Tous ont cependant un point commun : ils sont devenus des « instantanéistes », qui doivent fournir de plus en plus vite une information soumise aux impératifs du scoop et de l’audimat, à l’influence des annonceurs, aux pressions économiques. Ainsi, informer signifie de moins en moins enquêter, poser ou susciter des questions mais, avant tout, faire assister à l’événement dans sa dimension la plus spectaculaire, la plus productrice d’audience.

Dans un monde où la communication a investi les moindres recoins de notre existence, décoder le déluge de mots, de chiffres et d’images -auquel nous sommes quotidiennement soumis- est devenu une nécessité absolue pour qui veut encore distinguer information et manipulation. La forme prise par cette surabondance de messages est en effet de plus en plus « profilée » afin de nous pousser à consommer et acheter, à ne plus penser mais à dépenser.Silences sur des événements majeurs, désinformation, falsifications, traficotages, matraquages..., toutes ces formes de « mensonge » ont pris un essor inouï -rendant plus urgente encore la tâche d’apprendre à lire « entre les lignes », à voir « au-delà des images » pour ne pas se laisser hypnotiser par les menteurs, les bonimenteurs et les marchands de bonheur.

Télégitime défense

À l’instar de « Pas vu pas pris » et d’ « Enfin pris ? » (où Pierre Carles défenestrait les journalistes-vedettes et leurs faux critiques « de gauche »), Désentubages cathodiques poursuit la même œuvre de salubrité publique mais en plus fort encore. Cible de ce documentaire décapé et décapant -qui laissera, c’est promis, les spectateurs scotchés du début à la fin ? L’analyse et le démontage d’arnaques télévisuelles choc, qui sont pourtant parvenues, tout récemment encore, à faire mousser l’opinion... pour mieux la lessiver. Dénonçant allègrement la toxicité idéologique de la télévision marchande (service publico-commercial compris), Désentubages organise la critique argumentée d’événements sensationnels qui ont marqué l’actualité télé. De la mystification à la mythification, en passant par la manipulation et la fausse impartialité, c’est toute la logique de la désinformation et de l’abrutissement qui est ici mise à jour. Un pur régal.

Evidemment, pour les habitués, c’est sans doute déjà une évidence : entre le 20 heures de TF1 et le Journal de France2, il n’y a jamais photo : c’est le règne du pareil au même. Que ce soit dans le choix et la chronologie des sujets, le formatage des reportages voire leurs commentaires..., pratiquement rien ne distingue l’information, perpétrée par la première chaîne privée française, de l’actualité prononcée quotidiennement par le service public via le groupe FranceTélévisions.

En 90 minutes, Désentubages en fournit l’irréfutable démonstration, avec un plan séquence introductif du meilleur effet : Jean-Pierre Raffarin, plus jeune de vingt ans, officiant dans un séminaire « Pouvoir et Communication » et uppercutant son auditoire d’un péremptoire : « Le marketing politique et le marketing commercial, c’est la même chose ». Le ton ainsi donné, six sujets -sur des faits événementiels de la première importance- vont étayer cette pénétrante entrée en matière.

15 décembre 2000. Jacques Chirac s’invite chez Patrick Poivre d’Arvor pour étouffer les bruits de casserole qui s’amplifient après les nouvelles révélations sur le financement occulte du RPR. Il y a le feu au lac. Avant de décéder en 1999, le financier du Parti, Jean-Claude Mery, s’est livré à une confession filmée explosive. Chirac (en tant que maire, puis Premier ministre) y est accusé d’avoir truqué des marchés publics à Paris et en Ile-de-France pour financer son plan-carrière présidentiel. Or en septembre 2000, les journaux se sont mis à publier les meilleurs extraits de ce témoignage post-mortem. L’homme clé des collectes d’argent entre les entreprises et les hauts dirigeants du parti gaulliste -« le Mery de Paris » comme on le surnomme- ne prétend-il pas avoir remis 5 millions en argent liquide à l’Hôtel Matignon « en présence de Chirac »... ? « C’est uniquement aux ordres de M. Chirac que nous travaillons », précisera même la vedette de la vidéo qui, depuis 1982, n’avait jamais cessé de tutoyer les cimes du RPR. Renvoyé ainsi dans les scandales, le chef de l’Etat a bien tenté publiquement d’assassiner le document Mery, parlant d’histoire « abracadabrantesque » : l’adjectif disqualificatif n’aura pas suffi à dégonfler la médisance.
Voilà donc, sur TF1, celui qui se présente comme « la victime permanente dans cette affaire » interrogé par le complaisant PPDA. Un document d’anthologie, mêlant contre-vérités éhontées et lapsus éraillés. Bref, du concentré de Chirac pour la postérité où -une nouvelle fois- le téléspectateur aura été prestement roulé dans la farine.

Deuxième chapitre, opportunément titré « Prise d’otage par TF1 ». Dans ce second reportage, haletant, Désentubages relate et met en perspective deux séries de scoops qui ont secoué, le 3 septembre 2004, le Journal de 13 heures sur TF1. D’abord, la couverture en direct de la libération des otages de Beslan « sans aucune perte en vies humaines », selon le présentateur Jean-Pierre Pernaut (alors que, deux jours auparavant, un commando tchétchène avait enfermé plus d’un millier d’enfants, d’enseignants et de parents dans le gymnase d’une école de la petite ville d’Ossétie du Nord). Dans le 13 heures, l’assaut donné par les forces spéciales russes est présenté comme un succès éclatant ayant permis « à un tas d’otages de se sauver » -le reporter « sur place », Liseron Boudoul, commentant les événements en direct... de Moscou ; et Florence Schaal, dépêchée à Beslan, répétant en boucle la version des autorités officielles. Sanction ? 48 heures après ce JT historique, vient le temps du bilan : 350 morts dont 186 gosses -une contre-information qui ne suscitera aucune excuse rétroactive de la rédaction.

Idem pour le deuxième scoop revendiqué le même 3 septembre sur la même chaîne : la libération « imminente » des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot détenus en Irak. Une « imminence » qui fera parler (pour ne rien dire) trois journalistes et correspondants durant de trop longues minutes. Une scène totalement hilarante, touchant au chef d’oeuvre, quand on en connaît le dénouement ultime : les deux otages ne seront libérés que... 109 jours plus tard.

Crénom de non

Presse écrite, vue de droite : « La bataille pour le "Oui" sera la grande défaite de tous ces altermondialistes qui ont l’impudence de se déclarer "antilibéraux", disons plus simplement, ennemis de la liberté » (le Figaro, 20 octobre 2004). Vue de gauche : « Le triomphe du "Non", c’est la marche en avant du national-socialisme » (Libération, 31 mai 2005)...
Radiodiffusion : du 1er mars au 28 avril 2005, le donneur d’ordre Stéphane Paoli invite, sur France Inter, 23 personnalités clairement identifiées comme défenseurs du « Oui » mais seulement 4 partisans du « Non ». Plus raisonnable, Europe1 et Jean-Pierre Elkabbach donnent la parole à 45 oui-ouistes et à 12 opposants au Traité constitutionnel européen.
Sur RTL, Jean-Michel Apathie fait plus : 40 dignitaires du « Oui » contre 22 solidaires du « Non ». Etc, etc... On connaît la suite.

À l’occasion du référendum sur le projet de Traité constitutionnel, rarement n’aura été plus explicite l’arrogance des éditorialistes et chroniqueurs multicartes, des présentateurs d’émission et des contrôleurs d’antenne, des experts en tous genres et des tenanciers toutes catégories qui occupent l’espace médiatique et en contrôlent l’accès.

Pour illustrer ce parti-pris dithyrambique, Désentubages ressort quelques archives opportunistes avec les professions de foi ouinistes de Claire Chazal (TF1), de David Pujadas (France2), de Christine Ockrent (FR3) ou du nouveau Monsieur-je-sais-tout, l’éditorialiste Philippe Val. C’est tellement édifiant qu’à ce moment, superlatif, le film se doit de faire une pause avec les réflexions tonifiantes d’Henri Maler, maître de conférence à l’Université de Paris et membre d’ACRIMED (l’observatoire des médias créé lors du mouvement social de 1995).

Dictature de l’émotion

« Superficialité et sensationnalisme des programmes, torpeur et prostration des programmés », telle est la télévision : un appareil totalitaire, indolore et hypnotique qui fabrique du consentement et du consensus, sous une dictature émotionnelle. Pour ce faire, la surexposition de la violence et de l’insécurité devient une forme de surenchère qui -avec ses faits divers et sa stratégie de la peur- sature tout l’espace social. Exemple pathologique : l’agression du RER, le 9 juillet 2004, et cette jeune femme (Marie-Léonie Leblanc) déclarant avoir été victime -avec son bébé de 13 mois- d’une agression à caractère antisémite, perpétrée par six jeunes âgés de 15 à 20 ans, « tous d’origine maghrébine ».

Un témoignage parvenu jusqu’au Cabinet du ministre de l’Intérieur, relayé par l’AFP, puis porté par une vague d’indignation incommensurable après avoir bénéficié d’une couverture médiatique sans pareil. Une émotion d’autant plus justifiable que « les agresseurs ont dessiné des croix gammées sur le ventre de la jeune mère, avant de lui couper les cheveux, puis de prendre la fuite en renversant la poussette dans laquelle se trouvait son enfant » et qu’« aucun voyageur n’a cherché à venir en aide à l’infortunée »...

Seulement voilà : trois jours plus tard, Marie Leblanc reconnaît avoir tout inventé. « Mais pourquoi avoir accusé des Maghrébins ? Parce qu’à la télé, c’est toujours eux qui sont mis en cause », répondra « la victime ».

L’affaire du RER D ? Un cas d’école où, encore une fois, les médias auront révélé leurs vrais penchants : faire du journalisme de meute.

Jean FLINKER

DÉSENTUBAGES CATHODIQUES
Cinéma Arenberg (26 Galerie de la Reine) Bruxelles
France 2005 Durée : 90 minutes
Prix d’entrée unique : 5,2 euros (y compris pour le débat)

http://www.bxl.attac.be/spip/articl...


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