En préparation de la conférence-débat qu’il donnera avec M. Gras le 28 octobre prochain dans le cadre du Festival des Libertés, Jacques Testart a publié l’article suivant dans la revue Bruxelles laïque échos et sur son blog dont nous reproduisons quelques extraits :
Beaucoup de gens, et bien des scientifiques, pensent le « progrès » comme résultant de l’accumulation unidirectionnelle de savoirs et de techniques, une « main invisible » de la science nous conduisant là où il serait impossible de ne pas aller. Pourtant, selon Alain Gras , sociologue des techniques, « nous sommes le fruit d’une bifurcation dangereuse qui s’est produite au cours du XIX° siècle, et non l’aboutissement, même provisoire, de la longue marche de la civilisation » (Le choix du feu, Fayard, 2007). Cette bifurcation c’est l’invention et l’usage des machines thermiques (à vapeur puis à explosion). Pour Alain Gras il s’agite d’un « hasard du devenir » qui a imposé le feu en moyen unique de la puissance et ainsi, au mépris des contraintes sociales, à dominer par la technique la nature et les hommes. De ce choix historiquement daté découle l’adoption de dispositifs énergétiques puissants , impérialistes et finalement suicidaires (la mégamachine que dénonce Serge Latouche) alors que le recours aux énergies renouvelables aurait pu s’instituer en modèle privilégié avec deux siècles d’avance ! L’illusion d’un enchaînement des découvertes les unes aux autres paralyse largement le jugement sur ce que nous vivons (subissons) : c’est certainement parce qu’on est persuadés qu’il existe un mouvement du « progrès » , linéaire, fatidique et de durée indéfinie, que la majorité des humains peine à entrevoir des choix radicalement différents. Et cette incapacité à vivre autre chose qu’un supposé destin s’impose encore au moment de réagir aux catastrophes annoncées, ne serait-ce que pour s’en protéger : nous savons les périls mais nous n’y croyons pas comme l’a montré Jean-Pierre Dupuy (Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2003 ).
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C’est pourquoi le recours et la gestion de la technoscience sont à réviser complètement dans le souci du Bien public . Mais qu’en est-il de la science elle-même ?
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On notera que dans la période précédente, où l’État décidait des orientations de la recherche, la société n’avait pas davantage droit à proposition, ainsi quand furent décidés les grands programmes de l’agriculture productiviste ou du nucléaire … Mais la globalisation des risques encourus par les populations de toute la planète par les capacités inédites de la technoscience pour transformer le monde font qu’il est urgent de recourir à des procédures systématiques pour gérer démocratiquement aussi bien les activités de recherche en amont que leurs conséquences en aval. S’il est hasardeux d’oser faire le portrait scientifique et technique d’un monde en décroissance économique, il reste qu’on doit cultiver plus que jamais les exercices démocratiques afin que les citoyens puissent décider de leur mode de vie (voir).
Lire l’entièreté de l’article : "Le développement durable au pied du mur", Jacques Testart, 28 septembre 2009.