Sunita Narain, directrice du Centre for Science and Environment
"Mode de vie ou changement climatique, il vous faut choisir", Le Monde, 4 décembre 2008. Extrait :
(…)
Quelle est la position du gouvernement indien ?
La même que celle de la Chine et du "G 77" : "Nous ne sommes pas les coupables, mais les victimes du changement climatique. Nous sommes préparés à agir, mais nous voudrions vous voir d’abord faire ce que vous êtes supposés faire." Il est temps que vous agissiez, sinon nous sommes sur la route de l’enfer commun.
Le président Obama changera-t-il le sens des discussions ?
M. Obama a parlé de 2020 et de réduire les émissions. Il est certainement préférable à M. Bush. Mais nous devons voir la réalité du monde : ce sont des négociations très dures. Elles ne portent pas sur l’environnement mais sur l’économie. Le changement climatique exige que nous partagions l’effort. Vous ne voulez pas changer votre mode de vie, mais vous voulez empêcher le changement climatique : les deux ne sont pas conciliables, il vous faut choisir.
Propos recueillis par Hervé Kempf
Voir aussi l’interview de Raja Devasish Roy, ministre de l’environnement du Bangladesh, dans Libération :
Pour un pays aussi vulnérable au changement climatique, Poznan est-il porteur d’espoir ou de désespoir ?
Vivement 2009 et le sommet de Copenhague où l’humanité devra décider si elle prend ou pas son destin en main. L’Europe va au moins avoir enfin un rival avec l’arrivée de Barack Obama, porteur d’une nouvelle dynamique américaine. Cela devrait changer de la politique des petits pas alors qu’on doit sprinter. Les pays scandinaves ont montré un vrai leadership. Mais finalement, l’Europe ne propose que 20% de baisse de gaz à effet de serre pour 2020, quand les scientifiques disent qu’il faut trouver une fourchette entre 25 et 40%. Et le Japon, l’Australie, le Canada n’ont toujours rien proposé. Or, les pays industrialisés ont une responsabilité historique dans la pollution actuelle de l’air.(...)
On a mis 2600 milliards pour sauver le système financier. Mais si on n’a plus de planète vivable, à quoi sert un système financier ?
Comment le Bangladesh fait-il face à la crise climatique ?
On doit affronter des cyclones de plus en plus violents qui entraînent des inondations catastrophiques ; la montée du niveau de la mer qui nous mange des terres arables ; la salinisation qui entame nos réserves en eau potable, notre biodiversité, notre agriculture. Dans le même temps, on doit trouver des nouvelles espèces de graines résistantes à la salinisation, la sécheresse, et on manque de cash pour la recherche et le développement. On a pourtant une expérience des catastrophes naturelles, et dès les années 50, on a travaillé à l’élévation de digues. Mais en 2050, l’eau pourrait monter d’un mètre, inonder un tiers de nos terres et déplacer 20 millions de personnes.(...)
Le problème, c’est que les changements climatiques enrayent le développement de notre pays, où 40% des 144 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. On voulait tenter de sortir des 40 pays les moins avancés de la planète et arrêter de faire la queue pour quémander des fonds… Arrêtons donc de parler. Agissons.
Lire l’entièreté de l’entretien : "A Copenhague, « l’humanité devra décider si elle prend son destin en main », Libération, 14 décembre 2008.